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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 15:03

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C’est vrai que j’ai eu la chance de grandir dans les jupes de Gisèle et Germaine. Chacune à leur manière, avec maman, elles ont façonné la f
emme que je suis devenue. J’ai grandi à Vayres, dans la maison familiale maternelle de Cenau au fil de ma petite enfance. Cette ferme immense pour mes yeux d’enfant aura été un havre de paix et de tendresse tout au long de ma vie. Tout était fait pour que nous y soyons heureux. 


Le vendredi matin, Simone Lichau, dite Germaine, mais qui pour nous restera à jamais Maminouche, se préparait pour ce qui était la sortie de la semaine : le marché de Libourne. C’était un véritable cérémonial des vacances. Nous nous levions de très bonne heure pour être sûres de ne pas rater le Citram qui nous conduirait à la « grande ville ». J’adorais la regarder se préparer. Elle quittait son tablier, remettait de l’ordre dans sa mise en pli, cherchait une belle robe du Dimanche, préparait sa liste de course, son panier et son porte-monnaie. Il était extraordinaire ce porte-monnaie car il avait de multiples poches et nous aimions beaucoup celle des centimes car ils finissaient souvent dans notre poche à la fin du marché. C’était la promenade de la semaine. 

Mamie Gisèle, sa fille, faisait pareil ce jour là. Mon grand-père lui donnait avant de partir les billets du marché, sorte d’argent de la semaine. C’est vrai que cette coutume me laissait bien perplexe du haut de mes 10 ans, car à la maison chez papa et maman c’était l’inverse, c’est maman qui tenait les comptes du ménage et qui donnait « sa semaine » à papa. 

Tous ces souvenirs et tant d’autres m’ont envahi la tête.  Je n’ai pu m’empêcher de revoir cette scène extraordinaire du film de Pagnol « Naïs » où Fernandel qui joue le rôle de Toine, le valet de ferme, explique à sa patronne l’histoire des grands-mères : 

« Je vais vous dire Madame Rostaing, quand j’étais petit mes parents m’adoraient. Et surtout ma grand-mère, j’étais comme je suis naturellement. Et moi, je ne savais pas, enfin, je veux dire je savais pas la différence qu’il y avait avec les autres. La bosse c’est traître, ça vous vient par derrière on la voit pas. Chez les paysans y’a pas d’armoire à glace et on se voit dans les yeux de sa mère, et naturellement on s’y voit beau. Un jour un voisin qui était très gentil m’a dit : « Oh le joli petit bossu ! » Alors j’ai demandé à ma grand-mère : « Qu’est ce que c’est un bossu ? « Alors elle m’a dit « C’est vrai que tu es un joli petit bossu parce que tu as un peu le dos rond et c’est parce que tu n‘es pas comme les autres qu’on t’aime beaucoup ». Alors elle m’a chanté une vieille chanson je me rappelle pas la musique mais les paroles ça disait comme ça « Un rêve m’a dit une chose étrange, un secret de Dieu qu’on a jamais su. Les petits bossus sont des petits anges qui cachent leurs ailes sous leur pardessus. Voilà le secret des petits bossus. » C’est joli mais c’est pas vrai. Moi, j’y ai cru jusqu’à dix ans, je croyais que les ailes me poussaient. Alors souvent ma grand-mère, elle me chantait la chanson qui était beaucoup plus longue que ça. Seulement les grands-mères, Madame Rostaing, c’est comme le mimosa, c’est doux et c’est frais et c’est fragile. Un matin elle n’était plus là. Un bossu et une grand-mère tout va bien on peut chanter. Mais un petit bossu qui a perdu sa grand-mère, c’est un bossu tout court. »

Je mesure la chance que j’ai d’avoir pu écouter mon arrière grand-mère me chanter des chansons et me raconter des histoires jusqu’à mes 28 ans. Comme il était doux de retrouver les yeux myosotis de Mamie Gisèle qui nous berce toujours de sa tendresse magré la maladie qui l'emporte loin de nous, loin de moi. Elle est vacillante comme ces petites bougies de Noël que l’on fixe au sapin pour la veillée mais qui s'éteignent d'un battement de cil.   Alors je sais quel est le trésor de ce regard et je souhaite à tous les enfants de l’avoir au fond de leur cœur comme il est au fond du mien. Ceux ne sont que des mots, comme une petite madeleine qui est venue se glisser dans ma main d’enfant. J'ai juste peur aujourd'hui comme Toine de devenir juste un petit bossu. 

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commentaires

M
Très joli texte que celui-ci, Marie-Christine, il rappelle sûrement à beaucoup d'entre nous des souvenirs tendres de mamies qui prenaient soin de nous, des odeurs de confitures et de tilleuls, et cette solidarité familiale qui nous a aidés à grandir.<br /> Ca fait du bien, merci!
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Un Peu Sur L'auteur ..

  • Aux pensées Citoyen !
  • Ancienne journaliste,  Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.
  • Ancienne journaliste, Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.