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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 10:58

L’arrivée du 15 août fait comme chaque année revenir les souvenirs du plus profond de mon enfance. Au-delà des retrouvailles mariales, que j’ai savamment cultivé lors de mes années de catéchisme créonnais avec le Père Chevalier, ce jour férié a le goût de la fête, celle du village de Vayres à coté de Libourne.

Mes grands-parents maternels Gisèle et Henri Gautron, vivaient à Senau, petit hameau à l’écart de Vayres, traversé par la redoutable RN 89 devenue aujourd’hui un long ruban d’asphalte sans âme. Ce petit hameau a été durant toute ma vie d’enfant, d’adolescent et d’adulte, le terrain de la tendresse, le creuset de mon enfance et le refuge des jours difficiles.

La bâtisse familiale, ferme domaniale où les poules, canards, lapins, flirtaient avec le potager et les vignes était le lieu de nos vacances aoûtiennes. Vivaient là, à ma naissance, mes arrières grands-parents, Germaine et Pierre Lichau, revenus au pays, laissant à la Garenne Colombe, le travail de Taxi et celui de femme de chambre, Henri mon grand-père qui rentrait chaque soir de chez Lissac depuis Bordeaux par le Citram, Giséle, ma grand-mère qui gérait la maisonnée avec tendresse et fermeté, mon autre arrière grand-mère Jeanne Gautron, petite femme toute de noir vêtue portant le menton haut comme les femmes des maîtres du domaine et les petits derniers de la fratrie maternelle encore dans les jupons de maman, mes oncles Robert et Jean-Pierre, mes tantes Isabelle et Germaine.

C’est là, entourée de tout ce petit monde que j’ai mené les premiers pas de ma vie, ma mère finissant son Ecole Normale et mon père s’essayant déjà au tableau noir de ses nuits blanches d’homme engagé. Ces années là j’en garde une trace indélébile, comme ci, Senau avait marqué ma vie et préparé l’enfant que j’étais à aimer les bonheurs simples des jours sans taches. C’est ainsi que j’ai passé, entre autres, la quasi-totalité de mes mois d’août à Vayres et que le point d’orgue de ses vacances restait les Fêtes du 15 août.

C’était immanquable, et la journée était réglée comme les partitions de musiques que grand-père Henri préparait durant des semaines pour la messe au Château. Ce jour là, en rechignant un peu, nous nous levions quasiment à l’aube. La petite tribu des cousins et cousines arrivée des quatre coins de France avait ce jour là messe obligatoire. Et quelle messe ! Chaque 15 août, mon grand-père qui faisait ça chaque dimanche à la paroisse, préparait les chants de la messe mariale qui fête oblige se tenait en plein air sur le monumental escalier du Château de Vayres, face à la Dordogne, bercé par la brise estivale passant dans les charmilles et les jardins à la française. Nous, nous n’avions qu’une solution, être prêts à 9h30 tapante pour monter dans la R14 blanche.

Nous avions le droit ce jour là d’enfiler nos robes confectionnées en Liberty par mamie germaine, nos petits gilets brodés assortis tricotés par mamie Gisèle, les terribles souliers «Mod’8» vernis et surtout les merveilleuses socquettes en dentelle blanche qui montaient jusqu’au genou. Pour peu que maman ou les taties aient eu le temps nous avions droit aux anglaises et nous étions donc comme les images d’Epinal, de véritables petites filles modèles que la Comtesse de Ségur n’aurait pas hésité à mettre en scène dans ses histoires. Ainsi prêts, nous prenions le chemin du village et nous avions juste qu’un espoir … que la messe ne dure pas éternellement et que les grands tiennent leur promesse de tour de manége à la fin.

Ce rituel marial terminé, quelques tours de manège plus loin, nous revenions tous à Senau où nous attendait la longue table dans la fraîcheur de la salle à manger parée de ses habits de fête. Commençait alors comme pour les fêtes de Noël, le repas interminable, la succession des plats avec les gigots d’agneau et les haricots aux lards, les rires, les moqueries, les blagues et les délicieuses tartes aux pommes de mon arrière grand-mère. Nous, nous avions notre table en cuisine ce qui nous donnait la grande liberté de la quitter sur la pointe des pieds sans avoir à subir les foudres des parents. Très vite nous partions jouer dans le jardin, retrouvant nos cabanes, les foins, la grange et le hangar.

