27 janvier 2009
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22:46
J'écoutais tout à l'heure la radio et j'entendais Jérôme un de nos ostréiculteurs testerins. Il avait la voix cassée sans doute pas que par la fatigue mais aussi par l'émotion. Cette tempête "du siècle" aura encore une fois mis nos ostréiculteurs dans la panade. Ils ont pris leurs plates et sont partis sur l'eau pour aller constater les dégâts sur les parcs. Déjà samedi matin lorsque je suis passée sur le port du centre pour prendre des nouvelles, Philippe qui réparait sa volière avait le regard fixé sur le large, comme à son habitude il ne dirait rien, mais je sentais l'inquiétude. On fait le bilan et il est lourd, les parcs ont été brassés, retournés, les collecteurs ont pris la mer emportant avec eux le naissain et l'espoir de l'avenir de la "récolte". Encore un coup, encore une crise ... Depuis samedi mon métier me porte à faire le tour de la Gironde et ce que je découvre tantôt me désole tantôt me révolte tantôt me redonne l'espoir de croire.
Ce qui me touche c'est l'étendue des dégâts que nos territoires ont subis encore une fois. Il suffit de passer près de la Plaine des Sports et de Loisirs Gilbert Moga à La Teste pour se rendre compte de la violence des vents qui ont arraché et mis en miette la piscine. Il suffit de voir les stigmates du supplice infligé à la forêt du Bassin, du Val de Leyre ou du Sud Gironde pour mesurer la force des éléments. Nous n'avons pas encore les nouvelles complètes de la Gironde car il y a encore des zones inaccessibles ou coupées du monde. En 1999, ils nous avaient dit "ça n'arrive qu'une fois par siècle". Qui peut croire que ça n'arrivera donc plus après celle-ci pour ce 21ième siècle ? Personne sauf les brasseurs de miracles.
Ce qui me révolte c'est d'entendre que la Gendarmerie Nationale est obligé dans certains endroits de Gironde de garder les groupes électrogènes qui alimentent les espaces publics pour éviter que l'on barbotte l'essence qui les fait tourner. Mais pourquoi m'en étonner j'avais bien vu des gens en venir aux mains pour une bougie en 1999. Je suis révoltée d'entendre que certains font tripler le prix des bougies et du pétrole pour les chauffages d'appoint. Je comprend mieux comment l'Humanité à connu les profiteurs de guerre, je pensais naïvement sans doute que c'était une époque enterrée grâce aux leçons de l'Histoire. Je suis en colère de voir que pour la visite d'un Président de la République on a soigneusement oublié de le faire passer dans les territoires coupés du monde où seuls les élus, les services d'urgence, les citoyens se démènent, sans doute pour lui éviter de se retrouver en même temps sous les feux des projecteurs des caméras et de la colère. Ce qui me désole c'est de voir les équipes d'urgence d'EDF arrivées de l'autre bout de la France, ne pas savoir où sont les lignes et les réseaux tout simplement parce que les équipes locales qui savaient, ont été sacrifiées sur l'autel de la privatisation des services publics.
Ce qui me redonne l'espoir c'est d'avoir vu ou entendu la solidarité se mettre en oeuvre. Sur le Bassin, sur le Val de Leyre, en Sud Gironde elle s'est faite spontanément. Il suffit d'écouter France Bleu Gironde pour se rendre compte à quel point les Girondins s'entraident qui pour loger ceux qui n'ont plus l'eau ou l'électricité, qui pour proposer de passer chez les personnes isolées pour faire leurs courses, leurs bras pour tronçonner et dégager, leur sourire pour réconforter et échanger simplement. Comme quoi le service public sert à quelque chose parce que Radio France c'est bien le service public.
Si je dois aujourd'hui faire un premier constat de ce lendemain de tempête c'est que encore une fois le lien social que les élus de terrain, les citoyens, les agents des services publics qui n'ont pas été hachés menu par les mesures de l'argent roi ou de la sainte productivité, savent tisser, est le meilleur pansement des plaies infligées. Combien faudra-t-il de tempête pour que ceux qui nous gouvernent, comprennent que les services publics doivent être défendus, que ce n'est pas qu'une question d'organisation mais bien une volonté politique de garder en haut du fronton de la République les valeurs Liberté Egalité Fraternité. Comme en 1999 on fera des bilans, on fera des effets d'annonces et des grands discours de satisfaction, on dira pour tuer tranquillement le chien qu'il a la rage et c'est tout. La prochaine tempête ? Et bien on a eu celle du 21ième siècle samedi dernier alors pourquoi voulez vous qu'on se pose la question ... Mais comme dit un élu que je connais bien ... Je déblogue ...
* photo du réseau HTBA.