Ils avaient dit : " Tu verras le chemin, c'est qu'un chemin de cailloux blancs, c'est à toi de le tracer et d'en faire un jardin..."
Dans l'abbatiale de Moissac, elle a cette grâce de ceux qui ont fini par trouver la paix. Elle a changé son nom, oubliant en revêtant l'aube blanche, un passé qu'elle garde dans son regard.
Comme elle est belle ! Ombre lumineuse qui dans le clair obscur d'un sourire transforme le ciel en azur. Elle s'est assise à mes côtés dans ce cloître qui lui sert d'horizons. Je regarde ses mains. Elles sont marqués par un temps et bougent au ralenti comme si ce temps s'y était réfugié pour une éternité.
Anne ... ma soeur Anne ne vois tu rien venir ? Forcément elle sait ... "Tu poursuivras ta quête Don Quichotte ... Il faut aller sur ton Chemin pour que rien ne t'arrête".
J'ai alors pris ma part de soleil sachant que dans ma besace il y a ma part de poussière qui partira aux vents. J'ai certainement ouvert mon cœur et oublié l'éphémère. Savoir au fond de chaque pas que tout n'est pas néant et que rien n'est plus fort que l'amour de la vie. J'ai détaché mon cœur de ceux qui passent ! Je ne veux pas réussir, ni être payé de ma peine et de mes mots.
Qu'importe le Chemin ce qui compte c'est le tracé et les lignes.
Ici se clôt le voyage ... il est déjà parti vers l'ailleurs. On rentre ! L'oiseau bleu n'est en fait jamais parti ... ultreïa ! J'ai trouvé la force de continuer à marcher !
Il apparaît sur les premières lignes du livre bleu posé sur le rebord de la fenêtre comme sorti d'un rêve. Dans le premier chapitre, il est endimanché, gilet bleu et montre à gousset … «en retard, toujours en retard».
Telle Alice j’ai eu envie de poursuivre cette apparition et je crois bien que je suis tombée délicieusement dans le terrier de Maryse Vaugarny. Cette Alice d’un moment m’a amené aux pays de ses merveilles. Elle a la grâce des princesses de conte de fées, des petites fleurs vertes aux oreilles et un bien charmante robe fleurie noire et blanche qui lui donne l’air d’une bien jolie apparition. Sur la pointe des pieds j'ai sauté ...
C’est une bien belle rêveuse que cette Alice d’un instant qui m’entraine avec elle dans ses rêves. Elle sourit et m’explique que pour commencer un rêve il faut d’abord construire un musée … Amoureuse des mots, passeuse de contes, elle a monté au 112 de la rue du château du Roy à Cahors, tout le monde merveilleux d’Alice et du Lapin blanc. « Je suis le petit musée d'un atelier d'écritures, l'antichambre des propositions, le lieu du rêve. »
Je suis certaine qu’elle adore l’odeur du pain d’épices et des gaufres fines et qu'elle cache dans sa poche quelques bonbons multicolores. Je suis persuadée qu’elle aime faire des dessins sur les gâteaux, des nuages de sucre glace comme si la neige venait d’investir mon été. A la minutie de chacune de ses installations poétiques je perçois le travail bien fait, la générosité, le silence…mais aussi les étoiles, les jardins, les oiseaux et tant d’autres choses. Elle aime la vie et je sais déjà que l’instant sera magique.
Elle me raconte que sa formation c’est « rêveuse de mots », que les désirs sont un essentiel. Forcément vous commencez à me connaître j’associe les idées … Désirs, habitée, habitat … forcément mais c’est bien sur … elle construit forcément la maison des désirs … Et si j'avais trouvé mon grand témoin ...
En 1999 elle a créé une association « les ateliers d’écriture de la maison verte » dont le but est d’animer des ateliers d’écriture et promouvoir des actions littéraires, éditer et publier. Elle construit … j’écoute. Montage des expositions Haïku des presque rien et anamnèses au Musée de Limogne sous le parrainage des Editions Dire et d’Henri Heurtebise, à tire d’ailes au Fonds Ancien de Cahors, souffles d’écritures au Musée Champollion de Figeac et au Centre Culturel Français de Lomé, au Togo ; réalisation du livre Souffles d’écritures, des ateliers d’auteurs au Niger, la création de la bibliothèque itinérante de livres uniques pour la maison verte…
Mais c’est pas tout elle forme depuis la fin des années 2000 des professionnels d’établissements médico-sociaux, éducateurs, moniteurs éducateurs, assistantes sociales, psychologues… Et là je sais que je viens de trouver mon Alice des Journées Girondines de l’Habitat 2018, mais c'est bien sur elle a créé la maison des rêves et des désirs …
« Faire écrire est aussi une histoire d’amour... » me dit-elle ; et moi de lui réponde « Construire les désirs d’habitat ça vous tente … » Et elle m’a dit oui. Me voilà heureuse j’ai trouvé notre Alice du printemps 2018 …
Une petite route sinueuse, des bois tout autour, frais comme les chemins du Sous Préfet aux Champs de Daudet, les cigales … et puis au détour d’un virage, en haut d’une cote, perdue entre les chemins de Saint Jacques, une place qui aurait bien plu à Marcel Pagnol.
Là un petit café, terrasse improbable sous les platanes plus que centenaires, je m’installe. Un couple hors du temps tout surpris et tout sourire, m’accueillent avec un bonjour pour les pèlerins … « Vous n’êtes pas équipé pour Saint Jacques vous ! » me dit l’homme goguenard un sourire dans les yeux en guise de clin d’œil. « Vous prenez quoi ? » Elle est en cuisine, elle prépare une omelette aux girolles pour les deux pèlerins qui ont posé leurs harnachements de mules qui marchent. C’est que ça sent rudement bon cette omelette aux girolles mais non je n’ai besoin que de mon café, de mes pastels de mon carnet et de mes rêves.
Il n’y a pas un bruit à peine les couverts des pèlerins qui mangent en silence comme s’ils remerciaient Dieu de ce repas frugal mais solide. Dans la salle un ventilateur qui tourne aussi silencieusement que les vieux bombardiers de la seconde guerre mondiale. La salle est vide … enfin pas tout à fait. Dans le coin près de la fenêtre il y a une ombre qui regarde ses mains en silence et jette un œil distrait sur le journal étalé devant lui. L’homme est vieux, très vieux, enfin sans âge, il ressemble aux personnages de la diligence de Beaucaire. Mon imagination bondit forcément j’étais venue là pour rêver un peu. Qui est-il ? Que fait-il ici ? Vais oser lui demander ?
« Un café s’il vous plait. » La femme s’affaire, pose les assiettes devant les pélerins et retourne derriere le bar pour me préparer mon café. Un petite tasse blanche et rouge, un sucrier rond en métal argenté comme celui de ma grand-mére, et me voilà servi. L’homme chuchotte deux mots à la patronne. Il m’offre mon café. « Merci, c’est gentil. »
Et l’ombre s’anime, il tire sa chaise. « Vous n’étes pas d’ici vous, votre voix chante la musique d’ailleurs » me dit-il dans un sourire. Il n’a pas d’âge, du moins je suis bien incapable de lui en donner un. Il a de tout petits yeux noirs, les cheveux argents et un regard malin comme une fouine.
- « Victor, je m’appelle Victor. »
- « enchantée Victor, moi c’est Marie, merci pour le café. »
- « Oh mais Marie c’est un prénom de fée ça par ici. »
- « sans doute on me le dit souvent. »
Et la discussion s’engage. Il me raconte. Son fils qui a fait des études et qui est médecin à Figeac. Ses petits enfants qui sont à l’université à Toulouse mais il ne se rappelle pas exactement ce qu’ils y font mais il est tellement fier d’eux. Il m’explique qu’ici on ne voit que des gens qui passent. Souvent me dit-il, ils se sont perdus avec leur machin de téléphone. Ils ne savent plus voir, ils ne font que regarder perdus dans leur machin de prière de pèlerin. En moi même je me dit que voilà un joli mécréant comme je les aime. « Ils savent plus lire le soleil et encore moins les étoiles … » La patronne torchon à la main essuie ses verres pour la centième fois de la journée sans doute et hausse les épaules. Elle a certainement déjà entendu cette histoire des dizaines et des dizaines de fois.
- «Et toi Marie ? »
Tiens il me tutoie comme si j’étais là depuis aussi longtemps que l’église fortifiée du village.
« Je me suis perdue comme vos pélerins mais ce n’est pas grave je suis en vacances et j’ai tout mon temps je finirais bien par retrouver mon chemin, j’ai le machin du téléphone … »
« tu as le luxe alors … tu as le temps … »
Et j’ai pris le temps. Victor il a les clés de l’église fortifiée du village et il me l’a montré. Il était jardinier et le jardin est une merveille. Des roses de toutes sortes, trémières, Ronsard, Galilée, Victoire, toutes les stars de cinéma sont là. Quelle merveille ce jardin enfoui au fond d’un petite cour où la glycine reste la reine du lieu. L’heure passe, je sais tout de cette bâtisse austère et froide qui portant reste baignée de lumière à l’intérieur. Il me raconte, les sarcophages, les protestants, les guerres, les pèlerins … je n’ai pas vu passer l’heure, ni celle d’après. Quel moment fabuleux comme seules les vacances et les chemins perdus savent en créer.
Mes pèlerins m’attendent, il faut que je reparte, c’est que j’ai charge d’âmes moi durant ce voyage en Haut Quercy …
« Au revoir Victor ! »
« A Dieu Marie »… me répont-il avec un sourire « parce que Adieu c’est mieux pour Marie ! »
Lieu étrange que cette masse de pierres blondes lovée dans le cœur du Haut-Quercy accrochée tel un aigle à la falaise dominant l’Alzou, ainsi se découvre Rocamadour. Cité mariale des chemins de Saint Jacques, elle respire, elle grouille, elle prie. Qui peut imaginer que plus de 1,5 millions de pieds, de genoux et de paire d’yeux traversent les siècles de ce lieu chargé de symboles.
Frappe pèlerin et on t’ouvrira …
Quatre portes marquent le chemin, la Salmon, la Cabilière, la Saint-Sauveur et la Saint-Amadour, elle est aussi ville des chapelles d’Anne, de Blaise, de Jean-Baptiste, de Louis, de Michel et de Marie la Noire, cœur de l’essence même de la terre dont elle est pétrie. En gravissant pas à pas les marches, passant les portes, ouvrant les voies, je n’ai pu m’empêcher d’imaginer l’alchimiste, porteur des interrogations et des questionnements, face à l’immense pouvoir de la foi celle qui domine et écrase par sa seule vérité.
Quel étrange endroit où le ciel rejoint la terre sur le souvenir d’Amadour …
La légende rencontre alors le sacré et se mélange pour faire ce lien invisible entre le ciel et la terre. Amadour aurait débarqué en terre gauloise en trio avec Lazare, Marthe et Marie. Chercheur de solitude il saura la trouver au pied de ce roc … Oublié des jours, des années et même du temps, ce n’est qu’en 1166 qu’un habitant demandant à être enterré à l'entrée de la chapelle, son corps intact y fut découvert. Momifié par des forces terrestres que seul le miracle pouvait expliqué dans ces temps où Dieu était en maitre. Sanctifié, miraculé, Amadour devint légende, et Ermite forcément comme tout bon bâtisseur chrétien récupéré par la bonne Eglise. Les reliques, pieusement recueillies après le brasier des pillards protestants, comme nous l’a avec conviction rappelé notre guide en soutane, ont été analysées, et sont bien celles d'un homme. Et la terre reprend ses droits.
Pourtant Rocamadour si l’on en croit les porteurs d’énergies est à la croisée de 2 courants qui créent des tourbillons lorsqu’ils s’affrontent sous l’œil ancéstral du Gardien de Pierre face à la falaise qui porte la ville. La légende explique qu’Amadour enterré en ce lieu de croisement aurait en quelque sorte bénéficié d’énergies libérées par la terre lui évitant la décomposition. Déplacé par les hommes, il y perdit ce privilège… et tomba en poussière.
Tout est réuni alors pour retracer le chemin des symboles : une porte blanche et noire entre deux mondes, celui de la matière et de l’esprit, surveillée par un gardien de pierre conduisant à l’eau porteuse des esprits et des étoiles de cette vallée de l’Alzou.
Ce lieu est prédestiné à une démarche spirituelle. Lignes verticales et vertigineuses de la terre au ciel, lignes horizontales pont entre les deux versants de la gorge de l’Alzou et ces courbes d’ou le vent qui s’y engouffre semble bien porté la lumière. Reste à découvrir laquelle ...