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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 10:32

Déjà une semaine et l'impression d'en être jamais revenue. L'Afrique du Sud a cela de particulier comme tout ce continent, d'être comme le ventre du monde. Imaginez  ! Soweto compte autant d'habitants que notre Gironde, Jo'burg en est à 8 millions d'âmes. Tout est en chambardement depuis des mois pour préparer la coupe du monde de football pour l'an prochain. Mais à quel prix ? Un RER juste pour les mordus du ballon rond venus de l'autre monde : deux lignes,  Prétoria, aéroport, Jo'burg, aller retour pour touristes alors que les enfants d'Afrique du Sud font encore des dizaines de kilomètres à pied pour rejoindre les écoles.  Des saignées au coeur de la roche rouge pour simplement quelques milliers. Le temps refuse de s'arrêter pour prendre le tempo de la vie sud africaine. 


Au détour de ces rubans d'asphalte interminables l'Afrique du Sud essaye pourtant de survivre au milieu de la violence, des blessures d'un passé qui demeure, à la recherche d'un équilibre vers l'avenir. J'ai retrouvé les visages de ses femmes qui arpentent les avenues toutes vêtues de bleu marine, chapeautées, la bible sous le bras. J'ai retrouvé la force des Valued Citizens qui essaye de retrouver un chemin vers le respect de soi pour mieux tendre la main vers l'autre. Mais à quel prix ? Pour aller à l'école il faut payer, pour aller à l'hôpital il faut payer, pour aller chercher la justice il faut payer, pour être citoyen il faut payer ... pas en monnaie sonnante et trébuchante mais souvent avec le sang d'une âme tuée au coin d'une rue pour une simple envie d'avoir ce que l'autre n'a pas ou pire encore juste comme ça et c'est tout. 


Le moindre craquement de brindille fait tourner la tête des enfants dans les jardins des maison transformées en bunker. Les alarmes peuvent hurlées à tout instant, les chiens ne sont là que pour veiller sur le sommeil des hommes là où chez nous ils se couchent sagement sur le seuil de la porte. Quel est donc ce pays qui s'étouffe de sa propre violence ? La rainbow nation n'arrive pas à réunir ses couleurs d'arc en ciel faute d'espace pour échanger, pour se connaître, pour se comprendre. Rien ne filtre pourtant et les pas des étrangers restent surprotégés pour que les frontières du silence soit les plus hautes possibles. La reconnaissance du Monde est à ce prix.


Au milieu de ce tumulte silencieux, l'Afrique du Sud reste la terre de tous les possibles puisque tout est encore à construire. Et pourtant tout a été construit. Soweto est devenue une ville comme les autres avec ses lampadaires, ses robinets, ses maisons de briques ocres. J'y avais vu une town ship il n'y a pas si longtemps, j'y retrouve un miroir de la bonne conscience humanitaire du monde "civilisé". A l'opposé, à 70 kilomètres de Soweto, Diepsloot demeure le champ où il faudra encore tracer les sillons de la vie. Mais qui le sait hors des murs ? Personne ! Même pas ceux qui vivent là, qui ne veulent pas voir réellement ce qui se passe à quelques mètres de leurs murs où les horizons ressemblent aux meurtrières de nos châteaux forts. 


Comme à chaque fois que je pose mes valises sur ce continent, je mesure la place de chaque chose et je les remet à leur juste place. Rien ne peut entamer le bonheur de vivre lorsque l'on plonge les yeux dans ce monde qui demeure comme un jardin d'Eden où le serpent a pourtant élu domicile. La flore sud-africaine représente 10 % de la flore mondiale, 22 000 espèces différentes qui rivalisent de beauté et de couleurs : marguerites pour des centaines d'amoureux, géraniums géants à faire pâlir d'envie les balcons de nos grands-mères, glaïeuls, ixias, arums, lis, strelitzias, iris, frésias, proteas, watsonias, agapanthus, tritomes se bousculent la vedette le printemps venu dans le royaume végétal du Cap sur 10 000 kilomètres carrés. L'Olifants qui traverse le parc national du Kruger peut encore rivaliser avec la rivière Luvuvhu, leurs eaux n'ont pas fini de raconter leurs histoires d'éléphants, de lions, de léopards, de buffles du Cap et de rhinocéros noirs. Le piton du Sentinel peut continuer de veiller sur Haut Bay, les bateaux arriveront toujours sur le Waterfront.


Et au milieu coule malgré tout la vie qui porte les paroles des afrikaners, des indiens, des métis, des malais du Cap, des zoulous, des venda, des swazi, des sotho, des ndebele, des lobedu, des batswana, des khoikhoi, des san ; un arc en ciel de peuples, de coutumes, de blessures, de croyances et d'histoires. L'histoire de l'Afrique du Sud commence il y a plus de 28 000 ans avec le peuple San.  L'Afrique du Sud est une vieille dame qui comptait déjà des ans à l'âge de pierre. Elle est restée une jeune fille aux beautés à vous couper le souffle, à l'esprit parfois torturé, cherchant sans doute encore son paradis. Elle a les ressources pour construire son avenir, je veux y croire comme tous les Valued Citizens qui grandissent en son sein, in the heart of Africa.  Si les français pouvaient croire autant qu'eux à l'avenir d'être citoyen !  Si les français pouvaient se rendre compte à quel point ici on meurt parce que l'on veut être citoyen ! Décidément nous avons bien de la chance mais il faut  ouvrir les yeux au monde pour en avoir conscience ... et ça c'est pas gagner ! 

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Published by Marie-Christine Darmian-Gautron - dans Valued Citizens Initiative
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Un Peu Sur L'auteur ..

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  • Ancienne journaliste, Directrice territoriale,  Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine
  • Ancienne journaliste, Directrice territoriale, Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine