Le paysage défile sous mes yeux. Il est 6h40 est le jour n'a pas encore montré sa clarté. Dans le train qui me mène à Bordeaux comme chaque matin, je lis les journaux. Ce matin j'ai le coeur serré. Sensiblerie allez vous me dire, pensez-le si vous voulez, mais ce matin c'est mon coeur d'italienne qui est touché.
"Les recherches se sont poursuivies toute la nuit." Je lis les lignes de mon journal sans un mot. Une soixantaine de personnes ont été sauvées mais le bilan du séisme qui a ebranlé le centre de l'Italie s'est aggravé ce matin : 179 morts, 34 disparus et au moins 1.500 blessés. Au total, ce sont plus de 10.000 maisons ou édifices qui ont été abattues par la secousse : là une résidence universitaire à L'Aquila, le clocher d'une église, des villages proches de L'Aquila rasés de la carte italienne et près de 70.000 personnes sans toît.
Le tremblement de terre aurait été d'une magnitude de 6,3. Une autre secousse de 4,6 avait déjà été ressentie dimanche dans la soirée en Italie du Nord, dans la région portuaire de Ravenne, sans faire ni victime ni dégât. Je pense aux miens qui vivent là-bas. La terre se fache et c'est elle qui gagne toujours comme en mer, comme en montagne. Alors les hommes font face : 1700 hommes arrivent en renfort, dont 1500 pompiers. L'Etat d'Urgence est déclaré et les promesses fuses : "personne ne serait abandonné" dit Silvio Berlusconi qui débloque 30 millions d'euros. Mais voilà, c'est 1,3 milliard d'euros qu'il va falloir pour reconstruire. 35 pays ont proposé leur aide à l'Italie mais le Cavaliéri a dit que "dans l'immédiat", celle-ci n'était "pas nécessaire". Est ce une fierté mal placée ? Je vais lui laisser le bénéfice du doute même si mon oppinion est faite sur le personnage depuis longtemps.
Je connais bien l'Italie et les assurances ne sont pas les mêmes que chez nous. Et puis regardez les images ... Ceux sont les plus pauvres qui ont été touchés, ceux qui n'ont pas les moyens de se battir des maisons aux normes anti-sismiques, croyez vous qu'ils aient les moyens d'avoir une assurance dans un pays où tout se paye au prix fort y compris les soins. C'est dans ces moments là que je réalise à quel point le système français des services publics est unique en Europe et qu'il mérite que nous le défendions justement pour dans des cas extrêmes comme celui que vient de le vivre l'Aquila le mot solidarité ne soit pas un doux rêve.
Au laboratoire de détection géophysique du CEA (Commissariat à l’énergie atomique), qui héberge également le centre sismique Euroméditerranée, Bruno Hernandez, sismologue, et ses collègues ont été les premiers en France à détecter sur leurs écrans le séisme italien. Dans l'édition provinciale du Parisien, je lis que c'est vers 3 h 45 du matin dimanche, soit dix minutes après le déclenchement du séisme, que le sismologue d’astreinte du CEA a reçu sur son écran toutes les données relatives au tremblement de terre, notamment sa magnitude. Très vite il a compris que les conséquences seraient très lourdes en surface.
Bruno Fernandez explique que dans cette région les séisme sont généralement de type superficiels, c’est-à-dire qu’ils se déclenchent très près de la surface du sol. Or, dimanche soir, le tremblement de terre s’est déclenché dans les dix premiers kilomètres sous la croûte terrestre. Il y aura des répliques comme après la destruction de la ville d'Assise. Nichée sur l’un des nombreux sommets de l’Ombrie, Assise se découvre entre cyprès et oliviers mais elle est restée longtemps meurtrie par son tremblement de terre de 1997 et malgré la souffrance de ses pierres, elle jaillit de la montagne avec un toit d'azur et pour cœur, la Basilique Saint François. Il faut espérer que l'Aquila retrouvera comme Assise la sérénité et la douceur italienne.
En attendant que les nombreuses fontaines petites ou grandes ne rechantent, la solidarité doit s'organiser et j'y participerai parce que quelque part c'est aussi mon pays et que je suis de tout coeur avec l'Italie.
Photo Ouest France.