29 avril 2009
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Je me souviens d'avoir pleurer dans l'avion qui me conduisait à Malpensa. En 1998, je retournais en Italie après de nombreuses années sans y avoir été. Quelques jours avant j'étais arrivée à Sadirac chez nonno mon grand père et je lui avais dit : "Grand-père tu voudrais bien téléphoner en Italie je voudrais y aller".
Il n'avait rien dit mais il s'était levé de son fauteuil dans la véranda et avait pris le téléphone. En quelques minutes il avait téléphoné à Angelo son cousin germain en lui demandant si je pouvais venir. Il avait passé juste quelques minutes au téléphone mais il venait de me redonner un petit bout de l'arbre dont je n'étais qu'une petite feuille au vent.
Je me souviens d'avoir pleurer dans l'avion qui me conduisait à Malpensa. Je cherchais du regard, ma valise à la main, des yeux que je n'avais pas vu depuis ma plus tendre enfance. Lorsque Angelo et Térésine m'ont serré dans leurs bras je savais que je venais de rentrer chez moi comme après un long voyage. Cette année là je me suis promis que plus jamais je resterais loin de mes racines, loin de cette terre qui avait fait grandir ma famille. Les années qui ont suivi je suis retournée souvent en Italie créant des liens avec mes cousins et cousines, avec ceux de mon âge comme disait nonno.
Je me souviens d'avoir pleurer dans l'avion qui me conduisait à Malpensa. De loin en loin j'ai dessiné les fleurs, les feuilles, les branches, le tronc, les racines de cet arbre qui a poussé à Santo Stéfano de Ziméla. J'ai trouvé les photos, les bribes de souvenirs de nonno, de claire sa soeur et de mario son frère. J'ai posé des questions, écrit des pages et des pages sur les histoires que me racontaient les uns et les autres. Je voulais garder une trace. J'ai pris mes souvenirs et j'ai reconstruit les paroles et elles se sont inscrites dans mon coeur et dans ma tête comme si elles n'en étaient jamais parties.
Je me souviens d'avoir pleurer dans l'avion qui me conduisait à Malpensa. J'ai appris que le lien était invisible mais qu'il était là et qu'il était plus fort que tout. J'ai trouvé dans les yeux de mon grand-père les réponses à beaucoup de mes questions et ça a forgé ma vie. Nonno est mort en janvier 2008. Il m'a laissé en héritage un petit peu de terre dans le creux de la main, une terre qu'il a toujours eu dans le coeur mélangée avec celle de France.
Le soir où nous lui avons dit adieu pour toujours, dans un regard et un sourire autour d'une table familiale, sans se dire un mot, nous avons décidé de revenir en Italie tous ensemble. Autour de la table il y avait les fleurs, les feuilles, les branches de l'arbre et le vent a porté nos pensées au delà des sommets enneigés des Alpes. Nous avons tous ensemble rêvé à un voyage. Et demain nous partons.
Demain soir nous serons en famille en Italie, avec les petits pour que dans longtemps ils se souviennent. Demain soir j'irais porter un peu de la terre de Sadirac dans le jardin et je la mélangerai avec celle d'Italie. Demain soir et durant quatre jours nous allons remélanger les terres pour que l'arbre grandisse encore. Et j'espère que dans longtemps lorsque le temps aura passé, les petits devenus grands se souviendront de ce voyage comme je me souviens des miens la main glissée dans celle de mon grand-père.
Un arbre sans racine ça n'existe pas, un arbre dont on coupe les racines ça fini par mourir. Demain je sais que mon coeur va se serrer lorsque l'avion qui me conduit en Italie va survoler la plaine du Po. Mais le bonheur est simple, il suffit de savoir le faire pousser. Je mesure la chance que j'ai d'avoir connu et de connaître des jardiniers pour me montrer comment on fait.