Une fois Jo'burg sortie de l'horizon tout semble
différent. La chape de plomb qui pèse sur nous s'envole comme poussée par le vent qui souffle dans les plaines interminables du Free State. C'est loin de la mégapole que l'on mesure à quel point
elle est pourrie par la violence, qui tel un poison empêche les gens qui y vivent de vivre tout simplement.
Le Free State n'est pas forcément un paradis mais ce qui est certain c'est que le monde rural a gardé, ici aussi, des valeurs humaines que la ville a perdu. Où que l'on soit et où que l'on se retrouve, ce qui sauve une communauté c'est l'échange, la citoyenneté, le respect de l'autre. Il n'y a pas de secret, je le mesure au quotidien : ce qui manque aujourd'hui à l'Afrique du Sud ceux sont les arbres à palabres ! Les sud-africains ne se parlent pas, n'ont pas d'endroit où se retrouver sauf peut être encore à l'école, à l'église mais sasn sortir de leurs communautés ... et dans les bars ... Et lorsque l'on sait que c'est ici que l'alcool fait le plus de ravage sur les nouveaux nés forcément l'arbre à palabres ce serait beaucoup mieux !
En quatre jours dans le Free State je suis passée du paradis à l'enfer et vice versa. L'émerveillement à la vue des paysages passés sous mes yeux m'a souvent laissé sans voix. Immenses, infinies, les montagnes du Free State vous imposent le silence et en traversant le Golden Gate Park, rien ne peut atteindre le silence sauf peut être la course des zébres, des babouins et autres animaux qui là, sont entièrement libres, les falaises de grés rouges étant les seules barrières à leur liberté.
Entre ces montagnes le petit village de Clarens nous a offert les seuls moments de calme et de liberté depuis mon arrivée en Afrique du Sud. Dans ce petit bourg aux airs de "petite maison dans la prairie" nous avons enfin réussi à nous reposer un peu. Oublier un peu les horreurs que je découvre au fil des jours, juste un peu les oublier. Plus de sirénes hurlantes, plus d'histoires de coup de feu pour un portable, de viol, de meurtre, plus de peur dans le regard d'un enfant lorsque vous approchez un main pour la passer sur sa joue. Une parenthèse salvatrice.
A quelques kilomètres de Clarens, une town ship posée là au milieu d'un desert de pierre ocre. C'est l'arrivée sur QwaQwa, 3 millions d'habitants. Il y a 3 ans il n'y avait rien. Enfin si, il n'y avait que de la misère. Cette ville a été déclarée priorité présidentielle et elle est en train de se métarmorphoser : des routes, des écoles, des centres de formation, des terrains de jeux, des malls. Certes nous somme loin de Soweto, la bonne conscience humanitaire de l'occident, mais ici c'est quasiment le jour et la nuit.
Les professeurs qui préparent leur certificat Valued Citizens sont là avec une ferme envie d'avancer encore plus loin. Ils me racontent comment ils travaillent, comment ils essayent d'apporter quelque chose aux enfants. Ils me parlent de leurs problèmes, veulent savoir comment ça va en France, comment sont les écoles. Les histoires qu'ils me racontent ne sont pas toujours gaies et joyeuses mais il y a une véritable force dans leurs paroles. Au fond de la classe, deux femmes du Ministère de l'Education controlent le travail de Carole et de ses enseignants. Elles ne sont là que parce que Carole est là ... j'en suis persuadée. Pontinah, la facilitator de Valued Citizens ne les avait pas vu de l'année ... C'est bien partout pareil et Qwaqwa c'est si loin !
