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25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 16:23

Et le bleu conforte le cœur

Car des couleurs, il est l’empereur

 

Ce qui m’a toujours surprise en terres italiennes c’est que la lumière y est particulière et que les bleus y sont multicolores. Ce n’est certainement pas par hasard que l’azzura soit italienne.

 

Le bleu est une couleur qui est rare dans la nature. De ci delà il y a quelques bourraches, violettes, bleuets, quelques morphos aux ailes scintillantes, quelques poissons des profondeurs et des petits cailloux qui ont souvent fait perdre la tête des hommes pour le plaisir des femmes. Teinturiers, peintres de tous les siècles cherchaient longtemps les pigments bleus tant ils étaient rares. Les romains, les grecs ne les utilisaient pas,  les trouvant ternes et fades, les égyptiens en avaient créé un turquoise en alchimistes, tirant du cuivre le bleu des Dieux. Le lapis-lazuli réduit en poudre, pouvait être la base d'une peinture d’un beau bleu nuit mais réservé à ceux dont l’or coulait des mains.  Viendra ensuite le pastel des teinturiers, l’Herbe de Saint Philippe,  utilisée comme plante médicinale et tinctoriale en  Antiquité, cultivée pour la production d'une teinture  bleue, extraite de ses feuilles. 

 

Mais la raison du bleu italien est plus royale que ça. Les italiens sont les descendants de Garibaldi mais plane toujours au dessus d’eux le Guépard de Visconti. Le bleu ne figure pas sur le drapeau tricolore italien vert, blanc, rouge, mais cette couleur était présente sur le drapeau du Royaume d’Italie en bordure de l’écu de la Maison de Savoie. Cette bordure bleue servait à séparer la croix blanche sur fond rouge des autres parties blanche et rouge du Tricolore. Le bleu était important pour la famille de Savoie, lorsque le comte Amédée VI de Savoie utilisa l’image de la Vierge sur fond bleu comme l’un de ses étendards. La Maison de Savoie a quitté le trône en 1946 et l’Italie est devenue une république, mais par tradition le bleu est resté la couleur dominante des représentants de l’Italie dans la plupart des sports, du basket au rugby en passant par le sacro-saint calcio et la squadra azzura.

 

En Italie le ciel est bleu … je sais il l’est ailleurs aussi mais vous me permettrez cette coquetterie.  Levez les yeux, et rien n’arrête votre regard, cet infini devient bleu association du vide et de la lumière. "Ce n’est pas, à vrai dire, une couleur. Plutôt une tonalité, un climat, une résonance spéciale de l’air. Un empilement de clarté, une teinte qui naît du vide ajouté au vide, aussi changeante et transparente dans la tête de l’homme que dans les cieux" écrit le poète Jean-Michel Maulpoix. Les italiens l’ont vite compris et c’est au travers des bleus que tous les peintres de Botticelli à Michel-Ange en passant par Raphaël,  ont transmis la lumière au travers de tous les bleus. 

 

Mais le plus beau de ce bleu italien reste l’heure bleue, cet instant si magique où la nuit chasse doucement le jour pour s’offrir la nuit et les étoiles. Instant magique à la fois fort et fragile. Fugace comme un parfum qui laisse derrière lui un sillage invisible et délicat … Guerlain en créant sa merveilleuse fragrance en parlait ainsi …  « Le soleil s’est couché, la nuit pourtant n’est pas tombée. C’est l’heure suspendue. L’heure où l’homme se trouve enfin en harmonie avec le monde de la lumière ».

 

C’est là toute mon Italie …

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23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 20:59

 

Il y a 25 ans au détour d’une ruelle pavée de Bergamo, j’avais découvert dans une vitrine des petites figurines animées de la Comédia dell’Arte. Elles auront difficilement résisté au temps et aux jeux des petits et il était important pour moi en revenant à Bergame de retrouver ces figures de l’art italien.  Certains pourraient avoir envie de retrouver les madeleines de Proust moi c’était juste des petites poupées de terre cuite peintes à la main dont les sourires gardaient précieusement mes souvenirs.

 

La commedia dell'arte tient ses racines des fêtes du rire qui sont à la base de grands carnavals d’Italie et d’ailleurs. Sans doute est elle devenue au fil des ans celle des fêtes de mon enfance où chacun prenait un rôle pour faire éclater les rires. La prose d’Angelo Beolco qui se faisait appelé le Ruzzante, avait inventé des personnages qui s’exprimant dans leur dialecte amenaient des situations cocasses où les quiproquos venaient en éclats de rires. Chaque province y amena son personnage avec ses caractéristiques, ses pitreries, ses pirouettes fantasques.

