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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 23:02

Quelques mois après la création du « ministère de l’immigration et de l’identité nationale », l’historien Gérard Noiriel a décrypté les usages politiques de la notion d’identité nationale depuis le XIXe siècle jusqu’à la campagne présidentielle de 2007 dans un ouvrage paru aux éditions Agone.  

J'ai ressorti de mes étagères de bibliothèque ce livre, 
Issu du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire qui regroupe des historiens, des chercheurs et enseignants du supérieur et du secondaire. Ne faut-il pas toujours se référer au passé et à l'histoire pour bien comprendre le présent et construire le futur ? Gérard Noiriel l'auteur de ce livre est le président du Comité. Il fait partie des huit historiens (sur douze membres) du conseil scientifique de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration qui ont démissionné de leurs fonctions officielles le jour même où a été annoncée la formation du « ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale », le 18 mai 2007.

Dans son livre, s’appuyant sur de nombreuses recherches historiques réalisées depuis 30 ans, il démontre qu’il n’existe aucune définition objective de l’identité nationale. D'un caractère progressiste l'identité nationale est d'abord historiquement le triomphe de la définition révolutionnaire de la nation de 1789 devenant alors synonyme de « peuple ». On découvre dans ce livre que les premières définitions de l’identité nationale datent du XIXe siècle. Jules Michelet, défenseur de l’idéal de progrès des Lumières, y voyait la « patrie de l’universel ». Au cours de la Troisième République, la notion d’identité nationale trouve une définition juridique avec la loi sur le double "jus soli" couplée à la conscription obligatoire (1889). La « qualité de Français » et l’appartenance à l’État deviennent alors des enjeux politiques et économiques majeurs, d’autant plus qu’elles commandent l’accès à la protection sociale naissante. C’est à cette époque que le mot « immigration » s’impose dans notre langage.  Mais ce n'est pas tout. Il faut remonter au débat qui opposa Barrès et Jaurès, pour trouver l'emergence de la défiance de l’étranger, qui fondera  une version conservatrice de l'identité nationale.  Le « nationalisme » de Barrès s’opposera alors au « patriotisme » de Jaurès, clivage encore existant entre la Droite et la Gauche aujourd'hui. 

Comme l'écrit Noiriel, il n’existe aucune définition de l’identité nationale qui soit acceptée par l’ensemble des chercheurs. La question de l’identité nationale telle qu’elle est apparue pour la première fois le 14 janvier 2007 dans le discours de Nicolas Sarkozy « est un “faux problème”, une simple magouille électorale destinée à flatter les préjugés de la fraction la plus xénophobe de la population » (p. 126). Voilà c'est écrit ! A vous de juger ! 

Ce petit livre ranime notre sens de l’histoire. Et à l'heure où l’on nous parle tant de « devoir de mémoire » c'est une lecture salvatrice. En 1881, une rixe impliqua à Marseille des Italiens, communauté fortement implantée dans le Sud-Est et présentée à l’époque comme « une nation dans la nation », une menace à l’intégrité nationale qu’il fallait éradiquer en obligeant ses membres à devenir français. Sans doute  est ce là, l’origine de notre  « droit du sol », réactivé par la loi de 1889. Mais est-ce plus généreux que le « droit du sang » ? Je vous laisse l'esprit en veille pour en discuter. 

Parler des italiens me conduit forcément vers mes propres racines. Et je me suis demandée si j'avais mes papiers Bleu Blanc Rouge ? J'ai alors poursuivi mes recherches et je suis tombée sur un excellent papier du Monde, écrit par Mme Gérard, paru hier et qui proposait de faire le tour de la presse étrangère sur ce sujet. La question que posera le site internet dédié au grand débat imposé par le Gouvernement sera : "Qu'est ce qu'être français". Et voilà ce que l'on peut lire dans Le Monde :  (...) 
Le Times ironise sur la vision passéiste proposée par le Gouvernement, qui veut remettre au goût du jour la "douce France". La référence à cette chanson de Trenet  vient du porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre ("La défense de notre modèle culturel et de la "douce France" chantée par Charles Trenet passe par la redéfinition de notre identité nationale").  Mais c'est surtout la manœuvre électoraliste du gouvernement, à quelques mois d'un scrutin régional, que retiennent les médias étrangers, notamment le Gardian et Vanguardia. "Les élections riment, selon le sarkozisme, avec identité nationale", souligne cette dernière. Le quotidien catalan rappelle qu'à la veille des municipales de 2008, le ministre de l'éducation avait annoncé l'introduction dans les programmes scolaires de la connaissance de l'hymne national. "Ce thème était réapparu peu avant les européennes de 2009, lorsque Nicolas Sarkozy avait envoyé sa feuille de route au ministre de l'immigration et de l'identité nationale, dans laquelle figurait clairement le lancement d'un tel débat. Cette mission se traduit dans les faits aujourd'hui, à quatre mois des régionales…", constate le quotidien. (...) 

