Chose promise chose due voici le second épisode de ma saga "laïcité". J'avais raison de penser que cela n'allait pas passionner les foules, juste quelques centaines de connections hier. Il faut dire qu'avec mes histoires de coucou j'ai explosé les audimats du net ! Mais chaque chose en son temps. Je vous raconterai d'autres histoires d'oiseaux ou comme me l'a suggéré un ami journaliste je vais essayer de vous réécrire les 4 Mousquetaires version Bassin où la devise serait "Tous contre Un et Un contre Tous ! " ou "Moi tout seul et au diable les autres". Mais on verra plus tard ... il faut savoir ménager le suspens. Donc nous revoilà sur la laïcité et j'ai essayé de la placer dans notre quotidien.
Elle n'était pas complète notre laïcité car elle ne s'est appliquée dans un premier temps qu'au citoyen et qu'en métropole. Passé revenu des colonies, les populations du cru n'avait pas la citoyenneté pleine et entière, comme en Algérie par exemple. Le droit qui s'appliquait faisait une large place aux coutumes locales des cultes, des structures religieuses et de leurs ministres. Je me souviens avoir entendu par des amis venant d'Alger que cela avait entrainé dans les années des accords d'Evian de vrais incompréhensions entre ceux qui arrivaient, et qui en Algérie pouvaient publiquement exercer leur religion, et ceux qui en France leur demandaient de respecter l’usage tacite de se fondre dans la population. L'histoire est bien un éternel recommencement !
La laïcité n'est pas parfaite et l'égalité n'est pas compléte. En effet le principe de laïcité dans l'éducation ne s'applique pas en Alsace et en Moselle, ni à Mayotte pour les principes du droit où la loi islamique, la charia, s’applique selon le minhadj et à Wallis et Futuna l'enseignement est concédé par l'État au diocèse catholique pour les écoles primaires. Voilà pour le passé et le présent. Quant au futur, au niveau Européen les tentatives d’inclusion de la notion de valeurs chrétiennes dans la Constitution européenne tendent à amorcer un mouvement qui trahit toujours cette même lutte d’influence. Ne l'oubliez pas lorsque vous vous demanderez le 7 juin prochain si la plage c'est pas mieux que le bureau de vote : votez pour les élections européennes le 7 juin 2009 c'est aussi choisir qu'elle place va prendre la laïcité et sa préservation dans l'Europe de demain !
Laïcité et état civil
Depuis 1792, le curé de la paroisse n'a plus la main mise sur l'état civil. Avant cette date vous le savez, la naissance, le baptême, le mariage et la mort se retrouvaient validés dans les grands registres de Monsieur le Curé. A partir de cette date c'est un nouvel officier qui prend la main, le maire de la commune. Tout cela passe avec armes et bagages dans le champ de la Res Publica sauf les baptêmes qui ne seront pas laïcisés et pour cause même si il en existe aujourd'hui des républicains. L'Etat civil est la partie la plus visible de l'icerberg de la laïcité au quotidien.
Laïcité et liberté
Autre domaine qui touche notre quotidien lorsque l'on parle de laïcité c'est celui de la liberté et plus particulièrement celle liée à l'expression et à l'oppinion. Grâce à elle chacun peut prétendre à pratiquer une religion comme il le veut ou à ne pas en avoir si cela le chante. La seule limite est une limite qui comme pour la liberté doit s'arrêter où celle des autres commence. Ce principe a ainsi pu permettre d'interdire que la sphère religieuse entre dans les recrutements. Elle implique aussi la neutralité de l'Etat et de la chose publique qui interdit aux fonctionnaires de porter des signes religieux dans le cadre de leur fonction. Bien évidement ce n'est pas une application exclusive du principe de laïcité. Il est aussi interdit de faire cas de l'origine ethnique, de la couleur de peau, de l'appartenance politique ou syndicale par exemple.