Pour la première fois je peux aller me ballader toute seule dans les environs du centre de formation. La town ship Qwaqwa est bien différente de celles que je connais en ville. Au détour d'une piste d'athlétisme à faire pâlir de craintes tout compétiteur, je m'approche d'un groupe de femmes qui jouent au football. On échangera durant une heure. Elles essayeront de m'apprendre à claquer de la langue pour ponctuer mon sotho. Ce sera en en vain et ça les ferra rire aux larmes. Elles me raconteront qu'elles ont monté une association pour faire du sport et que samedi elles joueront en match de gala dans la capitale régionale ... 5 heures entassées dans un mini van aller et retour...pour deux fois 45 minutes de bonheur. Paroles de femmes, joies simples et pourtant je sais que leur réalité est parfois bien loin du bonheur.
C'est le lendemain à Reitz que cette réalité m'a rattrapé brutalement. Cette fois ci l'arrivée dans la town ship est monstrueuse de misère, de saleté, d'indifférence. Pas de route, de la boue,
des animaux dans les maisons, des tôles, des regards tristes, une réalité uniquement noire lorsque le blanc gros, gras et muffle n'a de regard pour rien et surtout pas pour ceux là. J'ai eu envie
de vômir, de les giffler, de les haïr mais à quoi bon ?
Il vaut mieux retrouver le chemin de l'école... Dans l'école de Kjotxo Uxolo je retrouve les instits de Valued Citizens et Johaan, un colosse de 1m98 qui n'a rien à envier à nos joueurs du
XV de France. Il est Afrikan, il vit à 200 kilométres de là mais il a décidé de faire quelque chose et il est devenu facilitator pour Valued Citizens. Le théme de la formation ce jour là c'est
Equity and Equality, Multiculturalism and Gender. La question essentielle pour ces instituteurs et institutrices est d'arriver à ne pas faire de différence dans la classe entre les communautés,
les âges, les genres, etc.
Une des femmes dira que l'on commence à faire des différences lorsque l'on se compare à l'autre parce que le jalousie n'est pas loin. Elle a tellement raison et c'est si évident. Les solutions se
trouvent ensemble et elles semblent si loin de nos problématiques françaises : faire en sorte que les équipes d'élèves qui nettoient les classes ne soient pas que composées de filles,
expliquer aux garçons que lorsqu'ils payeront le tribu du mariage ils ne faut pas qu'ils imaginent qu'ils ont acheté leur femme, essayer de connaître les cultures de chacun pour les
partager avec les autres tout en restant sud africain avant tout, etc.
Dans la cour, les jeunes de cette école qui s'apparente à notre lycée, viennent me voir, veulent savoir qui je suis, d'où je viens, pourquoi je suis là. Les garçons se moquent de mon anglais ... ils ont raison ! Les filles sont complices et finissent par me montrer dans les mots, leurs rêves, leurs vies. Je sais pourtant que leur réalité est faite de violence sous toutes les formes, et chaque mot me percute aussi sûrement qu'une balle.
Dans la voiture sur la route du retour, les émotions auront été plus fortes que la raison. Pour pouvoir avancer il faut avoir au coeur la différence de l'autre, la respecter comme on se respecte soit même. Ils m'ont montrer une chose qui parfois me manque : la croyance inébranlable en l'avenir. Yohaan en clôturant la formation leur a dit que le pouvoir était dans leurs mains et ça j'en suis bien persuadée. Reste à savoir si nos mains françaises sont assez solides pour porter une infime partie de la citoyenneté nécessaire à construire l'avenir. Je veux y croire !
Petite déconvenue
C'est le nouveau maire de La Teste qui a dû faire grise mine pour son entrée au SYBERVAL ... Là où ses collègues étaient élus à l'hunanimité ou presque lui a vu 15 votes blancs arriver dans
l'urne lorsqu'il s'est porté candidat pour remplacer Jean François Acot-Mirande au poste de Vice-Président ...
Lu dans Sud-Ouest édition Bassin d'Arcachon le 8
mai 2008
Greenpeace rebaptise Gujan_mestras "OGM Ville"
Les militants ont choisi Gujan-Mestras car Mme des Esgaulx est l'un des 3 députés UMP du département à avoir voté en première lecture en faveur du projet de loi sur les OGM.
Claude Canellas Reuters
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