Si le soleil avait tapé, nous avions même le droit de nous baigner dans la grande baignoire en zinc qui trônait dans la cour et qui était pour nous beaucoup plus belle que toutes les piscines des grandes villas de Saint-Tropez. Nous finissions l’après-midi ainsi, installés en étoiles, sur l’herbe à l’ombre des acacias, des marronniers ou du noisetier, une tranche de pain au beurre couverte de chocolat en poudre ou de confiture de prunes, le nez au vent rêvant de princes ou de princesses. Le plus souvent cette installation estivale, d’un languissant bonheur, me rappelait les lapins du Moulin de Maitre Cornille, le jour de l’installation de Daudet, ces Lettres de Mon Moulin que j’ai tant lu et relu dans mon enfance.

La journée se finissait en chuchotement de secrets d’enfants qui restent encore j’en suis certaine pris dans les branches des peupliers du jardin pour faire briller les 15 août d’aujourd’hui. Le frémissement du soir, accompagné de cliquetis des fourneaux qui prépare la soupe, nous ramenait doucement à la promesse d’une soirée d’étoiles. La fête allait se poursuivre et nous savions qu’elle aurait forcément le goût magique de l’exceptionnel puisque le soir du 15 août c’était feu d’artifices au Château de Vayres.


Là encore le départ était minuté mais nous avions oubliés les contraintes du matin. Toute la famille partait pour rejoindre les jardins du Château de Vayres et s’installer sur les talus sous la terrasse face à la Dordogne. Si nous avions été sage, et moi ce n’était pas souvent, nous avions le droit d’accompagner grand-père et mamie qui rejoignaient la Famille Barde sur la terrasse du Château. Le plus souvent je restais posé sur l’herbe, ma veste sous les fesses, les yeux rivés aux étoiles, celles du ciel et celles des artificiers. Le spectacle était toujours merveilleux, aussi beau pour mes yeux d’enfants que les Grandes Eaux de Versailles, ces soirs là j’avais l’âme d’une reine puisque le ciel jouait rien que pour moi. Le retour se faisait en silence le long de l’allée du Château, il durait souvent près d’une heure tant il y avait de monde. La tête pleine d’étoiles, je prenais la main de mon grand-père pour ne pas me perdre dans la cohue.

La tranquille maison de maître reprenait vie au fur et à mesure que la tribu rentrait à la nuit noire. Nous cherchions encore à grappiller quelques minutes avant de monter dans les chambres et rêver que le 15 août c’était tous les ans …

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Published by Marie-Christine Darmian-Gautron - dans juste des mots
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commentaires

Isabelle M 17/08/2009 22:30

N'arrête jamais d'écrire, n'arrête jamais de communiquer.Publié sur Facebook 

Marie-Christine Darmian-Gautron 17/08/2009 22:32


non c'est promis, je suis touchée de ton commentaire. Merci Isabelle.


agnes 14/08/2009 18:57

Joli récit de cette enfance si chère à notre coeur , merci j'ai rêvé un cours instant en revoyant mon enfance issue d'une grande famille de pieds noirs du côté de ma mère est d'Alsaciens du côté de mon père , j'ai aussi de formidables souvenirs , un jour peut être comme toi je les coucherai sur du beau papier tout doux ...bises

Marie-Christine Darmian-Gautron 17/08/2009 22:38


Merci Agnés. Ecris ces souvenirs, garde les, j'ai appris qu'ils sont le plus précieux des cadeaux. Un jour sur une page d'un livre mon père m'a écrit " Souviens toi que les convictions les plus
solides sont celles qui puisent l'énergie du présent dans l'enfance". Il avait raison et j'y puise avec force.


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Un Peu Sur L'auteur ..

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  • Ancienne journaliste, Directrice territoriale,  Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine
  • Ancienne journaliste, Directrice territoriale, Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine