17 août 2008
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Il aura juste dans un souffle rejoint un monde auquel il croyait, doucement sans faire de bruit.
Il était pour moi comme ces chevaliers de mes contes d'enfant qui protégeaient mes rêves. Pas vraiment démonstratif comme les hommes de son époque, il était juste là.
Durant des années je l'ai vu descendre du Citram rentrant de Bordeaux, de la Maison Lissac, toujours tiré à quatre épingles dans son costume de la ville. Il arrivait à la maison de Cenau, petit hameau de Vayres, posait sa sacoche sur la table de la salle à manger et allait se changer pour entamer sa deuxième journée de travail dans les vignes ou à la grange.
Henri Pierre Gautron était né le 12 mars 1924, l'aîné d'une fratrie où seul garçon auprès de sa mère, Mamie Jeanne, il régnait en fils, en frère, dans cette famille où le père était un souvenir si présent. Pour moi il était grand-père Henri de Vaillant. Du haut de mes petites années, il était l'autorité, le savoir, la culture. Comme j'ai aimé cet homme avec qui je refaisais le monde, avec qui je passais des heures et des heures à batailler sur les grandes et les petites histoires de France.
Lorsque je pense à lui je revois tant et tant de choses qui ont émaillées ces 38 ans que j'ai passé non loin de lui.
Le matin aux aurores, il préparait son petit déjeuner en silence en écoutant France Inter ou France Culture. Je me levais sans bruit et souvent je le retrouvais endormi devant son bol de thé finissant doucement sa nuit. Tout était méticuleusement ordonné sur la table de la cuisine : toujours le même thé, dans le même bol, avec le même menu d'un petit déjeuner au cordeau.
La matinée était toujours la même, son petit déjeuner avalé il préparait dans la tasse blanche le petit café de mamie qu'il lui portait avec une infinie tendresse et un amour indestructible vieux de 60 ans. Il se préparait devant l'évier de la cuisine, son blaireau, son savon à barbe, la chemise à carreaux et les bretelles sur les hanches. je crois que je ne l'ai jamais vu autrement que rasé de près et ce n'était qu'une fois sa toilette terminée qu'il venait m'embrasser.
Il avait guidé mes premiers pas dans ce monde avec mamie Gisèle, grands-parents à plein temps qui s'étaient retrouvés parents le temps que les miens prennent leurs marques dans leur nouvelle vie. Il était infatigable, cherchant toujours à savoir pour comprendre la course du monde. C'est avec lui que j'ai découvert la musique, celles des grandes heures de l'opéra et des orchestres symphoniques qu'il me faisait écouter sur son tourne disque qui pouvait encore lire les 78 tours et les disques en cire.
Il était ce mystérieux collectionneur de timbres qu'il nous montrait lorsque nous étions sages avec un regard malicieux tant il savait que nous attendions avec impatience ces moments de découverte de ses trésors. J'ai encore en mémoire les heures interminables où il me faisait réviser mon latin le dimanche après-midi, professeur exigeant et sans concession à la médiocrité. Il avait la culture de l'excellence et ce fut parfois bien difficile d'être à la hauteur de ces exigences.
Avec le temps, je l'ai vu s'attendrir comme si la course des jours ouvrait en lui les brèches d'où s'échappaient un amour sans faille pour nous et les autres. J'ai attendu tant d'année avant de l'entendre me dire "je t'aime" et je vois encore ses yeux vert de gris s'embrumer lorsque pour la première fois il m'a parlé de son père et de sa petite soeur Lucienne partis tous les deux trop tôt. Ce jour là j'ai compris combien il avait le coeur d'un prince, celui des grands-pères qui découvrent qu'une larme noyée dans un sourire reste la plus belle preuve d'amour.
Aujourd'hui il a quitté ce monde, celui des souffrances immondes d'une maladie qui l'a tué il y a bien des mois. Il a rejoint les chemins de Vayres, les promenades fusil sur l'épaule, les chiens courant à ses cotés, le panier plein de trompettes noires et je suis sûre que là-bas dans mes promenades, sentiers de mes souvenirs d'enfance, il restera l'ami du vent pour nous effleurer la joue et continuer de nous aimer sans bruit.
Il était pour moi comme ces chevaliers de mes contes d'enfant qui protégeaient mes rêves. Pas vraiment démonstratif comme les hommes de son époque, il était juste là.
Durant des années je l'ai vu descendre du Citram rentrant de Bordeaux, de la Maison Lissac, toujours tiré à quatre épingles dans son costume de la ville. Il arrivait à la maison de Cenau, petit hameau de Vayres, posait sa sacoche sur la table de la salle à manger et allait se changer pour entamer sa deuxième journée de travail dans les vignes ou à la grange.
Henri Pierre Gautron était né le 12 mars 1924, l'aîné d'une fratrie où seul garçon auprès de sa mère, Mamie Jeanne, il régnait en fils, en frère, dans cette famille où le père était un souvenir si présent. Pour moi il était grand-père Henri de Vaillant. Du haut de mes petites années, il était l'autorité, le savoir, la culture. Comme j'ai aimé cet homme avec qui je refaisais le monde, avec qui je passais des heures et des heures à batailler sur les grandes et les petites histoires de France.
Lorsque je pense à lui je revois tant et tant de choses qui ont émaillées ces 38 ans que j'ai passé non loin de lui.
Le matin aux aurores, il préparait son petit déjeuner en silence en écoutant France Inter ou France Culture. Je me levais sans bruit et souvent je le retrouvais endormi devant son bol de thé finissant doucement sa nuit. Tout était méticuleusement ordonné sur la table de la cuisine : toujours le même thé, dans le même bol, avec le même menu d'un petit déjeuner au cordeau.
La matinée était toujours la même, son petit déjeuner avalé il préparait dans la tasse blanche le petit café de mamie qu'il lui portait avec une infinie tendresse et un amour indestructible vieux de 60 ans. Il se préparait devant l'évier de la cuisine, son blaireau, son savon à barbe, la chemise à carreaux et les bretelles sur les hanches. je crois que je ne l'ai jamais vu autrement que rasé de près et ce n'était qu'une fois sa toilette terminée qu'il venait m'embrasser.
Il avait guidé mes premiers pas dans ce monde avec mamie Gisèle, grands-parents à plein temps qui s'étaient retrouvés parents le temps que les miens prennent leurs marques dans leur nouvelle vie. Il était infatigable, cherchant toujours à savoir pour comprendre la course du monde. C'est avec lui que j'ai découvert la musique, celles des grandes heures de l'opéra et des orchestres symphoniques qu'il me faisait écouter sur son tourne disque qui pouvait encore lire les 78 tours et les disques en cire.
Il était ce mystérieux collectionneur de timbres qu'il nous montrait lorsque nous étions sages avec un regard malicieux tant il savait que nous attendions avec impatience ces moments de découverte de ses trésors. J'ai encore en mémoire les heures interminables où il me faisait réviser mon latin le dimanche après-midi, professeur exigeant et sans concession à la médiocrité. Il avait la culture de l'excellence et ce fut parfois bien difficile d'être à la hauteur de ces exigences.
Avec le temps, je l'ai vu s'attendrir comme si la course des jours ouvrait en lui les brèches d'où s'échappaient un amour sans faille pour nous et les autres. J'ai attendu tant d'année avant de l'entendre me dire "je t'aime" et je vois encore ses yeux vert de gris s'embrumer lorsque pour la première fois il m'a parlé de son père et de sa petite soeur Lucienne partis tous les deux trop tôt. Ce jour là j'ai compris combien il avait le coeur d'un prince, celui des grands-pères qui découvrent qu'une larme noyée dans un sourire reste la plus belle preuve d'amour.
Aujourd'hui il a quitté ce monde, celui des souffrances immondes d'une maladie qui l'a tué il y a bien des mois. Il a rejoint les chemins de Vayres, les promenades fusil sur l'épaule, les chiens courant à ses cotés, le panier plein de trompettes noires et je suis sûre que là-bas dans mes promenades, sentiers de mes souvenirs d'enfance, il restera l'ami du vent pour nous effleurer la joue et continuer de nous aimer sans bruit.