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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 12:01

 

200px-Eugene Terreblanche (386542672)
 A plusieurs reprises j'ai ici même soulevé l'interrogation qui est la mienne quant à l'Afrique du Sud, terres de contraste et d'excès s'il en est. Ce qui vient de se passer n'est pas sans éveiller en moi une crainte réelle d'embrassement que j'avais déjà ressenti lors de ma première mission en 2003. Le Président Zuma appelle au calme après le meurtre samedi du leader d'extrême droite sud-africain Eugène Terreblanche.
Il peut appeler au calme car selon moi il ne suffit que d'une étincelle pour que l'embrassement des rancoeurs soit enclenché. En Afrique du Sud, les peurs se réveillent, réminiscences d'un temps pas si éloigné que cela mais il y a aussi une certaine résignation face à un meurtre somme toute banal qui fait partie de la violence quotidienne. 

Eugène Terreblanche a été retrouvé mort dans son lit samedi après-midi à Ventersdorp, commune située dans la province du Nord-Ouest dans l'ancienne république du Transvaal. La population de la commune est de 2 000 habitants, presque exclusivement des Afrikaners. A coté de cette petite bourgade, la township de Tshing comprend près de 15 000 habitants, exclusivement des noirs ou des personnes dites de couleurs. Pour comprendre la situation comme toujours il faut faire un petit retour dans l'histoire. 
La commune de Ventersdorp fut fondée par les Boers en 1866. Elle porte le nom de Johannes Venter, le propriétaire de la terre sur laquelle fut construite le premier batiment public, une église réformée hollandaise. La découverte de diamants dans la région favorisa le développement économique de cette petite commune agricole. Ventersdorp fut un bastion de l'extrême-droite afrikaner durant la période d'apartheid de 1948 à 1991. Son nom est intimement lié à Eugène Terreblanche, né à Ventersdrop, et au mouvement paramilitaire Mouvement de résistance afrikaner (AWB Afrikaner Weerstandsbeweging) qui y avait son quartier général.
Le 9 août 1991, Ventersdorp fut le théatre d'une bataille rangée entre la police et les membres de l'AWB à l'occasion de la venue à l'hotel de ville du président de Klerk. La confrontation fut érigée parmi les symboles de la fin de l'apartheid car ce fut la première fois en 43 ans que des policiers blancs usaient de leurs armes à feu contre des manifestants blancs. Trois membres de l'AWB et un passant furent tués au cours de la confrontation par les forces de l'ordre. En 1995, Meshack Mbambalala fut le premier maire noir de la commune. 


Le fait que ce meurtre se soit passé là-bas sur cet homme qui a incarné  la lutte pour la suprématie des Afrikaners, descendants des premiers colons néerlandais et huguenots, pour lesquels il réclamait le droit à l'autodétermination, est un symbole en devenir. Mais surtout d'après les informations qui me viennent d'Afrique du Sud c'est aussi pour certains le cas parmi d'autres d'un règlement violent à l'extrême d'une situation de non paiement d'un salaire. La Justice devra le dire et faire le choix entre les symboles et la réalité.  


Encore une fois l'Afrique du Sud va devoir lutter contre ses démons; ceux du passé et ceux du présent. Du passé parce que la tentation va être grande de monter ce meurtre au rang de la lutte raciale. Que le Président Zuma appelle au calme n'est pas étonnant compte tenu des propos que ne cesse de tenir Julius Malema,  président de la Ligue des jeunes de l'ANC.

 

Il faut dire qu'il a entonné le 5 mars dernier , devant des étudiants de l’université de Johannesburg, un vieux chant de libération, invitant son auditoire à "tuer les fermiers blancs, car ce sont des violeurs".  Un couplet plutôt malvenu lorsque l'on sait que des fermiers blancs sont tués chaque année dans les campagnes sud-africaines. Nelson Mandela appelle cela "des actes de revanche raciale". La chanson a été déclarée anti-constitutionnelle et illégale par la Haute Cour de Johannesburg. 


Mais voilà le présent est aussi de la partie. En Afrique du Sud les accusations contre Julius Malema sont connues. On lui reproche de bénéficier pour ses propres sociétés de contrats passés sans aucun appel d'offres avec le gouvernement dirigé par l'ANC. EN 2008, il déclarait être "prêt à tuer" pour défendre le président sud-africain, Jacob Zuma, lors des déboires judiciaires de ce dernier. Jacob Zuma le soutient mais jusqu'à quand le pourra-t-il sans mettre en péril le fragile équilibre de la Raimbow Nation !


En Afrique du Sud aujourd'hui on attend de voir de quel coté va tomber la balle en équilibre sur le fil du rasoir. Soit le meurtre d'Eugène Terreblanche est interprété comme un passage à l'acte consécutif aux propos de Julius Maléma et c'est le risque d'un embrassement comme le déclare le Freedom Front qui représente les fermiers blancs dans le Gouvernement de Zuma, soit c'est un meurtre de droit commun, une violence comme les autres d'une colère meurtrière comme il en est en Afrique du Sud pour le non paiement d'un salaire. 


 Zuma peut appeler au calme ! Il joue à mon avis sa tête et dans  67 jours, se déroulera le match d'ouverture de la Coupe du Monde de football ! 

 

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Published by Marie-Christine Darmian-Gautron - dans Valued Citizens Initiative
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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 17:15

8-septembre-2009-Soweto-Ecole-26-copie-1.jpgJe lisais avec un brin d'amertume l'article de Jean-Philippe Remy, envoyé spécial du Monde à Balfour, township de Siyathemba en Afrique du Sud. Il y relate ce que je connais de ce pays et dont peu de monde parle pour ne pas ternir l'image d'une Coupe du Monde à venir. Les Casspir sont de retour. Ces monstres de blindés anti émeute conçus par les services de sécurité de l'apartheid ont repris du service pour contenir les nouvelles toy toy, ces manifestations violentes qui ont émaillé dans les années 80 l'histoire de l'Afrique du Sud, et qui reviennent.


La célébration des 20 ans de la libération de Madiba est bien loin de ces townships qui n'ont cessé de fleurir en périphérie des grandes et petites villes. Certes les amoureux du ballon rond ne les verront sans doute pas. Des murs étaient en construction pour les cacher aux yeux du monde le long des grands axes autoroutiers lorsque j'étais en Afrique du Sud en septembre dernier. La réalité rattrape toujours le temps qui passe. Jean-Philippe Remy écrit : "Là-bas" : à Siyathemba, le township. A 10 kilomètres de Balfour à travers champs. Une majorité de baraques de tôle. Taux de chômage : vertigineux, comme le niveau de corruption de la municipalité. Services publics : proche de zéro. Vingt ans après la libération de Nelson Mandela, il n'est pas une ville, pas un village, qui ne soit bordé d'un bidonville, comme autant de reproches.

Certes les touristes visitent Soweto en bus à impériale, certes des centaines de maisons sont construites chaque jour pour loger les plus pauvres mais la rancoeur engendre la colère et la colère la violence, poison aussi sûrement mortel que le cyanure pour la Rainbow Nation. Une centaine de ces manifestations violentes ont eu lieu l'an passé. La haine engendrée par la misère, le chômage, l'alcool, la drogue, le SIDA, se retourne contre les étrangers installés qui cristallisent tous les ressentiments et la violence. 
 

A la libération de Nelson Mandela, puis avec son accession à la présidence, l'Afrique du Sud connu un état de grâce. Madiba a su avec un charisme aussi fort que celui de Gandhi à son époque, convaincre ce géant de l'afrique qui représente plus de la moitié du PIB du continent africain d'être la nation de la concorde, la Nation Arc en Ciel. Je me souviens avoir eu lors de mon premier voyage en Afrique du Sud le sentiment que ce pays était un chaudron dont on avait fermé le couvercle mais laissé le feu allumé en dessous. Il semblerait que Jacob Zuma, l'actuel président d'Afrique du Sud soit confronté de plein fouet aux espoirs déçus, aux rêves brisés par la paupérisation et la criminalité. Comme l'écrit André Brink, l'heure est à la "rancoeur". Il parle dans son livre de la dégradation de l'image de l'ANC, dénonce le manque d'intégrité prenant des exemples comme les sommes pharaoniques versées par l'ancienne ministre de la Santé à l'auteur dramatique Mbongeni Ngema pour qu'il écrive et produise une pièce contre le SIDA alors que les hôpitaux manquent de fonds, que les personnels soignants ont un salaire de misère. 


Oui la colère gronde en Afrique du Sud et le malaise est palpable pour qui sait prendre le temps de sortir des sentiers battus. Il semblerait même que Madiba et l'anniversaire de sa libération n'y changent rien. J'ai il y a longtemps était bousculé par ce pays et ses habitants. L'Afrique du Sud a poussé le désir de réconciliation jusqu'au bout des symboles : Le Nkosi Sikelele Afrika, hymne africain de l'espoir, a été mis sur le même niveau que le Die Stem, chant célébrant la rébellion des Boers de Stagtersnek en 1816. Les chants ont été fusionnés pour créer l'hymne national sud-africain. Beau symbole ! Mais la plupart des sud-africains semblent ne pas pouvoir ou ne pas vouloir le chanter dans son intégralité. 


"Nous sommes conscients que la route vers la liberté n'est pas facile. Nous sommes conscients qu'aucun de nous ne peut réussir seul.  Nous devons donc agir ensemble, comme un peuple uni, vers une réconciliation nationale, vers la construction d'une nation, vers la naissance d'un nouveau monde.  Que la justice soit la même pour tous. Que la paix existe pour tous. Qu'il y ait du travail, du pain, de l'eau et du sel pour tous. Que chacun d'entre nous sache que son corps, son esprit et son âme ont été libérés afin qu'ils puissent s'épanouir. Que jamais, jamais plus ce pays magnifique ne revive l'expérience de l'oppression des uns par les autres, ni ne souffre à nouveau l'indignité d'être le paria du monde. Que la liberté règne. Que le soleil ne se couche jamais sur une réalisation humaine aussi éclatante ! Que Dieu bénisse l'Afrique ! "

C'est par ces mots que Nelson Mandela finira son discours d'investiture à la présidence de l'Afrique du Sud en 1994. Il semblerait qu'il ne soit pas resté assez longtemps au pouvoir pour laisser l'empreinte nécessaire à la réalisation de ces rêves. L'Afrique du Sud se réveille de son rêve et elle semble avoir bien mal. 

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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 07:39

8-septembre-2009-Soweto-Ecole-26.jpgDans quelques jours je serai revenue en terre testerine mais comme à chaque fois, je reviens du continent africain avec une partie de ma culture qui aura été modifiée. Chaque fois il en est de même sur des thèmatiques différentes : l'eau, la violence, la condition de la femme, la protection des enfants, l'éducation, la justice, l'humanité ... C'est un peu plus forte et déterminée que je rentre et en lisant les nouvelles de France je pense que nous allons avoir besoin de force et de détermination si nous voulons arrêter le sabotage organisé de nos valeurs. 


Je suis arrivée en Afrique du Sud la première fois en 2003. Je me souviens d'avoir eu l'impression que ce pays n'était qu'un immense chaudron dont on avait fermé le couvercle tout en laissant le feu couver en dessous. Un jour ou l'autre tout devait exploser. J'avais vraiment ce sentiment et je n'avais pas forcément à cette époque compris tout ce que ce pays avait à construire et quelle était son âme profonde. Mais c'est en fait bien normal, la première fois que l'on s'en va on part pour soi même, sans en avoir conscience. C'est après que l'on revient pour les autres. Et je suis revenue. 


En 2010 Valued Citizens fêtera  ses 10 ans d'existence. Au départ il y a dans cette ONG la volonté farouche d'une femme, Carole Podetti a qui le Ministre de l'Education de Jauteng, Ignatius Jacobs a dit en avril 2000 : " Carole tu connais les town ships, est ce que tu peux me créer un programme éducatif sur les valeurs constitutionnelles dans les écoles de ma province."


C'est comme ça que dans deux écoles de Soweto, Ikaneng et Zola, Carole a commencé à enseigner aux enfants la Constitution, les valeurs citoyennes, à quoi ça sert, les différentes constitutions d'Afrique du Sud, la Démocratie, la Paix ... Les enfants pensaient lorsque nous leur demandions comment était leur pays, qu'il était en guerre, tellement la violence était leur quotidien... Dans certains endroits, encore aujourd'hui, les petits pensent toujours comme ça.  


Ces enfants devenaient des Valued Citizens et rien que cela était leur donner un statut qui leur permettait d'être tout simplement des êtres humains à part entière. Dans ce pays "être" est certainement le premier but de 90 % de la population. 


La première année le Ministère de l'Education du Gauteng versera à Valued Citizens 60 000 rounds (soit environ 6 000 euros)  pour ce programme éducatif qui concernait environ 140 enfants à l'époque. Durant une année Carole est allée deux heures par semaines à leur rencontre. Cette initiative a tellement apporté de changements dans le comportement des enfants, dans leur fierté d'agir sur leur propre vie, d'être citoyen de leur pays, que le Ministère de l'Education lancera officiellement ce programme éducatif en avril 2001. Valued Citizens fera ainsi des petits pour toutes les écoles du district du Gauteng, puis celles du Free State, du Limpopo et du Kwazulu Natal. Au total ceux sont aujourd'hui1575 écoles qui bénéficient du programme, 3550 professeurs qui sont acrédités. 

Depuis 2001, Renault est le partenaire principal du programme « Valued Citizens » en Afrique du Sud. Cette opération, organisée dans les écoles publiques, vise à développer une citoyenneté responsable. L’objectif : créer une culture fondée sur les valeurs et les principes consacrés par la Constitution sud-africaine.

 


Valued Citizens gère 3 millions de rounds ( environ 300 000 euros ). C'est énorme me direz vous mais en fait il nous manque encore tellement de choses. L'argent de Valued sert à payer les formateurs, les activités pour les enfants, les intervenants artistiques, les livres, les fournitures, etc ... Hier deux de nos ordinateurs d'occasion ont lâché. Il nous faudrait 8000 round ( moins de 800 euros )  en double pour en racheter mais ce sera pour plus tard. La salle de formation n'a ni table ni chaise, on verra l'année prochaine. La voiture que nous laisse Renault, l'un des partenaires fondateurs et qui a toujours était à nos cotés, sert pour toute l'équipe à tour de rôle. Le fait d'utiliser cette Clio a valu à toute l'équipe un surnom dans les town ship, " la Vavavoum Team" en souvenir d'une pub Renault  avec Thierry Henri. 


L'Afrique du Sud a beaucoup changé en 10 ans. Soweto que j'ai connu sans route, avec des abris de tôles ondulées où des familles entières s'entassaient, est maintenant une véritable ville de près de 3,2 millions d'habitants. Elle a été le réceptacle durant toute ces années des fonds internationaux pour soulager la conscience du monde. Qwaqwa au sud dans le Free State prend le même chemin depuis que cette town ship a été déclarée priorité présidentielle. J'ai bien sur vu encore des town ships misérables mais je sais que ça changera au fil des ans. L'arrivée l'année prochaine de la Coupe du Monde du Football permet la construction de stades, de routes, d'équipements publics. J'ai vu pour la première fois les couloirs de bus de transport en commun avec des bus dessus. Ne riez pas ... ici il peut y avoir des jardins publics fermés au public, des arrêts de bus sans bus pour passer devant ...   Mais je veux croire que ça avance ! Il faut croire que cela est possible ... Yes we can !  Ne pas croire que c'est possible équivaudrait à abandonner et ça je n'en suis pas capable et l'équipe de Valued Citizens non plus. 


Le chantier qui demeure reste à mon avis la construction de la véritable rainbow nation. Ici il y a bien sur les communautés blanches et noires, mais aussi celles des métis, des indiens, celles des autres peuples d'Afrique, les européens, les américains ... Il faut qu'ils arrivent maintenant à se retrouver tous ensemble pour construire une véritable nation sud-africaine. Le chemin va être long tant les âges passés ont emprisonné les communautés dans des gethos de pensées et de refus de connaissance de l'autre. Sur le thème de la violence le combat ne se mène pas ensemble et les actions de chacun se perde dans la masse silencieuse qui passe sans un regard.L'an dernier, Dubé, un homme quasiment anonyme décidait de faire dans le centre de Prétoria "The million men march against crime". Il pensait réunir un million de personne à l'Union Bulding pour une marche contre la violence et la criminalité. Seulement 4000 personnes étaient présentes parce qu'aujourd'hui tout défis social est malheureusement rattaché à une race !  Le déclic viendra je veux y croire. 


L'Afrique du Sud est une pure merveille. Dans les temps passés elle était l'eldorado tant elle avait de choses à offrir. Les "blancs" l'ont prise de force comme souvent dans l'histoire de la colonisation du continent africain. Aujourd'hui les blessures se referment doucement mais sont parfois si douloureuses qu'elles entraînent à la haine ou pire à l'indifférence. 


J'aurai en tout passé un mois en Afrique du Sud pour me rendre compte à quel point tout à changé en 10 ans et paradoxalement tout resté pareil. Le découragement, le ras-le-bol submergent souvent les équipes de Valued Citizens mais il arrive toujours une nouvelle qui nous fait dire que tout est encore possible. 


Cette année les professeurs n'auront plus d'examen mais un projet citoyen à monter sur chaque école. Dans le Free State, des enseignants pour leur projet d'examen ont décidé de rencontrer les familles de leurs élèves les plus pauvres pour les accompagner et trouver avec eux des solutions de vie. En se rendant dans une de ces familles ils ont découvert chez la grand-mère qui élève le petit garçon qui va à l'école, son petit frère de sept ans. Cet enfant était mourant, n'avait jamais mis les pied en dehors des quatre murs de tôles et ne connaissait que la cour en terre battue.  Les professeurs ont pris l'enfant en charge, l'ont conduit à l'hôpital où il est resté 3 semaines. Sans cela, sans l'action des professeurs de Valued Citizens cet enfant serait mort. Il y a deux jours Johaan nous a appelé, des larmes dans la voix, pour nous annoncer que le petit garçon était allé pour la première fois à l'école avec son grand frère. ... Et vous voulez que l'on baisse les bras ? 


Je ramène avec moi leurs sourires, leurs peurs, leurs larmes, leurs espoirs et leurs rêves. Je sais que pendant longtemps certains soirs je vais sursauter ayant l'impression d'avoir entendu un coup de feu. Je garderai un temps cette crainte en me promenant à pied dans les rues. J'aurai certainement parfois le regard perdu bien loin dans les montagnes du Free State ou sur l'Océan s'ouvrant au pied de Cape Town. Je sais que j'entendrais parfois la voix de Sandile Dikeni clamer son "Love Poem for my country". 


Le 11 février 1990, Nelson Mandela sort de prison après y avoir passé 27 ans de sa vie. Il demanda alors aux sud-africains de le rejoindre pour construire un Afrique du Sud unie, libre et démocratique et qu'ils devaient la construire ensemble.  Alors c'est vrai parfois je déteste ce pays,  comme il m'arrive de détester ce que nous faisons de la France en ne défendant pas les valeurs qui en sont sa force. Mais je ne peux qu' y retourner dans l'un comme dans l'autre car c'est là que je retrouve les fondement de ce pourquoi je me bats depuis bien  longtemps : la liberté, l'égalité, la fraternité et la laïcité.

L'humanité est forcément à ce prix et lorsque je lis
le billet de Matthieu Rouveyre relatant les propos d'un Préfet, le notre, qui se permet de dire à Naïma Charaï, Conseillère Régionale élue par le peuple qu'elle n'est pas digne d'être une élue de la République, je me dis qu'il est grand temps que nous devenions des Valued Citizens ! 



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Published by Marie-Christine Darmian-Gautron - dans Valued Citizens Initiative
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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 10:11

Une fois Jo'burg sortie de l'horizon tout semble différent. La chape de plomb qui pèse sur nous s'envole comme poussée par le vent qui souffle dans les plaines interminables du Free State. C'est loin de la mégapole que l'on mesure à quel point elle est pourrie par la violence, qui tel un poison empêche les gens qui y vivent de vivre tout simplement.  

 

Le Free State n'est pas forcément un paradis mais ce qui est certain c'est que le monde rural a gardé, ici aussi, des valeurs humaines que la ville a perdu. Où que l'on soit et où que l'on se retrouve, ce qui sauve une communauté c'est l'échange, la citoyenneté, le respect de l'autre. Il n'y a pas de secret, je le mesure au quotidien : ce qui manque aujourd'hui à l'Afrique du Sud ceux sont les arbres à palabres ! Les sud-africains ne se parlent pas, n'ont pas d'endroit où se retrouver sauf peut être encore à l'école, à l'église mais sasn sortir de leurs communautés ... et dans les bars  ... Et lorsque l'on sait que c'est ici que l'alcool fait le plus de ravage sur les nouveaux nés forcément l'arbre à palabres ce serait beaucoup mieux ! 

 

En quatre jours dans le Free State je suis passée du paradis à l'enfer et vice versa. L'émerveillement à la vue des paysages passés sous mes yeux m'a souvent laissé sans voix. Immenses, infinies, les montagnes du Free State vous imposent le silence et en traversant le Golden Gate Park, rien ne peut atteindre le silence sauf peut être la course des zébres, des babouins et autres animaux qui là, sont entièrement libres, les falaises de grés rouges étant les seules barrières à leur liberté. 

 

Entre ces montagnes le petit village de Clarens nous a offert les seuls moments de calme et de liberté depuis mon arrivée en Afrique du Sud. Dans ce petit bourg aux airs de "petite maison dans la prairie" nous avons enfin réussi à nous reposer un peu. Oublier un peu les horreurs que je découvre au fil des jours, juste un peu les oublier. Plus de sirénes hurlantes, plus d'histoires de coup de feu pour un portable, de viol, de meurtre, plus de peur dans le regard d'un enfant lorsque vous approchez un main pour la passer sur sa joue. Une parenthèse salvatrice.

 

A quelques kilomètres de Clarens, une town ship posée là au milieu d'un desert de pierre ocre. C'est l'arrivée sur QwaQwa, 3 millions d'habitants. Il y a 3 ans il n'y avait rien. Enfin si, il n'y avait que de la misère. Cette ville a été déclarée priorité présidentielle et elle est en train de se métarmorphoser : des routes, des écoles, des centres de formation, des terrains de jeux, des malls. Certes nous somme loin de Soweto, la bonne conscience humanitaire de l'occident, mais ici c'est quasiment le jour et la nuit. 

 

Les professeurs qui préparent leur certificat Valued Citizens sont là avec une ferme envie d'avancer encore plus loin. Ils me racontent comment ils travaillent, comment ils essayent d'apporter quelque chose aux enfants.  Ils me parlent de leurs problèmes, veulent savoir comment ça va en France, comment sont les écoles. Les histoires qu'ils me racontent ne sont pas toujours gaies et joyeuses mais il y a une véritable force dans leurs paroles. Au fond de la classe, deux femmes du Ministère de l'Education controlent le travail de Carole et de ses enseignants. Elles ne sont là que parce que Carole est là ... j'en suis persuadée. Pontinah, la facilitator de Valued Citizens ne les avait pas vu de l'année ... C'est bien partout pareil et Qwaqwa c'est si loin ! 

 

Pour la première fois je peux aller me ballader toute seule dans les environs du centre de formation. La town ship Qwaqwa est bien différente de celles que je connais en ville. Au détour d'une piste d'athlétisme à faire pâlir de craintes tout compétiteur, je m'approche d'un groupe de femmes qui jouent au football. On échangera durant une heure. Elles essayeront de m'apprendre à claquer de la langue pour ponctuer mon sotho. Ce sera en en vain et ça les ferra rire aux larmes. Elles me raconteront qu'elles ont monté une association pour faire du sport et que samedi elles joueront en match de gala dans la capitale régionale ... 5 heures entassées dans un mini van aller et retour...pour deux fois 45 minutes de bonheur.  Paroles de femmes, joies simples et pourtant je sais que leur réalité est parfois bien loin du bonheur. 

 

C'est le lendemain à Reitz que cette réalité m'a rattrapé brutalement. Cette fois ci l'arrivée dans la town ship est monstrueuse de misère, de saleté, d'indifférence. Pas de route, de la boue, des animaux dans les maisons, des tôles, des regards tristes, une réalité uniquement noire lorsque le blanc gros, gras et muffle n'a de regard pour rien et surtout pas pour ceux là. J'ai eu envie de vômir, de les giffler, de les haïr mais à quoi bon ?

Il vaut mieux retrouver le chemin de l'école... Dans l'école de Kjotxo Uxolo  je retrouve les instits de Valued Citizens et Johaan, un colosse de 1m98 qui n'a rien à envier à nos joueurs du XV de France. Il est Afrikan, il vit à 200 kilométres de là mais il a décidé de faire quelque chose et il est devenu facilitator pour Valued Citizens. Le théme de la formation ce jour là c'est Equity and Equality, Multiculturalism and Gender. La question essentielle pour ces instituteurs et institutrices est d'arriver à ne pas faire de différence dans la classe entre les communautés, les âges, les genres, etc.

Une des femmes dira que l'on commence à faire des différences lorsque l'on se compare à l'autre parce que le jalousie n'est pas loin. Elle a tellement raison et c'est si évident. Les solutions se trouvent ensemble et elles semblent si loin de nos problématiques  françaises : faire en sorte que les équipes d'élèves qui nettoient les classes ne soient pas que composées de filles, expliquer aux garçons que lorsqu'ils payeront le tribu du mariage ils ne faut pas qu'ils imaginent qu'ils ont acheté leur femme,  essayer de connaître les cultures de chacun pour les partager avec les autres tout en restant sud africain avant tout, etc. 

 

Dans la cour, les jeunes de cette école qui s'apparente à notre lycée, viennent me voir, veulent savoir qui je suis, d'où je viens, pourquoi je suis là. Les garçons se moquent de mon anglais ... ils ont raison ! Les filles sont complices et finissent par me montrer dans les mots, leurs rêves, leurs vies. Je sais pourtant que leur réalité est faite de violence sous toutes les formes, et  chaque mot me percute aussi sûrement qu'une balle.  

 

Dans la voiture sur la route du retour, les émotions auront été plus fortes que la raison. Pour pouvoir avancer il faut avoir au coeur la différence de l'autre, la respecter comme on se respecte soit même. Ils m'ont montrer une chose qui parfois me manque : la croyance inébranlable en l'avenir. Yohaan en clôturant la formation leur a dit que le pouvoir était dans leurs mains et ça j'en suis bien persuadée. Reste à savoir si nos mains françaises sont assez solides pour porter une infime partie de la citoyenneté nécessaire à construire l'avenir. Je veux y croire ! 

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 07:12

 

Ce qui est étonnant avec l'Afrique du Sud c'est que ce pays peut à la fois être un véritable enfer pour ceux qui y vivent et aussi prometteur que le plus beau des jardins d'Eden. Ce week-end c'était "Out of Africa" en pleine brousse à 200 kilomètres de Jo'burg dans la province du Nord Ouest. Cette province qui borde le Botswana est une étendue sans fin de plaines dignes du Far West made in USA où le soleil est le seul maître. 


Autrefois ces étendues recouvertes de bushveld et d'épineux sont l'une des grandes régions agricoles de l'Afrique du Sud : maïs, tournesol, tabac, coton et arachide, et de loin en loin du bétail africain. Ce qui frappe le plus en arrivant dans ces contrées surchauffées ceux sont les spectres fumants des mines qui couvent le sol avec avidité. Le Nord-Ouest est l'endroit où l'on trouve encore les plus grandes mines de platine du monde, autour du Rustenberg. 


Région où les descendants des Voortrekkers sont certainement les plus nombreux, il reste là les plus intransigeants des bastions AWB ( afrikaner-Weerstandsbeweging ). Ils se retrouvent le week-end sur les bords des immenses barrages pour les 3 B : Braai ( babecue ) bière et bateau ! Une vraie caricature de tout ce qui me laisse songeuse mais bon, je ne suis pas chez moi et je ne vais pas ramener ma science ... Je soutiens déjà les programmes de l'ONG Valued Citizens alors il faudrait pas pousser quand même !!!


Qu'importe en fait ils peuvent bien faire leur barbecue sur les bords des lacs de Sun City, Las Végas sud africain d'un kitch hors du commun, moi je vais au Pilanesberg. Et là croyez moi c'est Out of Africa ! Sur plus de 500 kilomètres carré au nord de Sun City, le quatrième parc naturel d'Afrique du Sud me tend les bras. L'avantage du Pilanesberg c'est que contrairement au Kruger les hordes sauvages de touristes ne sont pas là, trop pressées pour prendre le coeur de l'Afrique du Sud. C'est comme ceux qui "visitent" Soweto en tour opérateur sans pouvoir voir ce qui bat dans le coeur meurtri du peuple sud africain à Diepsloot. 


Mais revenons au Pilanesberg.  C'est un ensemble exceptionnel de volcans  éteints, qui s'ouvre là à mes pieds : un affleurement de roches rouges, des sommets à plus de 1500 mètres, les herbes jaunes d'or, les acacias, les points d'eau, les lacs perdus au coeur des volcans  où se relaye la savane Kalahari et la brousse à perte de vue. 


Comme une enfant qui découvre le monde me retrouver là m'ouvre les yeux jusqu'à épuisement. Le premier zèbre, le premier koudou, reste une véritable aventure et c'est la même émotion à chaque fois. Là les petits sont nés il y a peu et les voir faire leur premier pas dans le bush est une chance que je mesure. Au fil du temps qui passe la lumière change, elle décline vite car ici le crépuscule sonne à l'heure du quatre heures de France. Au détour d'une boucle rouge face à nous sans un bruit un mastodonte venu d'on ne sait où passe prés de nous. Plus un bruit ... la charge d'un éléphant petit ou grand est un véritable danger. A pied aucune chance de s'en tirer vivant si l'envie lui prend de vous expliquer que vous êtes un intrus dans son monde. Nos regards se lèvent vers les pentes des volcans et là alors que nous scrutions l'horizon, plus d'une quarantaine d'éléphants passent doucement devant nous.   
 

Je n'en avais jamais vu autant en une seule fois : des femelles et leurs petits parfois si petits qu'ils ne devaient pas avoir plus d'un mois. Les grands mâles nous les verrions plus tard dans la plaine.  Nous venions de passer une heure sans rien apercevoir et là en quelques minutes nous avions les éléphants, les girafes, les zèbres et même au loin sur la plaine deux rhinocéros blancs. Magique et vous oubliez tout. C'est aussi cela l'Afrique du Sud, et là encore comme lorsque je suis avec les enfants des township, je mesure la juste place des choses et croyez moi on apprend vite l'humilité.... Un éléphant ça vous la rappelle avec beaucoup de facilité ! 


C'est ainsi comme dans un rêve que mon voyage se poursuit. Comme m'a dit en riant un ami avant mon départ j'apprend la "zénitide". je lui dirais juste que j'apprend un peu la vie et que c'est déjà un long et fastidieux travail ... 

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Published by Marie-Christine Darmian-Gautron - dans Valued Citizens Initiative
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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 08:03
En regardant les enfants de l'école de Ebuhleni à Soweto faire leurs devoirs de dessins, dans les classes de briques rouges, je voudrai tant que les enfants de France puissent avoir la même force accrochée au coeur. Cet après-midi le thème de la leçon c'est l'environnement mais bien au delà du seul sens que nous lui accordons en Europe.

Les enfants doivent dessiner une fleur symbolisant la terre, les océans ou la nature et une fée qui pourrait rendre réel leur souhait le plus fort. Sur les toiles carrées, les couleurs se mélangent et les souhaits apparaissent : "Help me survive in my beautiful place" ; "We always fight in South Africa let us stop fighting and love each other" ; "You make me feel like a Prince."

Ils sont plus d'une trentaine dans chaque classe, des assiettes en carton recouvertes de papier d'aluminium pour palette de peintures, les pinceaux jouent avec les couleurs de l'arc en ciel. Dans leurs yeux une lueur de mission digne des plus grandes quétes chevaleresques. La langue passant entre leurs lévres pour montrer leur concentration ; ils sont à l'école !

Au coeur de Soweto qui a tellement changé depuis mon dernier voyage les enfants en uniformes impécables, mais le plus souvent chaussés des chaussures de leurs grands fréres ou grandes soeurs, ont la conscience de ce que va leur apporter l'école. Pour eux tous, les chemins vers la sortie passent par ses petites chaises rouges et ces tables en bois.

J'esquisse un sourire en imaginant tous les parents d'élèves français s'offusquer parce que les enfants sont assis sur des chaises de maternelle et pas de primaire ! Imaginez le sacrilège ! Eux, ils s'en fichent, il n'y a pas si longtemps ils n'avaient même pas de chaise pour s'assoir et leurs grands fréres, leurs papas ou mamans n'avaient même pas le droit de marcher sur le même trottoir que les blancs. Alors qu'importe si ils sont 5 par bureaux puisqu'ils sont à l'école.

La classe est terminée depuis longtemps mais ils restent encore dans l'enceinte de ce lieu qu'ils imaginent les protéger. "Je vous présente Marie, mon amie venue de France" leur explique Carole en anglais, l'institutrice traduisant en zoulou pour ceux qui ne cmaîtrisent pas la langue des "blancs." Je vois leur yeux s'arrondir. Je suis une extraterrestre pour ces enfants, la France c'est si loin.

Timides au départ, ils s'approchent doucement. Une main se pose sur mon bras pour attirer mon attention sur le dessin, la fleur, la fée, le message. Je regarde chaque dessin et je vois l'espoir d'une vie sans violence et des rêves d'enfants. Les langues s'animent, ils veulent me montrer, m'expliquer, me faire partager et je sais que là c'est du vrai bonheur.

L'après midi se passe. Dans l'école de Ebuhleni à Soweto, le soleil décline et jout entre les grilles des portes et des fenétres. Dans la cour trois gamins d'à peine 13 ans intimident les plus petits pour prendre quelques piéces jaunes ou ce qu'il reste d'un déjeuner. Ils ne vont pas à l'école eux ... Ils sont dans la rue. Leur horizon n'a pas été l'école et ils ont préféré la gagne facile ... Ils seront sans doute un jour au coin d'une rue abattu d'une balle par des plus forts qu'eux ou tout simplement par des plus fous.

La semaine dernière dans la gare des taxis de Jo'burg au milieu de dizaine et de dizaine de personnes qui prennent ces minis vans pour rentrer dans leurs foyers à Soweto ou à Alexandra, Lesego a vu son amie touchée par une balle comme ça pour rien. Qui s'en préoccupe encore ! Elle a crié à l'aide mais la mort est banale ici. It's life !

Lesego est une Valued Citizens de 20 ans. Elle est là depuis la création de l'ONG il y a 9 ans. Eléve dans les écoles Valued, elle est devenue aujourd'hui l'une des volontaires de l'ONG. Elle est à l'Université en DEUG comptabilité et marketing. Elle a choisi l'école et ce n'était certainement pas le chemin le plus facile. L'école a été son chemin et elle y trouve aujourd'hui sa force. Comme j'aimerai que Lesego raconte son école, elle aurait tant de choses à nous enseigner et sans doute en premier la juste valeur des choses. 
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Published by Marie-Christine Darmian-Gautron - dans Valued Citizens Initiative
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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 10:32

Déjà une semaine et l'impression d'en être jamais revenue. L'Afrique du Sud a cela de particulier comme tout ce continent, d'être comme le ventre du monde. Imaginez  ! Soweto compte autant d'habitants que notre Gironde, Jo'burg en est à 8 millions d'âmes. Tout est en chambardement depuis des mois pour préparer la coupe du monde de football pour l'an prochain. Mais à quel prix ? Un RER juste pour les mordus du ballon rond venus de l'autre monde : deux lignes,  Prétoria, aéroport, Jo'burg, aller retour pour touristes alors que les enfants d'Afrique du Sud font encore des dizaines de kilomètres à pied pour rejoindre les écoles.  Des saignées au coeur de la roche rouge pour simplement quelques milliers. Le temps refuse de s'arrêter pour prendre le tempo de la vie sud africaine. 


Au détour de ces rubans d'asphalte interminables l'Afrique du Sud essaye pourtant de survivre au milieu de la violence, des blessures d'un passé qui demeure, à la recherche d'un équilibre vers l'avenir. J'ai retrouvé les visages de ses femmes qui arpentent les avenues toutes vêtues de bleu marine, chapeautées, la bible sous le bras. J'ai retrouvé la force des Valued Citizens qui essaye de retrouver un chemin vers le respect de soi pour mieux tendre la main vers l'autre. Mais à quel prix ? Pour aller à l'école il faut payer, pour aller à l'hôpital il faut payer, pour aller chercher la justice il faut payer, pour être citoyen il faut payer ... pas en monnaie sonnante et trébuchante mais souvent avec le sang d'une âme tuée au coin d'une rue pour une simple envie d'avoir ce que l'autre n'a pas ou pire encore juste comme ça et c'est tout. 


Le moindre craquement de brindille fait tourner la tête des enfants dans les jardins des maison transformées en bunker. Les alarmes peuvent hurlées à tout instant, les chiens ne sont là que pour veiller sur le sommeil des hommes là où chez nous ils se couchent sagement sur le seuil de la porte. Quel est donc ce pays qui s'étouffe de sa propre violence ? La rainbow nation n'arrive pas à réunir ses couleurs d'arc en ciel faute d'espace pour échanger, pour se connaître, pour se comprendre. Rien ne filtre pourtant et les pas des étrangers restent surprotégés pour que les frontières du silence soit les plus hautes possibles. La reconnaissance du Monde est à ce prix.


Au milieu de ce tumulte silencieux, l'Afrique du Sud reste la terre de tous les possibles puisque tout est encore à construire. Et pourtant tout a été construit. Soweto est devenue une ville comme les autres avec ses lampadaires, ses robinets, ses maisons de briques ocres. J'y avais vu une town ship il n'y a pas si longtemps, j'y retrouve un miroir de la bonne conscience humanitaire du monde "civilisé". A l'opposé, à 70 kilomètres de Soweto, Diepsloot demeure le champ où il faudra encore tracer les sillons de la vie. Mais qui le sait hors des murs ? Personne ! Même pas ceux qui vivent là, qui ne veulent pas voir réellement ce qui se passe à quelques mètres de leurs murs où les horizons ressemblent aux meurtrières de nos châteaux forts. 


Comme à chaque fois que je pose mes valises sur ce continent, je mesure la place de chaque chose et je les remet à leur juste place. Rien ne peut entamer le bonheur de vivre lorsque l'on plonge les yeux dans ce monde qui demeure comme un jardin d'Eden où le serpent a pourtant élu domicile. La flore sud-africaine représente 10 % de la flore mondiale, 22 000 espèces différentes qui rivalisent de beauté et de couleurs : marguerites pour des centaines d'amoureux, géraniums géants à faire pâlir d'envie les balcons de nos grands-mères, glaïeuls, ixias, arums, lis, strelitzias, iris, frésias, proteas, watsonias, agapanthus, tritomes se bousculent la vedette le printemps venu dans le royaume végétal du Cap sur 10 000 kilomètres carrés. L'Olifants qui traverse le parc national du Kruger peut encore rivaliser avec la rivière Luvuvhu, leurs eaux n'ont pas fini de raconter leurs histoires d'éléphants, de lions, de léopards, de buffles du Cap et de rhinocéros noirs. Le piton du Sentinel peut continuer de veiller sur Haut Bay, les bateaux arriveront toujours sur le Waterfront.


Et au milieu coule malgré tout la vie qui porte les paroles des afrikaners, des indiens, des métis, des malais du Cap, des zoulous, des venda, des swazi, des sotho, des ndebele, des lobedu, des batswana, des khoikhoi, des san ; un arc en ciel de peuples, de coutumes, de blessures, de croyances et d'histoires. L'histoire de l'Afrique du Sud commence il y a plus de 28 000 ans avec le peuple San.  L'Afrique du Sud est une vieille dame qui comptait déjà des ans à l'âge de pierre. Elle est restée une jeune fille aux beautés à vous couper le souffle, à l'esprit parfois torturé, cherchant sans doute encore son paradis. Elle a les ressources pour construire son avenir, je veux y croire comme tous les Valued Citizens qui grandissent en son sein, in the heart of Africa.  Si les français pouvaient croire autant qu'eux à l'avenir d'être citoyen !  Si les français pouvaient se rendre compte à quel point ici on meurt parce que l'on veut être citoyen ! Décidément nous avons bien de la chance mais il faut  ouvrir les yeux au monde pour en avoir conscience ... et ça c'est pas gagner ! 

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Published by Marie-Christine Darmian-Gautron - dans Valued Citizens Initiative
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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 11:26
Certains se souviennent sans doute d'elle. Elle menait les opérations de communication de la Coupe du Monde Football sur Bordeaux. Carole Podetti n'a pas changé. Elle a toujours le regard franc et loyal, la force des gens qui croît en l'humanité et le courage de se battre pour les autres. 

En 2007, elle était finaliste du "Woman of the Year" d'Afrique du Sud dans la catégorie Education. En 2000, elle a fondé
 "The Valued Citizens Initiative" une ONG qui travaille sur les valeurs de la Constitution Sud Africaine dans plus de 1 000 écoles impliquant plus de 300 000 enseignants. Elle vient de recevoir l'Ordre national du Mérite pour les actions qu'elle mène sur la terre de Madiba.  
Ce petit bout de femme increvable est ma meilleure amie. Nous nous sommes un jour assises à la terrasse d'un café bordelais et nous ne nous sommes plus jamais quittées. Nous avons vécu ensemble les coups durs, les bonheurs, les peurs de la vie, moi ici et elle là bas au pays de Mandéla. j'ai encore dans la tête le jour de son départ en 1999. Elle avait mis sa vie dans un conteneur et elle est partie persuadée d'avoir trouvé la voie à suivre. Elle a eu raison. 

Au delà des clichés d'agences de voyages, des Big Five et autres images sur papier glacé, le quotidien d'Afrique du Sud est loin d'être celui là.  Avant 1994, les tribunaux étaient trop occupés à faire appliquer les lois de l’apartheid. On n’en parlait pas, c’est tout. La violence est un quotidien en Afrique du Sud. Je crois que c'est là-bas que j'ai eu peur, une vraie peur, pour la première fois. Pauvreté, promiscuité, alcoolisme, mais aussi un héritage historique qui pèse encore trop lourd.

Sous l’apartheid, les familles étaient disloquées. Les hommes partaient travailler dans les fermes, dans les mines, à la ville. Les femmes, souvent, ne les accompagnaient pas ou alors étaient domestiques, contraintes de vivre seules dans les maid quarters, les chambres de bonne des foyers blancs.

"Pendant des années, on a fait croire aux Noirs qu’ils n’étaient rien et même moins que rien. Ces hommes-là ont perdu toute estime d’eux-mêmes" m'avait expliquait Carole. Et c'est ça qui l'avait poussé à imaginer "Valued Citizens", rendre l'estime de soit aux enfants pour qu'adultes ils puissent en se respectant eux même respecter les autres.  Le sexe et la violence sont devenus la seule forme visible de pouvoir. J'ai entendu ces histoires lorsque j'accompagnais Carole dans les cours de formation des enseignants de Valued. J'ai vu ces regards de femmes qui racontaient leur dépendance à l'alcool, leur désespoir à ne pas arriver à combattre la violence qui se portait sur les enfants, leur espoir de sortir de tout cela. 

Et si il n'y avait que ça : le mythe selon lequel avoir une relation avec une vierge peut guérir du sida est encore vivace. Selon l’enquête menée par CIET auprès de 250 000 jeunes comme le relate cet article du Monde en 2006 : 12,7 % d’entre eux croient à cette fable antisida. Aussi grave peut-être, 32 % des moins de 19 ans estiment qu’une relation sexuelle contrainte avec un proche n’est pas un viol. Et, pour 25 % des garçons, une fille qui dit "non" pense "oui". 

Je me souviens de ma première visite avec Carole, elle me racontait "qu'il n’y avait pas d’éducation sexuelle. Ni par les parents, pour lesquels le sujet reste tabou, ni à l’école, les enseignants hésitant eux aussi à parler de sexe." 

Son combat est là, enseigner, partager, construire, rendre la dignité, rendre le respect.

J'ai appris là-bas à remettre les choses à leur juste place et ne pas m'encombrer la vie. A mi-chemin de Johannesburg et de Soweto, sur la voie rapide qui relie la ville géante et sa township emblématique, se trouve le 
 
musée de l’Apartheid. Au milieu de rien et au centre de tout, où « Liberté » et « Respect » sont gravés dans le ciel sud-africain.

« White » ou « Non-White » et  « Non-White », il faut prendre le couloir fléché entouré de grilles métalliques. J'ai plongé dans la violence : la ségrégation, les discours racistes, le soulèvement populaire, la répression des foules, la torture, les témoignages des prisonniers, le Casspir, ce terrible camion blindé qui patrouillait dans les townships, cent vingt et une cordes descendant du plafond pour représenter les militants « suicidés » par la police. J'ai été écrasée, j'ai eu honte ce jour là d'être blanche, d'être européenne, de n'avoir rien fait de plus. J'ai pris en pleine face des émotions violentes, la peur, le dégoût, et la nécessaire identification aux héros de la lutte et l'espoir du soulagement d’un dénouement heureux et moral. 

J'ai eu ce jour là la conscience du combat de Carole et j'ai depuis essayé de l'aider comme je pouvais pour que cet espoir que j'avais vu dans les yeux des enfants de Valued demeure autre chose qu'un rêve. Dans un mois je serais, si tout va bien, à nouveau avec elle. Je sais que l'Afrique du Sud a changé depuis mon dernier voyage et je sais que ce n'est pas forcément mieux. Comme je voudrai encore trouver cet espoir dans les yeux des enfants !  
 
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  • : Il est citoyen, vigilant, mais aussi sur l'air du temps, Créon, la Gironde, le Bassin d'Arcachon et La Teste de Buch ... forcément. Bonne lecture.
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Un Peu Sur L'auteur ..

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  • Ancienne journaliste, Directrice territoriale,  Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine
  • Ancienne journaliste, Directrice territoriale, Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine