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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 15:24

Une petite route sinueuse, des bois tout autour, frais comme les chemins du Sous Préfet aux Champs de Daudet, les cigales … et puis au détour d’un virage, en haut d’une cote, perdue entre les chemins de Saint Jacques, une place qui aurait bien plu à Marcel Pagnol.

 

Là un petit café, terrasse improbable sous les platanes plus que centenaires, je m’installe. Un couple hors du temps tout surpris et tout sourire, m’accueillent avec un bonjour  pour les pèlerins … « Vous n’êtes pas équipé pour Saint Jacques vous ! » me dit l’homme goguenard un sourire dans les yeux en guise de clin d’œil. « Vous prenez quoi ? » Elle est en cuisine, elle prépare une omelette aux girolles pour les deux pèlerins qui ont posé leurs harnachements de mules qui marchent. C’est que ça sent rudement bon cette omelette aux girolles mais non je n’ai besoin que de mon café, de mes pastels de mon carnet et de mes rêves.

 

Il n’y a pas un bruit à peine les couverts des pèlerins qui mangent en silence comme s’ils remerciaient Dieu de ce repas frugal mais solide. Dans la salle un ventilateur qui tourne aussi silencieusement que les vieux bombardiers de la seconde guerre mondiale. La salle est vide … enfin pas tout à fait. Dans le coin près de la fenêtre il y a une ombre qui regarde ses mains en silence et jette un œil distrait sur le journal étalé devant lui. L’homme est vieux, très vieux, enfin sans âge, il ressemble aux personnages de la diligence de Beaucaire. Mon imagination bondit forcément j’étais venue là pour rêver un peu. Qui est-il ? Que fait-il ici ? Vais oser lui demander ?

« Un café s’il vous plait. » La femme s’affaire, pose les assiettes devant les pélerins et retourne derriere le bar pour me préparer mon café. Un petite tasse blanche et rouge, un sucrier rond en métal argenté comme celui de ma grand-mére, et me voilà servi. L’homme chuchotte deux mots à la patronne. Il m’offre mon café. « Merci, c’est gentil. »

 

Et l’ombre s’anime, il tire sa chaise. « Vous n’étes pas d’ici vous, votre voix chante la musique d’ailleurs » me dit-il dans un sourire. Il n’a pas d’âge, du moins je suis bien incapable de lui en donner un. Il a de tout petits yeux noirs, les cheveux argents et un regard malin comme une fouine.

 - « Victor, je m’appelle Victor. »

« enchantée Victor, moi c’est Marie, merci pour le café. »

« Oh mais Marie c’est un prénom de fée ça par ici. »

« sans doute on me le dit souvent. »

 

Et la discussion s’engage. Il me raconte. Son fils qui a fait des études et qui est médecin à Figeac. Ses petits enfants qui sont à l’université à Toulouse mais il ne se rappelle pas exactement ce qu’ils y font mais il est tellement fier d’eux. Il m’explique qu’ici on ne voit que des gens qui passent. Souvent me dit-il, ils se sont perdus avec leur machin de téléphone. Ils ne savent plus voir,  ils ne font que regarder perdus dans leur machin de prière de pèlerin. En moi même je me dit que voilà un joli mécréant comme je les aime. « Ils savent plus lire le soleil et encore moins les étoiles … » La patronne torchon à la main essuie ses verres pour la centième fois de la journée sans doute et hausse les épaules. Elle a certainement déjà entendu cette histoire des dizaines et des dizaines de fois.

 

- «Et toi Marie ? »

 

Tiens il me tutoie comme si j’étais là depuis aussi longtemps que l’église fortifiée du village.

 

  • « Je me suis perdue comme vos pélerins mais ce n’est pas grave je suis en vacances et j’ai tout mon temps je finirais bien par retrouver mon chemin, j’ai le machin du téléphone … »
  • « tu as le luxe alors … tu as le temps … »

 

Et j’ai pris le temps. Victor il a les clés de l’église fortifiée du village et il me l’a montré. Il était jardinier et le jardin est une merveille. Des roses de toutes sortes, trémières, Ronsard, Galilée, Victoire, toutes les stars de cinéma sont là. Quelle merveille ce jardin enfoui au fond d’un petite cour où la glycine reste la reine du lieu. L’heure passe, je sais tout de cette bâtisse austère et froide qui portant reste baignée de lumière à l’intérieur. Il me raconte, les sarcophages, les protestants, les guerres, les pèlerins … je n’ai pas vu passer l’heure, ni celle d’après. Quel moment fabuleux comme seules les vacances et les chemins perdus savent en créer.

Mes pèlerins m’attendent, il faut que je reparte, c’est que j’ai charge d’âmes moi durant ce voyage en Haut Quercy …

  • « Au revoir Victor ! »
  • « A Dieu Marie »… me répont-il avec un sourire «  parce que Adieu c’est mieux pour Marie ! »
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Un Peu Sur L'auteur ..

  • Aux pensées Citoyen !
  • Ancienne journaliste,  Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.
  • Ancienne journaliste, Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.