6 octobre 2010
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` Ce soir j'ai envie de me poser et d'écrire, de vous écrire, vous qui êtes mes lecteurs, mes commentateurs, mes détracteurs, mes supporters. J'ai envie de mettre des mots car ce soir Aux Pensées Citoyen vient de passer un cap sur sa diffusion.
J'ai toujours eu du mal avec les "mots dits" et pourtant lorsqu'ils poussent pour se poser sur mes doigts ils viennent naturellement sur le papier ou le clavier. J'ai toujours eu le goût du secret et lover mes mots dans un cahier était une manière de dire les choses que je ne savais pas transformer en musique des sons. Que ce soit la colère, la peine, la joie, l'amour, la tendresse, la souffrance, la révolte, ils ont toujours été plus faciles à poser au bout de mon stylo que sur mes lèvres.
J'ai longtemps cru que ces mots que je posais, passant les mots comme on tourne les pages d'un livre, n'étaient que pour moi et ils ne devaient jamais sortir de mes cahiers d'écolière et d'adolescente. J'avais peur de leur force, de leur dénuement, de leur nudité, de leur clarté sur ce que j'étais. Ils sont le reflet de ce que je suis et ils ont la noirceur de mes démons ou la brillance de mes rêves, la colère de mes combats, la victoire de mes valeurs.
Il m'a fallu le regard des autres pour qu'ils voient le jour et s'offrent à la vie publique. J'ai alors pris conscience de leur force. Un jour j'ai osé poser pour mes parents une lettre écrite mille et une fois avant qu'elle ne naisse à la réalité. Je devais avoir une dizaine d'années et des maux plus profonds que les gouffres les plus sombres, ils étaient ceux d'une enfant. J'avais perdu mon premier Cèdre du Liban sans vraiment avoir le temps de sécher mes larmes. J'ai fait pleurer maman ce soir-là et papa n'a rien dit. j'ai mis parfois des mots comme ceux de cette lettre, réitérant les appels, persuadée que personne ne les entendait. C'était une vaine quête puisque tout était là, mais je ne le savais pas.
C'est alors devenu un mode d'expression avec ceux que j'aimais ou détestais, tantôt excessivement teinté d'amour, tantôt pamphlet révolutionnaire que la Terreur n'aurait pas renié. Ils restaient dans un cercle intime, familial, dernier recours de mon espoir d'être et d'avoir. Et j'ai grandi, posant ici et là les mots sur des cahiers, des lettres, des poèmes. J'ai même commencé à écrire un roman qui est resté celui de l'inachevé puisque je n'avais pas assez de confiance pour mettre le point final. Et puis d'autres écrivaient et ils le faisaient si bien.
Le premier pas que j'ai franchi aura été celui de la presse en écrivant mon premier article dans Sud-Ouest. J'avais 17 ans et de voir mes initiales en bas de l'article me remplit de terreur tant j'avais peur du jugement des autres. J'ai eu alors mon petit lot de lettres anonymes et j'ai compris qu'écrire était un pouvoir même à Créon, même à 17 ans, même sur une banale histoire de locomobile pour fouler la moisson.
J'ai vu le poids de mes mots à l'école, leur pouvoir lorsqu'ils poussaient l'émotion ou la révolte de mes professeurs comptant les fautes d'orthographe. J'ai connu le pouvoir des mots portant la parole, celle de mon patron auprès des médias où tout était digne de la frappe chirurgicale et des dommages collatéraux. Celle de l'organisation des mots en système construit au cordeau où tout était stratégie. J'ai alors pris la mesure de la violence et de la réussite qu'ils pouvaient engendrer.
J'ai alors rencontré les mots de l'engagement, celui de la décision d'écrire pour être lu et commenté. J'ai pris le risque de pousser les autres à prendre mes mots. C'est comme cela qu'"Aux Pensées Citoyen " est né le 1er avril 2008, il y a plus de deux ans. Au fil des pages, des billets, j'ai écrit, mettant le fond des choses sur la toile, les futilités comme les essentiels. Ce blog vit, il vit grâce à vous tous. Vous êtes des centaines à parcourir les mots et "Aux Pensées Citoyen !" atteint doucement mais sûrement son objectif : faire penser, faire parler, faire agir. Merci.