Aller au Québec et pouvoir échanger avec Lucie Jobin la Présidente du Mouvement Laïque Québécois (MLQ) et Noëlle Tannou membre de l’exécutif du MLQ aura été une belle occasion pour se rendre compte que les combats que nous menons en France avec le Comité Les Arbres de la Laïcité ne sont pas encore terminés ; ni chez nos cousins québécois, ni chez nous.
Cela fait une dizaine d’année que le dossier des « accommodements raisonnables » qui installent les différences religieuses alimente le Québec en discussions. L’ancien gouvernement du Parti Québécois avait réussi en 2013 à proposer une charte de la laïcité fortement inspirée des principes républicains français. C’était un début, un socle sur lequel beaucoup d’espoirs avaient germé. Toujours est-il que ce que proposait cette charte avait fait consensus pour les formations politiques du Parti québécois, de la Coalition avenir Québec et de Québec solidaire. Coté Parti Libéral le branle-bas de combat avait été sonné compte tenu que les propositions que contenaient la Charte heurtaient de plein fouet les modèles anglo-saxons défendus. Là où les mesures n’auraient pas forcément choquées en France, au Québec le PLQ était monté fortement au créneau. L’élection de Philippe Couillard en 2014 a tout remis en question. Le 1er ministre Québécois a déjà affirmé que la Laïcité républicaine était une forme de fondamentalisme. C’était pas gagné ! Il semblerait que le Québec soit aujourd’hui dans la même situation que la France avant les débats de l’adoption de la Loi de 1905. En écoutant la Présidente du MLQ j’ai vraiment eu cette impression. Le chemin va être long !
Toujours est-il que leur combat est plus organisé que le notre en France. Association créée il y a 30 ans passés, le MLQ est aujourd’hui une force avec laquelle il faut compter. Après ma discussion avec Lucie et Noëlle j’ai la conviction que le Comité les Arbres de la Laïcité doit passer une marche et se structurer pour être une véritable force de négociation et d’échanges. Je rappelle que lorsque j’ai créé le Comité bon nombre de mes petits camarades n’en voyaient pas l’intérêt !
En décembre dernier le MLQ et d’autres ont signé une lettre ouverte au 1er Ministre Québécois, je pense que je pourrais en tirer un exemplaire français sans en changer grand-chose ! Extraits …
Monsieur le Premier ministre,
Nous vous écrivons, Québécoises et Québécois de toutes origines et de toutes tendances politiques, pour vous demander d'agir en faveur de la laïcité.
Vous avez mis un coup d'arrêt au projet de Charte de la laïcité, nous promettant du même souffle un autre projet. Or, huit mois après votre élection, il n'y a aucun projet sur la table.
Légiférer en faveur de la laïcité
« Quand il y a du flou, c'est qu'il y a un loup. »
Cette maxime décrit bien l'ambiguïté dans laquelle le Québec se trouve sur la question de la laïcité. Nous voulons tourner cette page. Notre propos est simple : nous souhaitons que le principe de laïcité soit formellement inscrit dans une loi.
Nous voulons que ce principe de séparation des religions et de l'État soit établi une fois pour toutes avec une garantie constitutionnelle, comme cela a été fait avec le principe de l'égalité entre les femmes et les hommes.
Il est urgent de sortir le Québec de la logique infernale des accommodements religieux consentis à des groupes qui refusent de partager un espace civique commun. Cette logique conduit au morcellement de la société; elle encourage notamment la ghettoïsation de certains groupes religieux.
Nous considérons que ce n'est pas à l'État d'accommoder les religions, mais plutôt à ces dernières d'évoluer de façon à permettre à leurs pratiquants d'exercer leur citoyenneté pleine et entière sans mettre en danger notre sécurité, la paix sociale et les principes démocratiques qui guident la puissance régalienne de cet État.
La laïcité est garante de la liberté et de l'égalité de toutes les convictions philosophiques et religieuses et cela, sans qu'aucune de ces convictions ne puisse exercer une quelconque domination sur les autres.
En affirmant la suprématie de cette condition d'égalité, la laïcité invite au mélange, à la mixité, à la citoyenneté et au partage de valeurs humanistes communes. N'est-ce pas là le projet que l'on doit souhaiter à toute société démocratique dont les fondements reposent sur la liberté et l'égalité?
Ce projet, monsieur le premier ministre, ne vaut-il pas mieux que celui qui consiste à fragmenter la nation québécoise en fonction d'appartenances ethniques et religieuses ? (…) *
Cette lettre a un écho particulier pour moi et je constate que nous avons encore un long chemin à parcourir. La chance que nous avons en France c’est que la Loi de 1905 existe et qu’elle demeure un rempart. Si je retiens une chose de cet échange avec le MLQ c’est que nous avons cette chance en France et qu’elle est fragile comme toutes les libertés !
Astheure on va attacher notre tuque avec de la broche et on va arrêter de chigner ! DEBOUT !
* Cette lettre est cosignée par le Mouvement laïque québécois (MLQ), Laïcité citoyenne de la capitale nationale, LGBT pour la Laïcité, Libres penseurs athées - Atheist Freethinkers (LPA-AFT), Vigilance Laïque, Association des Nord-Africains pour la Laïcité, ainsi que Claude Simard, professeur - retraité de l'Université Laval, Michel Virard, ingénieur, militant laïque, Djemila Benhabib, essayiste, Evelyne Abitbol, consultante en Affaires publiques, Yolande Amzallag, traductrice agrée, Karim Akouche, écrivain et éditeur, Michel Lincourt, vice-président MLQ, Louise Mailloux, professeure de philosophie, Normand Baillargeon, professeur à l'UQAM, Lucie Jobin, présidente du Mouvement laïque québécois, Andréa Richard, auteur et militante pour la laïcité, Yann Ménard, anthropologue, Jérôme Blanchet-Gravel, essayiste et candidat à la maîtrise en sciences des religions, Rakia Fourati, Militante laïque pour les droits de la femme, Annie-Andrée Chouinard, militante pour la laïcité et pour la liberté d'expression, Nabila Benyoussef, humoriste, Éric Debroise, historien et blogueur, Sibel Köse, militante pour la liberté d'expression, les droits des femmes et la laïcité, et Rachid Bandou, Amitié Québec - Kabylie.