Comme moi sans doute, vous avez découvert en lisant 20 minutes d'hier cet article écrit par la journaliste girondine Orianne Dupont. Dans l'article elle relate comment lorsque un couple a fait des démarches,en vue d'un mariage en décembre dernier, auprès de la mairie de Rauzan, où ils vivent ensemble, il ne s'attendait pas à ce que la situation irrégulière de Riad, Algérien résidant en France depuis cinq ans, puisse être un obstacle. «Ils ont soupçonné un mariage blanc et ont fait remonter au procureur», se désole Céline, la future ex jeune mariée.
Début mars, poursuit la journaliste, le procureur de Libourne - le seul à pouvoir s'opposer au mariage - a avancé que «les éléments (...) restent insuffisants pour établir le caractère frauduleux de l'union. Par ailleurs, la situation irrégulière de Riad (...) ne peut faire obstacle à la célébration».
Dans ce contexte, Gérard César, le sénateur maire (UMP ou pas UMP ça dépend des élections ! ) de Rauzan n'a toujours pas donné de date de mariage, il a déclaré à l'AFP être dans l'attente d'«éléments», précisant avoir écrit au ministre de l'Immigration. L'avocate du couple devait déposer un référé à son encontre pour atteinte à la liberté matrimoniale. Depuis, les événements se sont enchaînés. Le couple a été convoqué à la gendarmerie, leur domicile a été perquisitionné et Riad a été interpellé ce week-end et transféré au centre de rétention de Toulouse. Aujourd'hui, le fiancé peut être expulsé vers l'Algérie à tout moment, termine la journaliste dans son article.
J'ai toujours regretté et je l'ai même évoqué ici sur ce blog ma réprobation sur les méthodes de ce type envers les étrangers en situation irrégulière et toute la batterie des moyens et autres quotas d'expulsion en tout genre.
J'ai toujours à l'esprit que les personnes en situation irrégulière sur le sol français sont des victimes avant tout d'un monde qui ne toune plus très rond. Moi je voudrais bien savoir de quoi vivait Riad à Rauzan ? N'avait il pas un travail ? J'espère que si il était employé dans une propriété viticole, son "patron" aura droit au même traitement que Riad. Mais vous le savez je pose toujours la question qu'il ne faut pas poser.
Une fois cet article lu j'ai poussé la curiosité plus loin et j'ai été voir sur internet les commentaires laissés suite à cet article. Ce que j'y ai lu m'a mis en colère. Une colère froide et sourde contre la bétise et la haine. Je vous donne un florilège des mots que j'ai lu : "c'est bien fait c'est un arabe il avait qu'à rester en Algérie" ou encore "Ah ! tout ces étrangers qui ont oublié d'être de vrai "FRANCAIS" !!!" ...
J'ai alors pensé à mes grands-parents. Eugène Darmian, fils de Pascua et Silvio Darmian, immigrés italiens arrivés en France en 1922 a épousé le 4 mai 1946 Jeanne Normandin dans l'église et la mairie de Sadirac. Il était, et je l'ai parfois entendu le raconter, "le macaroni" et elle, la française de souche. Je suis bien persuadée que les "braves et bonnes gens" d'aujourd'hui était déjà ceux d'hier et seront aussi ceux de demain. Je suis persuadée qu'il a du se chuchoter dans la campagne sadiracaise de bien jolis mots aussi "intelligents et plein d'humanisme" que ceux que j'ai pu lire sur le net à propos de cette histoire à Rauzan.
C'est aussi cela que j'avais voulu vous expliquer lorsque je m'étais insurgée contre les mesures de Darcos visant à supprimer l'Histoire des programmes des jeunes lycéens. Je mesure la chance qui est la mienne d'avoir cette richesse de la mémoire familiale. Je suis capable de faire le lien entre le passé, le présent pour pouvoir construire l'avenir, mais demain qui se révoltera si personne ne dit rien aujourd'hui.
Alors à ceux qui ont posé sur la toile les commentaires immondes sous cet article du journal 20 minutes je répond ceci, juste cette phrase que j'ai appris par coeur il y a longtemps pour une examen de français : " Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse." C'était juste dans les mots d'un Prix Nobel de Littérature, Albert Camus.