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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 15:00

Chose promise chose due voici le second épisode de ma saga "laïcité". J'avais raison de penser que cela n'allait pas passionner les foules, juste quelques centaines de connections hier. Il faut dire qu'avec mes histoires de coucou j'ai explosé les audimats du net !  Mais chaque chose en son temps.  Je vous raconterai d'autres histoires d'oiseaux ou comme me l'a suggéré un ami journaliste je vais essayer de vous réécrire les 4 Mousquetaires version Bassin où la devise serait "Tous contre Un et Un contre Tous ! " ou "Moi tout seul et au diable les autres". Mais on verra plus tard ... il faut savoir ménager le suspens. Donc nous revoilà sur la laïcité et j'ai essayé de la placer dans notre quotidien.

Elle n'était pas complète notre laïcité car elle ne s'est appliquée dans un premier temps qu'au citoyen et qu'en métropole. Passé revenu des colonies, les populations du cru n'avait pas la citoyenneté pleine et entière, comme en Algérie par exemple. Le droit qui s'appliquait faisait une large place aux coutumes locales des cultes, des structures religieuses et de leurs ministres. Je me souviens avoir entendu par des amis venant d'Alger que cela avait entrainé dans les années des accords d'Evian de vrais incompréhensions entre ceux qui arrivaient, et qui en Algérie pouvaient publiquement exercer leur religion, et ceux qui en France  leur demandaient de respecter l’usage tacite de se fondre dans la population. L'histoire est bien un éternel recommencement !
 

La laïcité n'est pas parfaite et l'égalité n'est pas compléte. En effet le principe de laïcité dans l'éducation ne s'applique pas en Alsace et en Moselle, ni à Mayotte pour les principes du droit où la loi islamique, la charia, s’applique selon le minhadj et à Wallis et Futuna l'enseignement est concédé par l'État au diocèse catholique pour les écoles primaires. Voilà pour le passé et le présent. Quant au futur, au niveau Européen les tentatives d’inclusion de la notion de valeurs chrétiennes dans la Constitution européenne tendent à amorcer un mouvement qui trahit toujours cette même lutte d’influence. Ne l'oubliez pas lorsque vous vous demanderez le 7 juin prochain si la plage c'est pas mieux que le bureau de vote : votez pour  les élections européennes le 7 juin 2009 c'est aussi choisir qu'elle place va prendre la laïcité et sa préservation dans l'Europe de demain !

 

Laïcité et état civil
Depuis 1792, le curé de la paroisse n'a plus la main mise sur l'état civil. Avant cette date vous le savez, la naissance, le baptême, le mariage et la mort se retrouvaient validés dans les grands registres de Monsieur le Curé. A partir de cette date c'est un nouvel officier qui prend la main, le maire de la commune. Tout cela passe avec armes et bagages dans le champ de la Res Publica sauf les baptêmes qui ne seront pas laïcisés et pour cause même si il en existe aujourd'hui des républicains. L'Etat civil est la partie la plus visible de l'icerberg  de la laïcité au quotidien.

  

Laïcité et liberté
Autre domaine qui touche notre quotidien lorsque l'on parle de laïcité c'est celui de la liberté et plus particulièrement celle liée à l'expression et à l'oppinion. Grâce à elle chacun peut prétendre à pratiquer une religion comme il le veut ou à ne pas en avoir si cela le chante. La seule limite est une limite qui comme pour la liberté doit s'arrêter où celle des autres commence.  
 Ce principe a ainsi pu permettre d'interdire que la sphère religieuse entre dans les recrutements. Elle implique aussi la neutralité de l'Etat et de la chose publique qui interdit aux fonctionnaires de porter des signes religieux dans le cadre de leur fonction. Bien évidement 
 ce n'est pas une application exclusive du principe de laïcité. Il est aussi interdit de faire cas de l'origine ethnique, de la couleur de peau, de l'appartenance politique ou syndicale par exemple.

Au niveau collectif, le fait qu'une organisation soit ou non affiliée à une religion ne peut pas non plus entrer en considération : seules les activités cultuelles sont exclues, mais un club sportif dépendant d'une église peut obtenir des subventions aussi bien qu'un club laïc, dans la mesure où il est aussi à tous. De même, les écoles confessionnelles peuvent participer au "service public de l'éducation", l'Etat en paye alors les professeurs et les collectivités territoriales contribuent à leur bonne marche, ce qui implique notamment qu'elles respectent les programmes officiels, et qu'elle doivent accueillir, service public oblige, tous les élèves qui le souhaitent indépendamment de leur religion et sans prosélytisme dans le cadre des cours. Mais n'est ce pas un atteinte à la laïcité ? Je me souviens encore de la guerre des écoles !


La laïcité et l'école
C'est là que la sphère de la laïcité est la plus connue : l'école.  L'enseignement de la foi ne fait pas 
partie du cursus des élèves. Mais au nom de la liberté il a été laissé une journée par semaine pour être justement libre de suivre un enseignement religieux. J'ai été durant mes années de primaire au catéchisme tous les mercredis matin à l'école libre Sainte-Marie de Créon avec un curé extraordinaire, le pére Chevalier, qui avait un véritable respect des autres. Dans les écoles il reste cependant impossible, ai-je pu lire, d'interrompre la classe pour une prière, d'exiger un menu spécifique à la cantine, ou de squatter la cour de récréation pour une messe. De même, les signes religieux "ostentatoires" sont interdits dans les écoles publiques. Vous voyez bien que la régle est là mais que dans la vie contemporaine la laïcité perd du champ, il suffit de se rappeler certains événements pour s'en rendre compte. Je considère que c'est une régretion et que ne pas la voir est républicainement suicidaire.

Condorcet, Hugo et Ferry, notamment, ont œuvré à la création d’une école laïque qui accueille tous les enfants, sans distinctions d’origine, de sexe ou d’option spirituelle de leurs parents avec une indépendance totale par rapport aux religions ou aux idéologies. C'est comme le titre de ces revues sur les étagères du bureau de mon pére : L'école libératrice ! Je reviendrai en détails sur ce duo école et laïcité dans un billet entièrement consacré à la question car il est à lui seul pour moi un réceptacle de toutes les tensions, de tous les combats et de beaucoup de questions.

Les femmes et la laïcité

Pour Condorcet les hommes ne peuvent être libres et égaux si la moitié du genre humain n’est pas libérée de ses entraves séculaires, ça c'est dit !. Pour Élisabeth Sledziewski, la Révolution est le moment historique de la découverte par la civilisation occidentale que les femmes peuvent avoir une place dans la cité, et non plus simplement dans l’ordre domestique. Et de deux ! Mme Vianès,auteur d’Un voile sur la République affirme que grâce à la laïcité, les femmes vont s’affranchir du poids des religions par les revendications de disposer librement de leur corps, de leur esprit et d’avoir la maîtrise de leur désir d’enfant. Et de trois ! Pour elle, La laïcité à la française offre la meilleure garantie d’égalité entre les deux sexes. Si ça c'est pas une application concrête de la laïcité dans le quotidien de la moitié de l'humanité je veux bien faire mon méa culpa !


En 1910, l’adultère est considéré comme un délit puni de prison pour les femmes et d’une simple amende pour un homme. Le devoir conjugal est pour les femmes une obligation, celle-ci ne sera abolie qu’en 1990.  Il a fallu attendre 1965 pour que les femmes n’aient plus besoin de l’autorisation de leur mari pour choisir une profession, ouvrir un compte bancaire et avoir la pleine jouissance de leurs biens propres. L’égalité des époux est devenue effective grâce à la loi sur la nouvelle réforme des régimes matrimoniaux. La laïcité était passée par là. Pour moi, toutes ses inégalités étaient bien véhiculées par les religions et ceux qui les administraient. Que serait le statut de la femme occidentale sans la laïcité ? Posez vous la question de temps en temps et regardez le monde pour avoir la réponse !

