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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 18:24
Les grandes vacances

Il y avait toujours du monde dans la grande maison de Vayres au mois d'août. Nous avions terminé les vacances de juillet, sempiternelles découvertes de la France avec mes parents et notre Bürstner et la canadienne bleue, pour nous retrouver entre cousins et cousines chez mamie.

Les cousins c'est comme des frères et soeurs mais sans les éternelles chicailleries des fratries. Je sais de quoi je parle j'en ai une bonne vingtaine avec l'appellation "Germain" et quelques dizaines de plus si l'on va plus loin dans l'arbre généalogique.

Dans cette tribu qui ne faisait qu'hériter de celle d'avant, j'étais l'ainée et j'avais la certitude d'avoir tel le curé de Cucugnan de Daudet charge d'âmes.

Les journées commençaient toujours de la même manière par le petit déjeuner. Mamie Gisèle avait installé les victuailles sur la table de la cuisine. On essayait tous d'avoir la petite cuillère de Betty, Claire et Marie parce que c'était celle de leur maman quand elle était petite et moi parce que c'était celle de ma marraine. Mamie finissait par mettre tout le monde d'accord et avait organisé comme les tours de vaisselle ceux de la cuillère de Betty. Notre régal c'était la crème du lait qui bloubloutait sur le coin de la cuisinière que nous mélangions avec du chocolat en poudre et du sucre. Le lait nous avions été le chercher dans des bidons juste de l'autre coté de la route qui était encore la RN 89 sans les 4 voies.

Le petit déjeuner avalé l'autre cérémonial était celui de la toilette. Il fallait arriver à se laver petits et grands devant la cuisinière dans une grande bassine où mamie avait versé l'eau de la bouilloire. Elle tirait un fil en travers de la cuisine et avec des serviettes nous créait un espace d'intimité. Grand-Père devant l'évier préparait sa mousse à raser et son blaireau et nous le laissions terminer avant de commencer nos ablutions matinale. A la queue leuleu d'abord les petits que mamie aidait, puis les grands, les filles d'abord et Titi, le seul garçon en dernier une fois que la volée de mésanges eu rejoint les étages pour les opérations de rangement des chambres. Les chambres elles étaient à l'étage, une immense pièce où nous dormions tous ensemble. Un vrai bazar mais nous y retrouvions nos petits malgré tout.

La suite de la matinée passait obligatoirement par le bisou chez mamie Germaine où nous allions humer le menu du déjeuner qu'elle préparait. Je n'ai jamais réussi à refaire sa merveilleuse tarte aux pommes. Elle était tout à la fois moelleuse et croustillante, fondante et sucrée, avec quelques petits grains de gros sels qui craquaient sous la dent. J'ai encore le parfum de cette tarte en mémoire qui nous aidait à traverser le grand couloir sombre qui menait aux appartements de Minouche.

La maison était pleine de ces recoins sombres et merveilleux. Une bâtisse des siècles passés où des générations avaient avant nous exploré les trésors en nous laissant assez de mystère pour occuper nos journées. Dans un recoin de cette immense maison nous avions annexé un fond de couloir où sur le plâtre nous avions comme nos parents dessiné à même les murs nos rêves d'enfants.

Tour à tour ce bout de couloir est devenu un château fort où les chevaliers sauvaient des princesses, où je faisais avec maestria la maitresse d'école pour des élèves bien indisciplinés, où nous dévorions toute les vielles BD et les livres des parents et des grands parents. C'est là que j'ai découvert les Dames aux Chapeaux Verts, Bécassine, PIM PAM POUM, Natacha et Tintin. Nous écoutions incrédules, nous qui croulions déjà sous les jouets, nos grands mères nous raconter que ces livres étaient autant de cadeau d'anniversaire de nos parents et qu'ils accompagnaient le célèbre Millas à l'amande amère.

Il y avait aussi l'immense grange attenante à la maison à laquelle on accédait par une porte jaune. Quel fabuleux terrain de jeux où l'interdiction d'y jouer nous rendait téméraires bravant les consignes de Grand-pére.

Dans cette grange il n'y avait plus depuis bien longtemps les vaches, les chevaux de l'époque où la propriété viticole existait encore. Il restait simplement des traces indélébiles du passé qui dans les yeux des enfants que nous étions étaient autant d'incitation aux rêves les plus fous. Dans une vielle malle en osier nous y trouvions les chapeaux, les robes et les chemises de nos arrières grands parents et nous avons tant et tant de fois retracé une époque que les moins de 60 ans ne pouvaient pas connaître.

De cette période si heureuse de nos enfances il ne reste plus que des madeleines de Proust. Le couloir où nous jouions a été refait et la jolie tapisserie à fleurs qui recouvre les murs a fait disparaître nos dessins, nos mots les rangeant dans la boite des souvenirs d'enfance. La grange est rangée et elle abrite encore dans quelques recoins les traces de nos jeux interdits.

Mes grands parents ne sont plus là et la maison de Mamie est devenue celle de Tonton Jean-Pierre et Tatie Germaine. Pourtant comme si les recettes du bonheur traversaient le temps, les grandes vacances sont toujours le temps des retrouvailles, de fêtes et des tablées dans la grange au clair de lune. Nostalgie quand tu nous tiens !

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Published by Aux pensées Citoyen !
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  • : Il est citoyen, vigilant, mais aussi sur l'air du temps, Créon, la Gironde, le Bassin d'Arcachon et La Teste de Buch ... forcément. Bonne lecture.
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Un Peu Sur L'auteur ..

  • Aux pensées Citoyen !
  • Ancienne journaliste, Directrice territoriale,  Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine
  • Ancienne journaliste, Directrice territoriale, Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine