Depuis la nuit, les défenses s'étaient organisées. Il faut bien dire que la forteresse menaçait de tomber, tout s'était transformé en gigantesque fourmilière, véritable volcan en ébullition. Au premier jour, pourtant La Raison avait prit la tête de la coordination. Cela faisait si peu de fois qu'elle se retrouvait confrontée à une menace, un danger, une envie mais qui cette fois semblait être bien plus dangereuse car confrontée à la bataille entre le rêve et la réalité.
On entendait "Des Mots" se perdrent dans la nuit. La belle affaire, comment aurait-elle pu les reconnaître si elle les avait croisé. Certes certains avaient tinté différemment à son oreille et ils ne se cachaient plus, et bravaient avec arrogance La Raison perplexe. La menace était là palpable, ils étaient bien plus nombreux sans doute qu'elle ne pouvait l'imaginer mais comment savoir qui ils étaient et surtout où ils étaient. Ils avaient paradé sans vergogne accompagné de leurs vestales inaccessibles, beautés limpides, images de leurs rêves qui n'étaient pas elle. Qui pouvait bien être ces Mots, d'où venaient-ils, qui les conduisaient ?
Elle avait rameuté le plus de monde possible pour ne pas voir leurs efforts de ces derniers mois mis à mal par une poignée de Mots de grands chemins, pourtant si délicieux. L'organisation, c'était son truc à La Raison, faire des courriers, expliquer, chercher des volontaires, ah comme ça l'énervait, surtout quand ses courriers restaient sans réponses. Et là pfff un coup de vent, une toile et des Mots partout, menés par une force invisible et fantasque.
Il fallait réagir, reprendre aux Mots, l'esprit, rester lucide. Une guerre des nerfs commençait pour La Raison. Essayer de faire plusieurs groupes pour pouvoir travailler à tour de rôle, plus le temps passait et plus La Raison pensait que ce n'était là qu'une utopie. Il était si facile de se replier sur la petite vie et attendre qu'un autre rêve passe le temps d'un mot.
La Raison aurait voulu pouvoir faire son pain, remplir sa taverne pour enfin pouvoir partir pendant un temps indéfini. Elle n'avait plus bougé depuis son installation et ça commençait vraiment à faire long. Elle était restée pour aider à sortir d'une faillite qui se profilait pour ne pas dire qui avait commencé.
Voilà l'état d'esprit dans lequel elle était depuis maintenant quelques jours, la fatigue n'aidait franchement pas et sa patience était mise à l'épreuve chaque nuit. L'attente insoutenable, entre l'espoir qu'il ne se passe rien et l'envie d'en découdre une bonne fois pour toute.
Elle aurait aimé, n'avoir rien d'autre en tête que de profiter de la chaleur réconfortante d'une idée. L'air était encore frais, la nuit et le vent les accompagnaient sur leur chemin de songes. La Raison resserra sa cape autour d'elle, gardant la main sur le manche de son épée, à l'affût du moindre bruit suspect. Le silence pesait au fur et à mesure que les heures défilaient.
Rien ... l'attente est plus dure à supporter. si le rêve doit mourir autant que ce soit demain !