Je pourrais en dire autant sur le droit de vote des femmes. "
Les radicaux ont peur de nous" disait Hubertine Auclert. Ainsi, l’un d’eux, en séance au Sénat lui donnait raison "Les électeurs catholiques sont peut-être des enfants à genoux quand il s’agit du prêtre servant la religion, mais ils sont assez souvent des citoyens debout quand ils exercent leurs droits politiques. Pour les femmes, vous le savez bien, il en va tout autrement. Même quand elles sont assez peu catholiques, elles subissent l’influence du prêtre catholique." Mais n'imaginez pas que tout est réglé dans notre 21ième siécle. Je me souviens du rapport Stasi en 2003 et des menaces importantes qu'il montrait du doigt sur les libertés individuelles des femmes. Une jeune femme entendue à huis-clos par la commission dira ainsi que "la République ne protège plus ses enfants". Moi je rajoute qu'en perdant la laïcité elle pourrait continuer de plus belle si nous n'y prenons pas garde ! 


Laïcité et famille
Le modèle de la famille chrétienne n’est plus la norme légale aux yeux de la République laïque. Mais combien d'années a-t-il fallu pour les enfants nés hors mariage ne soient plus qualifiés de bâtards. N'oubliez pas que ce n'est qu'en 1987 que
la Loi étend l’exercice de l’autorité parentale  aux couples non mariés et aux couples divorcés et en 2001 qu'est supprimé  la pénalisation des enfants adultérins dans les successions. En 2005, une ordonnance supprimera la distinction entre enfant légitime et enfant naturel, entérinant l’égalité entre les enfants quelle que soit leur mode de filiation, à la seule exception des filiations incestueuses. Si la laïcité n'était pas passée par là qu'en serait-il ?

Le cadre légal est la seule référence morale de la République et pour moi elle doit le rester parce que les Lois sont votées par le Peuple et pour le Peuple. Pourvu que ça dure ! Voilà la première partie des applications concrêtes de la laïcité dans notre vie quotidienne. J'en ai d'autres que ce soit dans le domaine de la santé, de la culture, des services publics, de l'école, de l'alimentation, de la génétique,etc. Je vous donne donc rendez vous pour un prochain épisode et j'attend vos commentaires et avis avec impatience.

