Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
17 août 2024 6 17 /08 /août /2024 14:41

Le mois d'août qui s'étire lentement vers la rentrée de septembre a un gout particulier dans mes souvenirs d'enfance ... loin des plages bondées et des exploits des constructeurs de châteaux de sable, il existe un moment qui revient comme celui des madeleines de Proust : la récolte des patates de Grand-père Eugène. 

C'était souvent au petit matin avant que le soleil ne monte au zénith que la petite troupe débarquait dans la cour de la Mairie de Sadirac. Assis au bout de la table de la cuisine, vêtu de son sempiternel bleu de travail, de son tricot de peau côtelé bleu marine et de sa casquette il était prêt. Nono avait sorti le tracteur bleu du fond de la cour et avait attelé la remorque. Nous, avec Isabelle et Hélène nous avions l'impatience des départs en vacances, shorts et sandales aux pieds nous attendions l'autorisation de monter prestement dans la remorque avec les grands. Alexandre n’était pas bien loin et souvent était aussi de notre équipée fantastique. 

Nos méres regardaient d'un air inquiet cette équipage mais laissaient faire ... après tout la remorque était profonde et le coup de vent ne risquait pas d'emporter la progéniture fantasque ... 

Serge et Françoise, Alban et Marthe, Pierre et Tita, Alban et Simone, tonton Mario, tatie Claire, les cousins, les amis, les parents, les taties et tontons,  ils étaient tous là pour ramener dans la cave la récolte des précieuses pommes de terre qui feraient à n'en pas douter les meilleures frites du monde et les volcans de purée pour le jus du poulet rôti du dimanche chez papi et mamie « en bas » 

Les momes issés à l'arriére, la procession pouvait s'ébranler ... grand-pére tournait le contact du tracteur et dans un bruit d'enfer la petite troupe traversant le village rejoignait le Ruzat ... 

La vigne en haut ... quel paradis pour nous autres. C'était l'endroit le plus beau du monde où tout était permis. D'un coté il y avait le jardin qui nourrissait toute la famille et les amis durant l'année au fil des saisons, de l'autre ce petit bout de terre où la vigne faisait la fierté de mon grand-père. La fosse à l'entrée de la parcelle fournissait l'eau  des puits aux voeux de nos histoires de fées et de princesses, la cabane en planches grisées par le temps servait de château pour nos aventures ... et les élevages secret de doryphores de mon petit frère. 

Dans chaque rang du jardin tout était à manger et à grappiller. Les tomates bien sur,gorgées du soleil de l'été, celles que tu mangeais encore chaudes et qui te réservaient bien des surprise plus tard si tu en mangeais trop. Les petits pois bonbons sucrées que nous avions à portée de gourmandise. Les pèches, les abricots qui éclataient le ventre rond chargé de sucre. Les courgettes italiennes que nous mesurions tellement elles étaient plus hautes de nous. Mes préférées c'était les pèches de vignes, toutes petites à la chair rougeoyante qui avaient le gout des pays d'Orient que j'imaginais.  Les raisins de la vigne étaient comme des bonbons encore acides, mais me coucher dans la vigne pour regarder le ciel à travers les grappes était comme partir en voyage sur les rayons du soleil. Et puis il y avait mon arbre … mon pommier celui que secrètement avec grand père nous avions décidé qu’il était le mien … puisqu’a ma naissance contrairement aux naissances des petits il n’avait pas planté d’arbre. Il en était triste alors il m’avait dit que le petit pommier tout tordu et noueux qui poussait contre vent et marées près du puit serait le mien car il était solide et tellement résistant comme moi. 

Les rangées de patates étaient là. A la surface les tiges et les feuilles avaient pris les couleurs de l'automne en avance. L'instant était solennel ... grand-pére la fourche à la main testait le premier pied ... tout le monde retenait son souffle ... les pépites seraient elles grosses ? en nombre ? ... la motte de terre se soulevait ...et là comme lorsqu'on ouvre un coffre au trésor, les pommes de terre s'offraient  un bol d'air ... la récolte pouvait commencer. 

Tout au long de la matinée et même certaine année tout au long de la journée, tels des étourneaux sur un champ de blé qui vient d'être moissonné, les grands faisaient le premier passage pour ramasser les plus grosses patates. Nous nous avions le bonheur de farfouiller dans la terre pour récupérer les plus petites, celles qui se cachaient sous la terre. C'était notre trésor car celles là c'étaient les notres ... celle que Grand-mére ferait bouillir rien que pour nous et que nous mangerions avec une sardine  et un filet d'huile d'olive. 

Quel bonheur !!! nous avions le droit ... que dis-je l'obligation de nous salir les mains, les genoux, le museau ... Si nous avions de la chance nous trouvions des larves de hanneton que nous enfermions dans des bocaux pour plus tard en faire l'élevage. Comme des papillons nous virevoltions d'une motte à l'autre essayant d'attraper les sauterelles et les libellules ... 

Les grands racontaient des histoires, retrouvaient les potins du village et au fur et à mesure au bout des rangs les tas de pommes de terre grandissaient. Il arrivait le moment où la récolte devait rejoindre la cave de la Mairie où mes grands-parents habitaient. C'est là que la gloire de mon grand-pére prenait la place, comme celle du papa de Marcel. Il était fier ... il avait rempli son rôle de chef de famille, il avait le bonheur des gens de la terre à qui elle donne le fruit de leur labeur. 

Il disait rien ou si peu mais écoutait avec délectation les ramasseurs de patates lui raconter la récolte ... "Tu as vu Eugène celle là elle pourrait nourrir toute une famille", "Tu as de quoi tenir au moins jusqu'à la prochaine récolte, tu t'es encore surpassé cette année" ... Il était heureux juste heureux ... Nonno avait la fierté des paysans, celle qui nait dans le creux des mains burinées par les manches de pelles. 

Comme je les trouvais belles les mains de mon grand-père. Elles étaient immenses forcément et toutes craquelées... mais lorsque pour m'endormir il prenait ma main et passait son pouce sur le dos de ma main, ça grattait un peu mais c'était tellement doux et rassurant. 

Le retour à la Mairie était forcément triomphal ... grand pére la casquette un peu en arrière tel un général romain rentrant victorieux de Campagne au volant et nous juchés sur la récolte de patates, cheveux au vent, barbouillés de la tête au pied de terre et sucre des fruits goulument dévorés tout au long de la journée, poisseuses à souhait mais tellement heureuses ... Les petits Adeline et Silvain arriveront plus tard et auront même le droit de monter sur les genoux de grand-pére pour conduire le tracteur ... qui faisait  "grouziller" à l'interieur 

Ces souvenirs là sont autant d'instants qui s’égrainent tels les grains de blé dans les mains de Panturle ... le blé c'est comme la vie ... un petit grain fait des champs qui ondulent sous le vent ... comme mes souvenirs d'enfance. Lorsque j’ai parfois la nostalgie de ces moments il suffit juste que je me déchausse et que je marche dans cette terre noire de sadirac pour savoir que jamais personne ne pourra me voler ses bonheurs car ils sont ce qui me fondent.

Partager cet article
Repost0
11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 18:19

 

Comme souvent ce samedi là, j'avais pris le vélo pour rejoindre Sadirac et la Mairie où vivaient mes grands-parents. A peine arrivée dévalant la côte en courant je rejoignais la maison de papi et mamie "en bas". Presque tous les samedis nous les rejoignons pour boire le café. C'était un rendez vous de l'enfance où avec mes parents, mes grands-parents et mon oncle et ma tante nous les retrouvions pour passer un moment où chacun y allait de son histoire, de ses convictions, de ses aventures.

Lorsque je poussais la porte du chai qui donnait sur la cuisine je savais qu'il serait là assis sur son fauteuil au coin de la gazinière. Il serait certainement absorbé par le ballet des mésanges bleues et des rouges-gorges qui se rassasiaient des bouts de lard qu'il avait cloué sur l'arbre en face.

Mirabelle son chien sur ses genoux, ses yeux d'un bleu que l'enfance embellie forcément regardaient avec calme l'arrivée de la tornade que j'étais. Mon bonheur c'était de me mettre à coté de lui et d'attendre que les mots viennent et que surtout ils soient tous partis pour que je puisse l'avoir rien que pour moi. 

Papi Abel était mon héros à moi.  Il savait faire pousser des poires et des pommes dans des bouteilles, il me donnait toujours un petit sucre avec une lichette de la liqueur de cassis dont il gardait les secrets de fabrication. Il avait toujours dans une petite boite un bonbon à la réglisse que j'adorai. A cette époque à l'école primaire nous avions appris ce qu'avait été la guerre de 14/18 et nous avions en classe travaillé sur la Grande Guerre. Je savais du haut de mes 10 ans qu'il avait été de cette guerre, je savais que Mamie en bas y avait perdu son papa un soir de Noël 1914 mais ce jour là je voulais qu'il me raconte lui ce que ses yeux avaient vu. 

Ce samedi j'ai donc attendu que tous remontent en haut,  à la mairie et sous un prétexte dont je ne me rappelle plus je suis restée avec lui bien décidé à poser mes questions qui trépignaient sur le bout de papier enfoui dans ma poche. 

J'ai longtemps tourné autour du pot ne sachant pas si mes questions allaient trouver des réponses tant j'avais entendu les "grands" dire que papi n'en parlait jamais. Je crois bien que j'avais peur de faire de la peine à celui que j'adorais en ouvrant une boite aux souvenirs fracassants. 

S'est alors noué un instant, que près de 40 ans après je n'ai pas oublié, et j'entend encore sa voix. Je ne me souviens que des bribes de son récit tant je suis restée accroché à son regard bleu et à ses longues mains qui battaient la mesure de ses paroles. Ce jour là répondant à mes questions d'enfant il m'a raconté. Il m'a montré son livret militaire de son régiment d'infanterie. Dans ses yeux j’ai découvert sa jeunesse écrasée en 1916 en pleine bataille de la Somme. Il me montra la trace de sa blessure au bras quand il avait été fait prisonnier au début de la guerre, les années de captivité en Allemagne jusqu'en décembre 2018.  J’entends encore : "tu sais Christine dans les mines de sel en Silésie les blessures ça ne guérit jamais". Il s’était levé pour aller dans le chai et revenir avec son savon de prisonnier qu'il avait mis dans ma main. Je n'ai pas tout compris ce jour là. Je crois bien que cet après midi là avec mon cahier de brouillon et mon crayon je n'ai pas mesuré ce qu'était réellement ce moment. Il ne m'a plus jamais parlé de cette époque là comme si, et je l'ai compris bien plus tard, il avait honte d'être encore en vie alors que tant de ces copains, camarades étaient tombés. Il avait en lui cette colère froide qui lui fera refuser toutes les médailles, tous les hommages, toutes les commémorations. Il en voulait à tous ces "képis galonnés" qui les avaient tous envoyés à la boucherie. 

Quelques années après, à la vieille de sa mort, par un merveilleux jour de printemps, je me souviens avoir été le trouver. Il était dans le lit qu'on avait descendu dans la salle à manger. Il était tout à coup si petit si faible avec cette toux terrible qui en fait ne l'avait jamais vraiment quittée et attendait son heure  depuis cette "putain de guerre". Je me souviens avoir comme je le faisais si souvent posé ma tête sous sa main et là dans un souffle il ma dit : " Tu sais Christine c'est pas de mourir qui est difficile c'est de vivre après tout ça. " Ce fut la dernière fois où ses yeux bleus m'ont regardé avec tout l'amour qu'il avait pour nous deux. Quelques jours après il s'est éteins me laissant en héritage et en mémoire ces instants qui bien des années plus tard ont enfin illuminé mon chemin par leur mémoire. 

Il y a 100 ans il n'a pas entendu les cloches sonner l'armistice il était prisonnier en Allemagne. Ce matin au Monument aux Morts à Créon il était juste là posant sa main sur mon épaule. 

 

Partager cet article
Repost0
7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 09:59

Ils avaient dit : " Tu verras le chemin, c'est qu'un chemin de cailloux blancs, c'est à toi de le tracer et d'en faire un jardin..."

Dans l'abbatiale de Moissac, elle a cette grâce de ceux qui ont fini par trouver la paix. Elle a changé son nom, oubliant en revêtant l'aube blanche, un passé qu'elle garde dans son regard.

Comme elle est belle ! Ombre lumineuse qui dans le clair obscur d'un sourire transforme le ciel en azur. Elle s'est assise à mes côtés dans ce cloître qui lui sert d'horizons. Je regarde ses mains. Elles sont marqués par un temps et bougent au ralenti comme si ce temps s'y était réfugié pour une éternité. 

Anne ... ma soeur Anne ne vois tu rien venir ? Forcément elle sait ... "Tu poursuivras ta quête Don Quichotte ... Il faut aller sur ton Chemin pour que rien ne t'arrête".

J'ai alors pris ma part de soleil sachant que dans ma besace il y a ma part de poussière qui partira aux vents. J'ai certainement ouvert mon cœur et oublié l'éphémère. Savoir au fond de chaque pas que tout n'est pas néant et que rien n'est plus fort que l'amour de la vie. J'ai détaché mon cœur de ceux qui passent ! Je ne veux pas réussir, ni être payé de ma peine et de mes mots.

Qu'importe le Chemin ce qui compte c'est le tracé et les lignes.

Ici se clôt le voyage ... il est déjà parti vers l'ailleurs. On rentre ! L'oiseau bleu n'est en fait jamais parti ... ultreïa ! J'ai trouvé la force de continuer à marcher !

 

Partager cet article
Repost0
5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 06:42

Il apparaît sur les premières lignes du livre bleu posé sur le rebord de la fenêtre comme sorti d'un rêve. Dans le premier chapitre, il est endimanché, gilet bleu et montre à gousset … «en retard, toujours en retard».

 

Telle Alice j’ai eu envie de poursuivre cette apparition et je crois bien que je suis tombée délicieusement dans le terrier de Maryse Vaugarny. Cette Alice d’un moment m’a amené aux pays de ses merveilles. Elle a la grâce des princesses de conte de fées, des petites fleurs vertes aux oreilles et un bien charmante robe fleurie noire et blanche qui lui donne l’air d’une bien jolie apparition. Sur la pointe des pieds j'ai sauté ... 

 

C’est une bien belle rêveuse que cette Alice d’un instant qui m’entraine avec elle dans ses rêves. Elle sourit et m’explique que pour commencer un rêve il faut d’abord construire un musée … Amoureuse des mots, passeuse de contes, elle a monté au 112 de la rue du château du Roy à Cahors, tout le monde merveilleux d’Alice et du Lapin blanc. « Je suis le petit musée d'un atelier d'écritures,  l'antichambre des propositions, le lieu du rêve. » 

 

Je suis certaine qu’elle adore l’odeur du pain d’épices et des gaufres fines et qu'elle cache dans sa poche quelques bonbons multicolores. Je suis persuadée qu’elle aime faire des dessins sur les gâteaux, des nuages de sucre glace comme si la neige venait d’investir mon été. A la minutie de chacune de ses installations poétiques je perçois le travail bien fait,  la générosité, le silence… mais aussi les étoiles, les jardins, les oiseaux et tant d’autres choses. Elle  aime la vie et je sais déjà que l’instant sera magique.

 

Elle me raconte que sa formation c’est « rêveuse de mots », que les désirs sont un essentiel. Forcément vous commencez à me connaître j’associe les idées … Désirs, habitée, habitat … forcément mais c’est bien sur … elle construit forcément la maison des désirs … Et si j'avais trouvé mon grand témoin ... 

 

En 1999 elle a créé une association « les ateliers d’écriture de la maison verte » dont le but est d’animer des ateliers d’écriture et promouvoir des actions littéraires, éditer et publier.  Elle construit … j’écoute. Montage des expositions Haïku des presque rien et anamnèses au Musée de Limogne sous le parrainage des Editions Dire et d’Henri Heurtebise, à tire d’ailes au Fonds Ancien de Cahors, souffles d’écritures au Musée Champollion de Figeac et au Centre Culturel Français de Lomé, au Togo ; réalisation du livre Souffles d’écritures, des ateliers d’auteurs au Niger, la création de la bibliothèque itinérante de livres uniques pour la maison verte…

 

Mais c’est pas tout elle forme depuis la fin des années 2000 des professionnels d’établissements médico-sociaux, éducateurs, moniteurs éducateurs, assistantes sociales, psychologues… Et là je sais que je viens de trouver mon Alice des Journées Girondines de l’Habitat 2018, mais c'est bien sur elle a créé la maison des rêves et des désirs …

 

« Faire écrire est aussi une histoire d’amour... » me dit-elle ; et moi de lui réponde « Construire les désirs d’habitat ça vous tente … » Et elle m’a dit oui. Me voilà heureuse j’ai trouvé notre Alice du printemps 2018 …

Partager cet article
Repost0
31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 15:24

Une petite route sinueuse, des bois tout autour, frais comme les chemins du Sous Préfet aux Champs de Daudet, les cigales … et puis au détour d’un virage, en haut d’une cote, perdue entre les chemins de Saint Jacques, une place qui aurait bien plu à Marcel Pagnol.

 

Là un petit café, terrasse improbable sous les platanes plus que centenaires, je m’installe. Un couple hors du temps tout surpris et tout sourire, m’accueillent avec un bonjour  pour les pèlerins … « Vous n’êtes pas équipé pour Saint Jacques vous ! » me dit l’homme goguenard un sourire dans les yeux en guise de clin d’œil. « Vous prenez quoi ? » Elle est en cuisine, elle prépare une omelette aux girolles pour les deux pèlerins qui ont posé leurs harnachements de mules qui marchent. C’est que ça sent rudement bon cette omelette aux girolles mais non je n’ai besoin que de mon café, de mes pastels de mon carnet et de mes rêves.

 

Il n’y a pas un bruit à peine les couverts des pèlerins qui mangent en silence comme s’ils remerciaient Dieu de ce repas frugal mais solide. Dans la salle un ventilateur qui tourne aussi silencieusement que les vieux bombardiers de la seconde guerre mondiale. La salle est vide … enfin pas tout à fait. Dans le coin près de la fenêtre il y a une ombre qui regarde ses mains en silence et jette un œil distrait sur le journal étalé devant lui. L’homme est vieux, très vieux, enfin sans âge, il ressemble aux personnages de la diligence de Beaucaire. Mon imagination bondit forcément j’étais venue là pour rêver un peu. Qui est-il ? Que fait-il ici ? Vais oser lui demander ?

« Un café s’il vous plait. » La femme s’affaire, pose les assiettes devant les pélerins et retourne derriere le bar pour me préparer mon café. Un petite tasse blanche et rouge, un sucrier rond en métal argenté comme celui de ma grand-mére, et me voilà servi. L’homme chuchotte deux mots à la patronne. Il m’offre mon café. « Merci, c’est gentil. »

 

Et l’ombre s’anime, il tire sa chaise. « Vous n’étes pas d’ici vous, votre voix chante la musique d’ailleurs » me dit-il dans un sourire. Il n’a pas d’âge, du moins je suis bien incapable de lui en donner un. Il a de tout petits yeux noirs, les cheveux argents et un regard malin comme une fouine.

 - « Victor, je m’appelle Victor. »

« enchantée Victor, moi c’est Marie, merci pour le café. »

« Oh mais Marie c’est un prénom de fée ça par ici. »

« sans doute on me le dit souvent. »

 

Et la discussion s’engage. Il me raconte. Son fils qui a fait des études et qui est médecin à Figeac. Ses petits enfants qui sont à l’université à Toulouse mais il ne se rappelle pas exactement ce qu’ils y font mais il est tellement fier d’eux. Il m’explique qu’ici on ne voit que des gens qui passent. Souvent me dit-il, ils se sont perdus avec leur machin de téléphone. Ils ne savent plus voir,  ils ne font que regarder perdus dans leur machin de prière de pèlerin. En moi même je me dit que voilà un joli mécréant comme je les aime. « Ils savent plus lire le soleil et encore moins les étoiles … » La patronne torchon à la main essuie ses verres pour la centième fois de la journée sans doute et hausse les épaules. Elle a certainement déjà entendu cette histoire des dizaines et des dizaines de fois.

 

- «Et toi Marie ? »

 

Tiens il me tutoie comme si j’étais là depuis aussi longtemps que l’église fortifiée du village.

 

  • « Je me suis perdue comme vos pélerins mais ce n’est pas grave je suis en vacances et j’ai tout mon temps je finirais bien par retrouver mon chemin, j’ai le machin du téléphone … »
  • « tu as le luxe alors … tu as le temps … »

 

Et j’ai pris le temps. Victor il a les clés de l’église fortifiée du village et il me l’a montré. Il était jardinier et le jardin est une merveille. Des roses de toutes sortes, trémières, Ronsard, Galilée, Victoire, toutes les stars de cinéma sont là. Quelle merveille ce jardin enfoui au fond d’un petite cour où la glycine reste la reine du lieu. L’heure passe, je sais tout de cette bâtisse austère et froide qui portant reste baignée de lumière à l’intérieur. Il me raconte, les sarcophages, les protestants, les guerres, les pèlerins … je n’ai pas vu passer l’heure, ni celle d’après. Quel moment fabuleux comme seules les vacances et les chemins perdus savent en créer.

Mes pèlerins m’attendent, il faut que je reparte, c’est que j’ai charge d’âmes moi durant ce voyage en Haut Quercy …

  • « Au revoir Victor ! »
  • « A Dieu Marie »… me répont-il avec un sourire «  parce que Adieu c’est mieux pour Marie ! »
Partager cet article
Repost0
30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 21:24

Lieu étrange que cette masse de pierres blondes lovée dans le cœur du Haut-Quercy accrochée tel un aigle à la falaise dominant l’Alzou, ainsi se découvre Rocamadour. Cité mariale des chemins de Saint Jacques, elle respire, elle grouille, elle prie. Qui peut imaginer que plus de 1,5 millions de pieds, de genoux et de paire d’yeux traversent les siècles de ce lieu chargé de symboles.

 

Frappe pèlerin et on t’ouvrira …

 

Quatre portes marquent le chemin,  la Salmon, la Cabilière, la Saint-Sauveur et la Saint-Amadour, elle est aussi ville des chapelles d’Anne, de Blaise, de Jean-Baptiste, de Louis, de Michel et de Marie la Noire, cœur de l’essence même de la terre dont elle est pétrie.  En gravissant pas à pas les marches, passant les portes, ouvrant les voies, je n’ai pu m’empêcher d’imaginer l’alchimiste, porteur des interrogations et des questionnements, face à l’immense pouvoir de la foi celle qui domine et écrase par sa seule vérité.

 

Quel étrange endroit où le ciel rejoint la terre sur le souvenir d’Amadour …

 

La légende rencontre alors le sacré et se mélange pour faire ce lien invisible entre le ciel et la terre. Amadour aurait débarqué en terre gauloise en trio avec Lazare, Marthe et Marie. Chercheur de solitude il saura la trouver au pied de ce roc … Oublié des jours, des années et même du temps, ce n’est qu’en 1166 qu’un habitant demandant à être enterré à l'entrée de la chapelle, son corps intact y fut découvert. Momifié par des forces terrestres que seul le miracle pouvait expliqué dans ces temps où Dieu était en maitre. Sanctifié, miraculé, Amadour devint légende, et Ermite forcément comme tout bon bâtisseur chrétien récupéré par la bonne Eglise. Les reliques, pieusement recueillies après le brasier des pillards protestants, comme nous l’a avec conviction rappelé notre guide en soutane, ont été analysées, et sont bien celles d'un homme. Et la terre reprend ses droits. 

 

Pourtant Rocamadour si l’on en croit les porteurs d’énergies est à la croisée de 2 courants qui créent des tourbillons lorsqu’ils s’affrontent sous l’œil ancéstral du Gardien de Pierre face à la falaise qui porte la ville. La légende explique qu’Amadour enterré en ce lieu de croisement aurait en quelque sorte bénéficié d’énergies libérées par la terre lui évitant la décomposition. Déplacé par les hommes, il y perdit  ce privilège… et tomba en poussière.  

 

Tout est réuni alors pour retracer le chemin des symboles : une porte blanche et noire entre deux mondes, celui de la matière et de l’esprit, surveillée par un gardien de pierre conduisant à l’eau porteuse des esprits et des étoiles de cette vallée de l’Alzou.  

 

Ce lieu est prédestiné à une démarche spirituelle. Lignes verticales et vertigineuses de la terre au ciel, lignes horizontales pont entre les deux versants de la gorge de l’Alzou et ces courbes d’ou le vent qui s’y engouffre semble bien porté la lumière. Reste à découvrir laquelle ... 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 16:23

Et le bleu conforte le cœur

Car des couleurs, il est l’empereur

 

Ce qui m’a toujours surprise en terres italiennes c’est que la lumière y est particulière et que les bleus y sont multicolores. Ce n’est certainement pas par hasard que l’azzura soit italienne.

 

Le bleu est une couleur qui est rare dans la nature. De ci delà il y a quelques bourraches, violettes, bleuets, quelques morphos aux ailes scintillantes, quelques poissons des profondeurs et des petits cailloux qui ont souvent fait perdre la tête des hommes pour le plaisir des femmes. Teinturiers, peintres de tous les siècles cherchaient longtemps les pigments bleus tant ils étaient rares. Les romains, les grecs ne les utilisaient pas,  les trouvant ternes et fades, les égyptiens en avaient créé un turquoise en alchimistes, tirant du cuivre le bleu des Dieux. Le lapis-lazuli réduit en poudre, pouvait être la base d'une peinture d’un beau bleu nuit mais réservé à ceux dont l’or coulait des mains.  Viendra ensuite le pastel des teinturiers, l’Herbe de Saint Philippe,  utilisée comme plante médicinale et tinctoriale en  Antiquité, cultivée pour la production d'une teinture  bleue, extraite de ses feuilles. 

 

Mais la raison du bleu italien est plus royale que ça. Les italiens sont les descendants de Garibaldi mais plane toujours au dessus d’eux le Guépard de Visconti. Le bleu ne figure pas sur le drapeau tricolore italien vert, blanc, rouge, mais cette couleur était présente sur le drapeau du Royaume d’Italie en bordure de l’écu de la Maison de Savoie. Cette bordure bleue servait à séparer la croix blanche sur fond rouge des autres parties blanche et rouge du Tricolore. Le bleu était important pour la famille de Savoie, lorsque le comte Amédée VI de Savoie utilisa l’image de la Vierge sur fond bleu comme l’un de ses étendards. La Maison de Savoie a quitté le trône en 1946 et l’Italie est devenue une république, mais par tradition le bleu est resté la couleur dominante des représentants de l’Italie dans la plupart des sports, du basket au rugby en passant par le sacro-saint calcio et la squadra azzura.

 

En Italie le ciel est bleu … je sais il l’est ailleurs aussi mais vous me permettrez cette coquetterie.  Levez les yeux, et rien n’arrête votre regard, cet infini devient bleu association du vide et de la lumière. "Ce n’est pas, à vrai dire, une couleur. Plutôt une tonalité, un climat, une résonance spéciale de l’air. Un empilement de clarté, une teinte qui naît du vide ajouté au vide, aussi changeante et transparente dans la tête de l’homme que dans les cieux" écrit le poète Jean-Michel Maulpoix. Les italiens l’ont vite compris et c’est au travers des bleus que tous les peintres de Botticelli à Michel-Ange en passant par Raphaël,  ont transmis la lumière au travers de tous les bleus. 

 

Mais le plus beau de ce bleu italien reste l’heure bleue, cet instant si magique où la nuit chasse doucement le jour pour s’offrir la nuit et les étoiles. Instant magique à la fois fort et fragile. Fugace comme un parfum qui laisse derrière lui un sillage invisible et délicat … Guerlain en créant sa merveilleuse fragrance en parlait ainsi …  « Le soleil s’est couché, la nuit pourtant n’est pas tombée. C’est l’heure suspendue. L’heure où l’homme se trouve enfin en harmonie avec le monde de la lumière ».

 

C’est là toute mon Italie …

Partager cet article
Repost0
23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 20:59

 

Il y a 25 ans au détour d’une ruelle pavée de Bergamo, j’avais découvert dans une vitrine des petites figurines animées de la Comédia dell’Arte. Elles auront difficilement résisté au temps et aux jeux des petits et il était important pour moi en revenant à Bergame de retrouver ces figures de l’art italien.  Certains pourraient avoir envie de retrouver les madeleines de Proust moi c’était juste des petites poupées de terre cuite peintes à la main dont les sourires gardaient précieusement mes souvenirs.

 

La commedia dell'arte tient ses racines des fêtes du rire qui sont à la base de grands carnavals d’Italie et d’ailleurs. Sans doute est elle devenue au fil des ans celle des fêtes de mon enfance où chacun prenait un rôle pour faire éclater les rires. La prose d’Angelo Beolco qui se faisait appelé le Ruzzante, avait inventé des personnages qui s’exprimant dans leur dialecte amenaient des situations cocasses où les quiproquos venaient en éclats de rires. Chaque province y amena son personnage avec ses caractéristiques, ses pitreries, ses pirouettes fantasques.

 

Dans nos repas de famille France et Italie, Gironde et Moselle, se mêlaient étroitement dans de grandes tirades où les gestes, les mimiques devaient permettre de tout faire comprendre même à ceux qui n’y comprenaient rien. C’est comme cela que depuis ma plus tendre enfance entre patois du Venetto, de la Lombardia, l’Italien d’école et le français j’ai construit mon italien qui n’a d’académique que le nom mais qui est resté la langue du cœur et des racines familiales. Dans cette comédie improvisée, le discours est sans cesse renouvelé, les acteurs ordinaires de la famille s’inspiraient de toutes les situations, faisant de la pièce qu’ils représentaient une œuvre changeante, incessamment rajeunie pour le plus grand bonheur des petits que nous étions.

 

Il y était tous … Arlecchino, Brighella, Colombina, il Dottore , Pagliaccio, Pantalone, Scaramuccia


 Scappino


, il Capitan Spavento, Isabella, Coviello, Pulcinella
, Lelio, ils sont tous revenus à moi et j’ai retrouvé chaque souvenir des farces de mon enfance en retrouvant cette petite boutique d’art à deux pas du Duomo de Bergamo.

 

Mon préféré reste Arlecchino,  lecchino le gourmand,  hellequin le petit génie infernal, son masque, son vêtement  multicolore, son allure vive et maligne, le son de sa voix, tout rappelle le farfadet. Son nom de Zantini, donné par les Italiens vient bien du sannio, le railleur  et ce petit personnage fantasque est mon préféré. 

 

Arlequin vient de chez nous, du venetto et parle le patois des habitants de Bergame et de la vallée du Brembo. Mais ce que je préfère d’Arlequin c’est cette histoire que m’a racontée mon grand-père. Si Arlequin est un bergamasque c’est que son habit, raconte la légende, a été fait par des enfants de cette ville qui s'étaient un jour cotisés pour habiller un de leurs camarades pauvre, et lui avaient apporté chacun un morceau de drap de couleur différente, dont on fit un seul habit. Le hasard n’existe pas …

 

Partager cet article
Repost0
21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 13:35

A l’heure où les anglais commençaient à construire la Bastide de Créon, Alberto Pitentino avec son nom de dessins animés utilisait le Mincio pour créer le système de défense de Mantova. Encore aujourd’hui cette cité du Moyen Age est toujours entourée de trois étendues d’eau qui l’a fait ressembler à une île au milieu de la plaine au sud de Vérona.

 

Pourtant cette prestance créé par l’homme ne dura pas et la nature reprit ses droits transformant les lacs en marécages où les nénuphars blancs et roses sont encore légion aujourd‘hui. Ces fleurs, perles d’eau sont l’œuvre d’une femme, Anna Maria Pellegreffi, botaniste pamesane qui, revenant d'Asie en 1921, voulut tenter l'expérience de tirer de la racine du lotus de la farine pour la panification. Mais rien à faire les italiens préférèrent garder le risoto et la polenta. On ne touche pas à la cuisine … la pasta est la pasta.

 

Mantova est une cité bien particulière où tous les siècles se mélangent. La brique rouge du Palais ducal des Gonzage, les pierres blanches du Palais Té, les veines blanches et roses du Marbre de Carrare des églises et le bleu vert étoilé de rose des lacs.  Féérique ! Mantova se conquiert à pied … et le nez en l’air. C’est étonnant comment l’Italie est le pays des gens le nez en l’air ! Il ne faut surtout pas regarder ses pieds sauf peut être à Mantova où toutes les rues sont pavées de galets multicolores. C’est en regardant vers le haut que l’Italie se découvre … à croire que tous les italiens au fil des siècles soufraient de torticolis chroniques.

 

C’est le nez en l’air que toutes les merveilles de Mantova se découvrent. Quelle splendeur !  La Fresque des Géants de Giulio Romano ne peut se ressentir que le nez en l’air tant sa splendeur est panoramique … Pourtant ce merveilleux faiseur de couleurs, magicien élève de Raphaël a bien failli ne jamais arriver à Mantova. Il a subi la colère papale pour avoir dessiné l’amour des dieux de manière un peu trop érotique. Par chance la famille Médicis protégera ces faiseurs d’amour comme ses amis Pierre l’Arétin ou le graveur Marcantonio Raimondi. Le plaisir est bien un art italien … et à Mantoue il se voit le nez en l’air … Et il suffit juste de se souvenir des poèmes de Virgile, cauchemars de mes années de latiniste, pour savoir que le Cygne de Mantoue est bien comme cette cité … élégante …  Entre amour, art et histoire, l’Italie se vit le cœur battant.

Partager cet article
Repost0
19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 11:39

 

Au détour d’un virage, juste là posée comme un oiseau elle est là drapée dans la brume du petit matin qui se chauffe au soleil. Comme si les doigts de la Fée Viviane avaient tissés des fils d’or et d’argent pour créer un rêve à faire perdre la tête des hommes. L’Isola San Giulio reste gardienne de la dolce vita.

 

Chaque fois que mes pas me ramènent sur les bords du lac d’Orta c’est la même magie qui opère. Le temps s’est arrêté sans doute oubliant qu’il devrait battre la mesure. C’est certainement le seul endroit où lorsque le soir tombe derrière la montagne, l’Univers se pose sur les eaux noires d’Orta et se pare de l’or des Princes Lombards. Il tient là le temps que la voute étoilée scintillent doucement et il s’envole pour rejoindre les étoiles. C’est juste là un instant d’éternité que même les neiges de l’hiver n’arrivent pas à suspendre.

 

La basilique qui se dresse fièrement comme sortant des eaux du lac est la dernière et centième église fondée par San Giulio et son frère Juien. Ces deux grecs nés dans les eaux turquoise de l’Ile d’ Egine, sont restés dans l’histoire comme les évangélisateurs de la région des grands lacs italien. La légende dit qu'autour de l'année 390 San Guilio alla sur l'île naviguant sur son manteau et la libéra des dragons; après la défaite des monstres il édifia une petite église dédiée aux apôtres. Haut  lieu des guerres du Moyen âge, cette île est restée un bastion de l’histoire de Bérenger II d’Italie et de Willa son épouse. Elle fut assiégée, détruite, reconstruite, et berceau de Guillaume de Volpiano.

 

Dans chaque ruelle, au détour des parfums subtils des lauriers multicolores et des jasmins en fleurs, l’esprit peut vous amener à retrouver les fantômes des temps anciens. Dans la basilique sur le mur entre les pierres, les petits rouleaux des souhaits laissés par tant de pèlerins comme autant de messages vers le ciel. Encore un pas vers cette éternité que l’Italie préserve à travers les siècles. Un rêve …

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Aux Pensées Citoyen !
  • : Il est citoyen, vigilant, mais aussi sur l'air du temps, Créon, la Gironde... cherche et tu trouveras Bonne lecture.
  • Contact

Un Peu Sur L'auteur ..

  • Aux pensées Citoyen !
  • Ancienne journaliste,  Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.
  • Ancienne journaliste, Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.