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Le mois d'août qui s'étire lentement vers la rentrée de septembre a un gout particulier dans mes souvenirs d'enfance ... loin des plages bondées et des exploits des constructeurs de châteaux de sable, il existe un moment qui revient comme celui des madeleines de Proust : la récolte des patates de Grand-père Eugène.
C'était souvent au petit matin avant que le soleil ne monte au zénith que la petite troupe débarquait dans la cour de la Mairie de Sadirac. Assis au bout de la table de la cuisine, vêtu de son sempiternel bleu de travail, de son tricot de peau côtelé bleu marine et de sa casquette il était prêt. Nono avait sorti le tracteur bleu du fond de la cour et avait attelé la remorque. Nous, avec Isabelle et Hélène nous avions l'impatience des départs en vacances, shorts et sandales aux pieds nous attendions l'autorisation de monter prestement dans la remorque avec les grands. Alexandre n’était pas bien loin et souvent était aussi de notre équipée fantastique.
Nos méres regardaient d'un air inquiet cette équipage mais laissaient faire ... après tout la remorque était profonde et le coup de vent ne risquait pas d'emporter la progéniture fantasque ...
Serge et Françoise, Alban et Marthe, Pierre et Tita, Alban et Simone, tonton Mario, tatie Claire, les cousins, les amis, les parents, les taties et tontons, ils étaient tous là pour ramener dans la cave la récolte des précieuses pommes de terre qui feraient à n'en pas douter les meilleures frites du monde et les volcans de purée pour le jus du poulet rôti du dimanche chez papi et mamie « en bas »
Les momes issés à l'arriére, la procession pouvait s'ébranler ... grand-pére tournait le contact du tracteur et dans un bruit d'enfer la petite troupe traversant le village rejoignait le Ruzat ...
La vigne en haut ... quel paradis pour nous autres. C'était l'endroit le plus beau du monde où tout était permis. D'un coté il y avait le jardin qui nourrissait toute la famille et les amis durant l'année au fil des saisons, de l'autre ce petit bout de terre où la vigne faisait la fierté de mon grand-père. La fosse à l'entrée de la parcelle fournissait l'eau des puits aux voeux de nos histoires de fées et de princesses, la cabane en planches grisées par le temps servait de château pour nos aventures ... et les élevages secret de doryphores de mon petit frère.
Dans chaque rang du jardin tout était à manger et à grappiller. Les tomates bien sur,gorgées du soleil de l'été, celles que tu mangeais encore chaudes et qui te réservaient bien des surprise plus tard si tu en mangeais trop. Les petits pois bonbons sucrées que nous avions à portée de gourmandise. Les pèches, les abricots qui éclataient le ventre rond chargé de sucre. Les courgettes italiennes que nous mesurions tellement elles étaient plus hautes de nous. Mes préférées c'était les pèches de vignes, toutes petites à la chair rougeoyante qui avaient le gout des pays d'Orient que j'imaginais. Les raisins de la vigne étaient comme des bonbons encore acides, mais me coucher dans la vigne pour regarder le ciel à travers les grappes était comme partir en voyage sur les rayons du soleil. Et puis il y avait mon arbre … mon pommier celui que secrètement avec grand père nous avions décidé qu’il était le mien … puisqu’a ma naissance contrairement aux naissances des petits il n’avait pas planté d’arbre. Il en était triste alors il m’avait dit que le petit pommier tout tordu et noueux qui poussait contre vent et marées près du puit serait le mien car il était solide et tellement résistant comme moi.
Les rangées de patates étaient là. A la surface les tiges et les feuilles avaient pris les couleurs de l'automne en avance. L'instant était solennel ... grand-pére la fourche à la main testait le premier pied ... tout le monde retenait son souffle ... les pépites seraient elles grosses ? en nombre ? ... la motte de terre se soulevait ...et là comme lorsqu'on ouvre un coffre au trésor, les pommes de terre s'offraient un bol d'air ... la récolte pouvait commencer.
Tout au long de la matinée et même certaine année tout au long de la journée, tels des étourneaux sur un champ de blé qui vient d'être moissonné, les grands faisaient le premier passage pour ramasser les plus grosses patates. Nous nous avions le bonheur de farfouiller dans la terre pour récupérer les plus petites, celles qui se cachaient sous la terre. C'était notre trésor car celles là c'étaient les notres ... celle que Grand-mére ferait bouillir rien que pour nous et que nous mangerions avec une sardine et un filet d'huile d'olive.
Quel bonheur !!! nous avions le droit ... que dis-je l'obligation de nous salir les mains, les genoux, le museau ... Si nous avions de la chance nous trouvions des larves de hanneton que nous enfermions dans des bocaux pour plus tard en faire l'élevage. Comme des papillons nous virevoltions d'une motte à l'autre essayant d'attraper les sauterelles et les libellules ...
Les grands racontaient des histoires, retrouvaient les potins du village et au fur et à mesure au bout des rangs les tas de pommes de terre grandissaient. Il arrivait le moment où la récolte devait rejoindre la cave de la Mairie où mes grands-parents habitaient. C'est là que la gloire de mon grand-pére prenait la place, comme celle du papa de Marcel. Il était fier ... il avait rempli son rôle de chef de famille, il avait le bonheur des gens de la terre à qui elle donne le fruit de leur labeur.
Il disait rien ou si peu mais écoutait avec délectation les ramasseurs de patates lui raconter la récolte ... "Tu as vu Eugène celle là elle pourrait nourrir toute une famille", "Tu as de quoi tenir au moins jusqu'à la prochaine récolte, tu t'es encore surpassé cette année" ... Il était heureux juste heureux ... Nonno avait la fierté des paysans, celle qui nait dans le creux des mains burinées par les manches de pelles.
Comme je les trouvais belles les mains de mon grand-père. Elles étaient immenses forcément et toutes craquelées... mais lorsque pour m'endormir il prenait ma main et passait son pouce sur le dos de ma main, ça grattait un peu mais c'était tellement doux et rassurant.
Le retour à la Mairie était forcément triomphal ... grand pére la casquette un peu en arrière tel un général romain rentrant victorieux de Campagne au volant et nous juchés sur la récolte de patates, cheveux au vent, barbouillés de la tête au pied de terre et sucre des fruits goulument dévorés tout au long de la journée, poisseuses à souhait mais tellement heureuses ... Les petits Adeline et Silvain arriveront plus tard et auront même le droit de monter sur les genoux de grand-pére pour conduire le tracteur ... qui faisait "grouziller" à l'interieur
Ces souvenirs là sont autant d'instants qui s’égrainent tels les grains de blé dans les mains de Panturle ... le blé c'est comme la vie ... un petit grain fait des champs qui ondulent sous le vent ... comme mes souvenirs d'enfance. Lorsque j’ai parfois la nostalgie de ces moments il suffit juste que je me déchausse et que je marche dans cette terre noire de sadirac pour savoir que jamais personne ne pourra me voler ses bonheurs car ils sont ce qui me fondent.
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