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commentaires

P
Je ne sais si la question d'Alain s'adresse à moi-même ou à Marie-Christine. J'y réponds cependant ! Le droit à affirmer des convictions agnostiques, ou athée, et même l'indifférence totale, me semble tout entier contenu dans la loi de 1905 qui érige le respect absolu de la conscience individuelle en principe de base de la République. Je pense de ce fait que l'expression de ces points de vue est légitime, naturellement dans le respect des convictions différentes et des lois civiles. Je ne vois pas en quoi cela traduirait une dérive laïcarde de la laïcité... Et je dois dire que j'apprécie beaucoup la discussion avec les personnes qui expriment ces convictions. Je dois dire qu'elles m'apportent paradoxalement beaucoup, en me permettant d'approfondir ma propre foi.
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A
Intêret et adhésion à la lecture de ton article, avec d'autres il vient enrichir ma réflexion. La Laïcité s'appuie sur 2 piliers: un 1er, Politique: l'organisation de la Cité contenu dans la loi de 1905, l'autre Ethique: la Liberté de Conscience, c'est à dire le droit sans conséquence soviale de croire à une religion ou à une autre, d'en changer, et y compris d'être athé, il répond en cela aux lois Concordataires. Le fait  de ne pas croire, d'être agnostique ou séculier (mot opposé à régulier: croyant (dans son acception du XVIII) et qui se traduit par une revendication de la Liberté Absolue de Conscience. Est ce pour toi:-  implicite à la loi de 1905-  une extension souhaitable-  ou une dérive laïcarde voire dangereuse.je souhaite tes commentaires. Remerciements.Alain 
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D
Merci Pascal pour ce commentaire qui fait avancer le débat et les idées.
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P
Très intéressants, Marie-Christine, tes deux articles sur la laïcité, que je trouve sérieux et documentés. Chrétien convaincu, je suis également profondément laïque sur le plan politique. Mon choix du PS n'est d'ailleurs pas étranger à cette double conviction. Je suis absolument convaincu que la séparation entre les Eglises et l'Etat est chose salutaire tant pour celui-ci que pour celles-là. Pour la Société, c'est la garantie que chacun trouve sa place, que chaque personne soit reconnue pour ce qu'elle est, et non pour son appartenance ou sa non appartenance à un corps social particulier. C'est également la garantie que le champ politique ne soit pas surdéterminé par des considérations de type religieux qui doivent lui demeurer étrangères. Libre aux chrétiens qui le souhaitent de suivre les préceptes familiaux édictés par leurs églises, en revanche, dans le cadre d'une Société laïque libre aux autres (et même aux chrétiens qui ne sont pas entièrement d'accord avec leurs églises) de faire autrement, dans le respect de la loi civile. Les avantages de la laïcité ne concernent pas uniquement le champ politique. Pour le religieux, le fait de n'avoir plus à se méler de la gestion publique quotidienne, donne un recul pour approcher les réalités humaines avec plus de réflexion, de profondeur et avec plus de générosité aussi... C'est du moins ce qui se passe quand les clercs ne cèdent pas aux vieux démons ! J'ajouterai que la laïcité constitue une réelle protection des croyants contre les dérives sectaires que certains systèmes religieux peuvent connaître en des périodes déterminées de leur histoire. Subsiste en effet toujours la possibilité de dire "stop" en moment donné et de bénéficier de la protection des lois civiles. Le modèle laïque, porteur de démocratie, exerce par ailleurs une pression jusqu'à l'intérieur des structures ecclésiales. Cela a notamment été le cas au sein du catholicisme après le Concile de Vatican II, qui a dû réaffirmer la place impor tante des laïcs au sein de l'Eglise catholique, y compris dans les processus de décision. Cet aspect est actuellement en recul : est-ce une coïncidence, précisément au moment où la laïcité est contestée dans la Société ?Deux points de ton exposé me semblent devoir être précisés. Le premier concerne la filiation de la laïcité avec la Révolution française. Un évêque retraité, thélogien de la libération, que je rencontrais l'été passé en Bolivie, me disait que l'Eglise catholique s'était systématiquement plantée dans ses choix sociaux depuis la Révolution Française. Probablement l'exemple de l'Abbé Grégoire, dont les cendres ont été portées au Panthéon au bicentenaire de la Révolution, sans aucune présence de la hiérarchie catholique (la rancune est tenace !) eût mérité d'être suivi. Pourtant, à la réflexion, je pense que l'erreur de la Révolution est d'avoir voulu imposer une religion d'Etat, fondée sur la constitution civile du clergé. Il a fallu le travail de réflexion des militants laïques du XIX ème siècle pour évoluer vers une vision de séparation, qui est infiniment plus juste et permet de dépasser le risque de dérive catastrophique d'un Etat qui s'érige en système religieux.Le deuxième point concerne le caractère intime de la foi religieuse. La laïcité a enfin permis à ceux qui se disent chrétiens (ou musulmans ou juifs ou...) de faire leur choix en leur intime conviction, et non pour satisfaire à un usage ou à une obligation, comme ce fut trop longtemps le cas. C'est en ce sens que je revendique pleinement le caractère intime de mon adhésion à la foi chrétienne et ma chance de pouvoir faire ce choix réellement personnel parce que je suis dans une Société laïque. En revanche intime ne signifie pas automatiquement caché ou privé, même si certains veulent garder pour eux leurs convictions. En effet, si les services publics et l'école (y compris confessionnelle sous contrat d'association) doivent se prémunir de toute "pression" sur les consciences et ne point accepter les insignes religieux visibles en leur sein, cependant les croyances comme les non croyances doivent pouvoir être librement exprimées et confrontées dans champ public, dès lors que leur expression respecte la liberté de chacun d'y adhérer ou de refuser d'y adhérer.En résumé, nous avons la chance de vivre dans une Société laïque, qui a été dûrement acquise, au prix bien souvent de souffrances et d'incompréhensions. Il nous appartient de veiller à sa préservation, et notamment d'empêcher toute refonte de la loi de 1905 qui garantit les libertés de tous, indépendamment des croyances intimes, et fonde plus que jamais notre République.
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C
Tu as presque tout dit ou tu as dit l'essentiel de ce qui est importan-t dans la Laïcité, à partir de là un immense travail reste à faire. Je crois qu'il ne sera accompli que lorsque sur le fronton de nos mairies sera gravé " LIBERTE - EGALITE - FRATERNITE - LAÏCITE "
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Un Peu Sur L'auteur ..

  • Aux pensées Citoyen !
  • Ancienne journaliste,  Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.
  • Ancienne journaliste, Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.