Ce qui est certain pour moi, c'est que la France s'est construite sur les grands principes de la République. Que ces principes ont bercé mon enfance où l'Italie était marquée dans mon sang comme l'histoire de mes arrières grands-parents qui avaient clandestinement passés les Alpes pour venir en France. Ceux sont eux, mes grands-parents, mes parents, par leur engagement dans la vie de ce pays qui ne leur a pas toujours fait de cadeau, qui m'ont appris la France et je refuse que l'identité nationale soit réduite au fait de posséder ou pas des papiers Bleu Blanc Rouge, que la France se réduise à avoir peur de l'étranger. Il est dommage qu'un ministre de la République ne sache pas que l'identité nationale c'est les mots qui marquent les engagements de la France : La Liberté, l'Egalité, la Fraternité, la Laïcité, la Solidarité ... 

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Published by Marie-Christine Darmian-Gautron - dans aux pensées citoyens
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commentaires

jerome 10/03/2010 02:28


c'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu votre article, j'ai beaucoup apprécié le sens civique que vous apportez a votre blog, je vous invite a jeter un oeil et a me faire part de vos critiques
afin de pouvoir apporter un complément à mon élan, si toutefois vous le partagiez.

Cordialement,

jerome BBR


Marie-Christine Darmian-Gautron 10/03/2010 07:25


Merci de votre commentaire je vais de ce pas aller voir et lire. Je vous dis. Bien sincèrement. MCDG


jean 05/11/2009 08:27


Avec des ascendants huguenots, alsaciens et libournais depuis la nuit des temps (généalogie remontant au 16ième) et né en Auvergne, je dénie que l'on refasse l'histoire avec des apprentis nazillons
qu'est devenu la droite et en particulier au gouvernement. Ma république est française (au sens universel du thème) , sociale et laïque. Ses valeurs sont liberté , égalité et fraternité. Son
drapeau est celui des révolutionnaires de 89 et son hymne est la marseillaise (où on ne cite même pas la France) .
Je denie à ses successeurs de l'état français de Pétain et autres vichystes, le droit de s'approprier son drapeau, son hymne et ses valeurs (mais ils s'en foutent) ;
La France, (et la république) s'est fait militairement sur une notion d'assimilation et non de négation de tous ceux qui sont devenus français au cours des siècles.
Un martiniquais a une antériorité sur le niçois, un Aimé Césaire a fait plus qu'un sarkozy. Un jean-louis Murat né dans mon coin d'Auvergne est plus terroir auvergnat  qu'un Hortefeux né à
Neuilly.
Une Naïma Charia est plus couleur française (???) qu'un Fabien Robert par son action auprés des classes populaires ou moyennes sur le quartier St Michel de Bordeaux....
A  la LDH, un grand-parent sur 4 de chaque français est né étranger. et cela a fait pour certains, des français qui sont morts pour une idée de la France.
Ne répondons pas à ces similis fachistes . Ce sont les mêmes qui ont trahis La France au moment des heures les plus noires de l'histoire française. Ce sont eux qui vendent la France et son système
social, humain à des prévicateurs sans scrupules et sans pays bien définis.


Marie-Christine Darmian-Gautron 05/11/2009 08:57

Jean vos mots sont forts et j'y découvre une rage de ne rien lâcher. Merci d'être un passeur de mots. Merci de votre commentaire.

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  • Ancienne journaliste, Directrice territoriale,  Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine
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