 

Dans nos repas de famille France et Italie, Gironde et Moselle, se mêlaient étroitement dans de grandes tirades où les gestes, les mimiques devaient permettre de tout faire comprendre même à ceux qui n’y comprenaient rien. C’est comme cela que depuis ma plus tendre enfance entre patois du Venetto, de la Lombardia, l’Italien d’école et le français j’ai construit mon italien qui n’a d’académique que le nom mais qui est resté la langue du cœur et des racines familiales. Dans cette comédie improvisée, le discours est sans cesse renouvelé, les acteurs ordinaires de la famille s’inspiraient de toutes les situations, faisant de la pièce qu’ils représentaient une œuvre changeante, incessamment rajeunie pour le plus grand bonheur des petits que nous étions.

 

Il y était tous … Arlecchino, Brighella, Colombina, il Dottore , Pagliaccio, Pantalone, Scaramuccia


 Scappino


, il Capitan Spavento, Isabella, Coviello, Pulcinella
, Lelio, ils sont tous revenus à moi et j’ai retrouvé chaque souvenir des farces de mon enfance en retrouvant cette petite boutique d’art à deux pas du Duomo de Bergamo.

 

Mon préféré reste Arlecchino,  lecchino le gourmand,  hellequin le petit génie infernal, son masque, son vêtement  multicolore, son allure vive et maligne, le son de sa voix, tout rappelle le farfadet. Son nom de Zantini, donné par les Italiens vient bien du sannio, le railleur  et ce petit personnage fantasque est mon préféré. 

 

Arlequin vient de chez nous, du venetto et parle le patois des habitants de Bergame et de la vallée du Brembo. Mais ce que je préfère d’Arlequin c’est cette histoire que m’a racontée mon grand-père. Si Arlequin est un bergamasque c’est que son habit, raconte la légende, a été fait par des enfants de cette ville qui s'étaient un jour cotisés pour habiller un de leurs camarades pauvre, et lui avaient apporté chacun un morceau de drap de couleur différente, dont on fit un seul habit. Le hasard n’existe pas …

 

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 13:35

A l’heure où les anglais commençaient à construire la Bastide de Créon, Alberto Pitentino avec son nom de dessins animés utilisait le Mincio pour créer le système de défense de Mantova. Encore aujourd’hui cette cité du Moyen Age est toujours entourée de trois étendues d’eau qui l’a fait ressembler à une île au milieu de la plaine au sud de Vérona.

 

Pourtant cette prestance créé par l’homme ne dura pas et la nature reprit ses droits transformant les lacs en marécages où les nénuphars blancs et roses sont encore légion aujourd‘hui. Ces fleurs, perles d’eau sont l’œuvre d’une femme, Anna Maria Pellegreffi, botaniste pamesane qui, revenant d'Asie en 1921, voulut tenter l'expérience de tirer de la racine du lotus de la farine pour la panification. Mais rien à faire les italiens préférèrent garder le risoto et la polenta. On ne touche pas à la cuisine … la pasta est la pasta.

 

Mantova est une cité bien particulière où tous les siècles se mélangent. La brique rouge du Palais ducal des Gonzage, les pierres blanches du Palais Té, les veines blanches et roses du Marbre de Carrare des églises et le bleu vert étoilé de rose des lacs.  Féérique ! Mantova se conquiert à pied … et le nez en l’air. C’est étonnant comment l’Italie est le pays des gens le nez en l’air ! Il ne faut surtout pas regarder ses pieds sauf peut être à Mantova où toutes les rues sont pavées de galets multicolores. C’est en regardant vers le haut que l’Italie se découvre … à croire que tous les italiens au fil des siècles soufraient de torticolis chroniques.

 

C’est le nez en l’air que toutes les merveilles de Mantova se découvrent. Quelle splendeur !  La Fresque des Géants de Giulio Romano ne peut se ressentir que le nez en l’air tant sa splendeur est panoramique … Pourtant ce merveilleux faiseur de couleurs, magicien élève de Raphaël a bien failli ne jamais arriver à Mantova. Il a subi la colère papale pour avoir dessiné l’amour des dieux de manière un peu trop érotique. Par chance la famille Médicis protégera ces faiseurs d’amour comme ses amis Pierre l’Arétin ou le graveur Marcantonio Raimondi. Le plaisir est bien un art italien … et à Mantoue il se voit le nez en l’air … Et il suffit juste de se souvenir des poèmes de Virgile, cauchemars de mes années de latiniste, pour savoir que le Cygne de Mantoue est bien comme cette cité … élégante …  Entre amour, art et histoire, l’Italie se vit le cœur battant.

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 11:39

 

Au détour d’un virage, juste là posée comme un oiseau elle est là drapée dans la brume du petit matin qui se chauffe au soleil. Comme si les doigts de la Fée Viviane avaient tissés des fils d’or et d’argent pour créer un rêve à faire perdre la tête des hommes. L’Isola San Giulio reste gardienne de la dolce vita.

 

Chaque fois que mes pas me ramènent sur les bords du lac d’Orta c’est la même magie qui opère. Le temps s’est arrêté sans doute oubliant qu’il devrait battre la mesure. C’est certainement le seul endroit où lorsque le soir tombe derrière la montagne, l’Univers se pose sur les eaux noires d’Orta et se pare de l’or des Princes Lombards. Il tient là le temps que la voute étoilée scintillent doucement et il s’envole pour rejoindre les étoiles. C’est juste là un instant d’éternité que même les neiges de l’hiver n’arrivent pas à suspendre.

 

La basilique qui se dresse fièrement comme sortant des eaux du lac est la dernière et centième église fondée par San Giulio et son frère Juien. Ces deux grecs nés dans les eaux turquoise de l’Ile d’ Egine, sont restés dans l’histoire comme les évangélisateurs de la région des grands lacs italien. La légende dit qu'autour de l'année 390 San Guilio alla sur l'île naviguant sur son manteau et la libéra des dragons; après la défaite des monstres il édifia une petite église dédiée aux apôtres. Haut  lieu des guerres du Moyen âge, cette île est restée un bastion de l’histoire de Bérenger II d’Italie et de Willa son épouse. Elle fut assiégée, détruite, reconstruite, et berceau de Guillaume de Volpiano.

 

Dans chaque ruelle, au détour des parfums subtils des lauriers multicolores et des jasmins en fleurs, l’esprit peut vous amener à retrouver les fantômes des temps anciens. Dans la basilique sur le mur entre les pierres, les petits rouleaux des souhaits laissés par tant de pèlerins comme autant de messages vers le ciel. Encore un pas vers cette éternité que l’Italie préserve à travers les siècles. Un rêve …

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 16:22

 

Je crois que rien ne change vraiment au fil des ans ; c'est ce qui rassure et permet de retrouver le chemin sans faillir. Chaque fois que je reviens en Italie je retrouve chaque chose à sa place et même le temps a eu la délicatesse de m'attendre un peu.

 

Jesuine n'a pas loin de 90 ans et la seule chose qui me fait imaginer qu'elle est proche de cet âge sage c'est qu'elle ne fabrique plus 10 tartes et tourtes en tout genre par jour, mais juste 7 ou 8 ! C'est elle, qui, avec ses frères, reste le lien avec la génération de mon grand-père. Mémoire vivante avec Aldo, Luigi et Egenio, ils sont encore capables de raconter ces histoires des Darmian sur lesquelles est construite notre tribu.

 

Comme lorsque j'étais enfant je m'installe au bout de la table avec mon café ristretto à réveiller un mort et j'écoute avec encore plus d'attention les conversations pour arriver à percevoir chaque mot, chaque fil qui me permet de comprendre les histoires d'un temps qui s'effacent peu à peu. Au détour d'un regard je découvre comment mon grand-père avait l'amour de cette terre que son père et sa mère ont quitté dans les années 20. Nono aura mis tant d'années avant de nous raconter. Il avait tellement peur qu'on lui reproche ses origines qu'il avait appris à être plus français que n'importe quel autre Dupont et Dupont. Et puis un jour je crois que je ne saurais jamais pourquoi il a parlé. Je suis restée là, comme j'écoute aujourd'hui Aldo et Jésuine raconter, à me nourrir de ses histoires. Je viens de retrouver la douceur de vivre italienne ...

 

Hier soir à mon arrivée après multiples péripéties avec l'avion qui m'a conduite à Milan, j'ai retrouvé les grandes tablées familiales ... pas moins de 20 à table hier soir. Et c'était comme d'habitude frugal forcément juste le repas du soir ... Asseyez vous ... je vous raconte ... d'abord il y a les feuilletés aux fromages ... avec un "s" parce que l'autre pays du fromage c'est l'Italie. Puis les bouchons sautent et là forcément la fête peut commencer : Prosecco, Spumante Valdobbiadene issu des collines de Cartizze au nord du fleuve Piave ... Rien que le nom et c'est le soleil qui entre dans cette soirée d'été. Le soleil a rendez-vous avec la lune, en Italie c'est toujours comme ça. Arrive ensuite les olives, les artichauts, les macédoines, les oeufs mimosas comme ceux que faisaient mon arrière grand-mère Pascua, les tourtes aux courgettes, le Vitello Tonato fresco, bistecca freda, les jambons de toutes sortes, les patatine, et ... et … et les rires fusent.

 

Comme si j'étais partie hier je retrouve la musique de cette langue que je parle depuis mon enfance. Je viens de rentrer à la maison, cette deuxième maison qui chante l’amour d’une famille qui au travers des générations n’a jamais oublié qu’un Arbre sans racine ça fini toujours par mourir …

 

Hier soir je me suis endormie, la fenêtre grande ouverte sur le jardin, au loin le bois où nous avons tant de fois avec mes cousins et cousines inventé  des batailles homériques, refait les guerres Napoléoniennes, refait l'histoire où nos deux pays finissaient par élire un roi et une reine qui avaient forcément beaucoup d'enfants et qui vécurent heureux des siècles et des siècles.

 

 

 

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  • : Aux Pensées Citoyen !
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Un Peu Sur L'auteur ..

  • Aux pensées Citoyen !
  • Ancienne journaliste,  Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.
  • Ancienne journaliste, Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.