Germaine Tillion est décédée à l'âge de 100 ans et une chose est sûre son combat n'est pas prêt de s'arrêter. Elle aura tout combattu avec une force inébranlable. Signataire d’un appel à la condamnation de la torture durant la guerre d’Algérie, cette femme, née en 1907, aura témoigné des nombreuses épreuves traversées dans ce siècle et dans celui d'avant, épreuves qu'elle a vécues ou témoignages qu'elle a pu recueillir.
De ses premières études sur les berbères, à la Résistance, au camp de Ravensbrück, puis retournant en Algérie, elle aura toujours essayé de modifier son regard pour mieux comprendre, n'ayant que les certitudes de ses convictions, la vérité toujours, le témoignage encore. Elle aura jusqu'au bout écrit, comme dans ce livre où elle retrace ses recherches sur les sociétés humaines, ses combats, comprendre pour mieux combattre, pour mieux changer, pour mieux dénoncer, pour résister. Elle n'a jamais cédé un pouce de terrain.
Jean Lacouture explique dans un de ses ouvrages qui lui a consacré, qu’aujourd’hui encore d’autres combats restent à mener et qu'elle les a menés, donnant un exemple à suivre. Pour le troisième millénaire, il dit qu'il faut « inventer autre chose ». Il se pourrait que notre Président, qui n'en ai pas à une récupération de symbole prés, trouve un moyen pour faire remonter sa côte de popularité, et nous invente une commémoration digne des grandes eaux de Versailles. Mais comme il le fait depuis le début de son mandat, il n'inventera rien, il ne fera que porter atteinte encore et toujours aux fondements même de ce qui fait notre République.
A la question de "Qu’est-ce qui distingue ce regard ( celui de l'ethnologue ) de celui du missionnaire ou de l’évangélisateur ? Germaine Tillion répond "Le missionnaire apporte quelque chose, le regard de l’ethnologue emporte quelque chose, le processus est inverse. En quelque sorte, l’ethnologue est celui qui va se faire évangéliser chez le voisin ! Simplement par curiosité, car la curiosité est la première vertu de l’être humain, et par sympathie, car celle-ci trottine toujours derrière la curiosité. L’administrateur colonial fait régner l’ordre - ça rend service quelquefois. Mais l’ethnologue ne s’occupe pas de l’ordre, il cherche à connaître le voisin. Il ne cherche rien d’autre que la connaissance du voisin et, derrière elle, il cherche l’amitié. Et le respect… Si vous êtes ethnologue, c’est que vous avez eu envie de l’être, sans quoi vous ne partez pas. Et si vous partez, c’est que vous avez de la sympathie pour les gens que vous ne connaissez pas."
En Martinique, on se souvient avec consternation du discours prononcé par le chef de l’Etat en juillet dernier à Dakar. "Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire" déclarait alors Nicolas Sarkozy. Des propos qui avaient heurté la population. Le porte-parole du Conseil représentatif des associations noires mettait en garde il y a quelques jours : "Que Nicolas Sarkozy aille aux obsèques, très bien, mais il faut alors qu’il y ait rupture avec les discours de Dakar et de Toulon (sur "l’immigration maîtrisée") sinon ce ne sera qu’une pure mascarade", estimait Louis-George Tin.
Voilà dans l'histoire il y a les "Germaine Tillion", les "Aimé Césaire" et les "Nicolas Sarkosy". En fait je voudrais relayer une idée pour la commémoration que va certainement chercher à inventer l'Elysée ...
Désormais chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se verront confier la mémoire d'un des 11 000 enfants victimes des lois Sarkozy-Hortefeux contre l'immigration . Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l'existence d'un enfant renvoyé par avion dans son pays. Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui.
Vous croyez que c'est une bonne idée ?