Au niveau collectif, le fait qu'une organisation soit ou non affiliée à une religion ne peut pas non plus entrer en considération : seules les activités cultuelles sont exclues, mais un club sportif dépendant d'une église peut obtenir des subventions aussi bien qu'un club laïc, dans la mesure où il est aussi à tous. De même, les écoles confessionnelles peuvent participer au "service public de l'éducation", l'Etat en paye alors les professeurs et les collectivités territoriales contribuent à leur bonne marche, ce qui implique notamment qu'elles respectent les programmes officiels, et qu'elle doivent accueillir, service public oblige, tous les élèves qui le souhaitent indépendamment de leur religion et sans prosélytisme dans le cadre des cours. Mais n'est ce pas un atteinte à la laïcité ? Je me souviens encore de la guerre des écoles !
La laïcité et l'école
C'est là que la sphère de la laïcité est la plus connue : l'école. L'enseignement de la foi ne fait pas partie du cursus des élèves. Mais au nom de la liberté il a été laissé une journée par semaine pour être justement libre de suivre un enseignement religieux. J'ai été durant mes années de primaire au catéchisme tous les mercredis matin à l'école libre Sainte-Marie de Créon avec un curé extraordinaire, le pére Chevalier, qui avait un véritable respect des autres. Dans les écoles il reste cependant impossible, ai-je pu lire, d'interrompre la classe pour une prière, d'exiger un menu spécifique à la cantine, ou de squatter la cour de récréation pour une messe. De même, les signes religieux "ostentatoires" sont interdits dans les écoles publiques. Vous voyez bien que la régle est là mais que dans la vie contemporaine la laïcité perd du champ, il suffit de se rappeler certains événements pour s'en rendre compte. Je considère que c'est une régretion et que ne pas la voir est républicainement suicidaire.
Condorcet, Hugo et Ferry, notamment, ont œuvré à la création d’une école laïque qui accueille tous les enfants, sans distinctions d’origine, de sexe ou d’option spirituelle de leurs parents avec une indépendance totale par rapport aux religions ou aux idéologies. C'est comme le titre de ces revues sur les étagères du bureau de mon pére : L'école libératrice ! Je reviendrai en détails sur ce duo école et laïcité dans un billet entièrement consacré à la question car il est à lui seul pour moi un réceptacle de toutes les tensions, de tous les combats et de beaucoup de questions.
Les femmes et la laïcité
Pour Condorcet les hommes ne peuvent être libres et égaux si la moitié du genre humain n’est pas libérée de ses entraves séculaires, ça c'est dit !. Pour Élisabeth Sledziewski, la Révolution est le moment historique de la découverte par la civilisation occidentale que les femmes peuvent avoir une place dans la cité, et non plus simplement dans l’ordre domestique. Et de deux ! Mme Vianès,auteur d’Un voile sur la République affirme que grâce à la laïcité, les femmes vont s’affranchir du poids des religions par les revendications de disposer librement de leur corps, de leur esprit et d’avoir la maîtrise de leur désir d’enfant. Et de trois ! Pour elle, La laïcité à la française offre la meilleure garantie d’égalité entre les deux sexes. Si ça c'est pas une application concrête de la laïcité dans le quotidien de la moitié de l'humanité je veux bien faire mon méa culpa !
En 1910, l’adultère est considéré comme un délit puni de prison pour les femmes et d’une simple amende pour un homme. Le devoir conjugal est pour les femmes une obligation, celle-ci ne sera abolie qu’en 1990. Il a fallu attendre 1965 pour que les femmes n’aient plus besoin de l’autorisation de leur mari pour choisir une profession, ouvrir un compte bancaire et avoir la pleine jouissance de leurs biens propres. L’égalité des époux est devenue effective grâce à la loi sur la nouvelle réforme des régimes matrimoniaux. La laïcité était passée par là. Pour moi, toutes ses inégalités étaient bien véhiculées par les religions et ceux qui les administraient. Que serait le statut de la femme occidentale sans la laïcité ? Posez vous la question de temps en temps et regardez le monde pour avoir la réponse !
Je pourrais en dire autant sur le droit de vote des femmes. "Les radicaux ont peur de nous" disait Hubertine Auclert. Ainsi, l’un d’eux, en séance au Sénat lui donnait raison "Les électeurs catholiques sont peut-être des enfants à genoux quand il s’agit du prêtre servant la religion, mais ils sont assez souvent des citoyens debout quand ils exercent leurs droits politiques. Pour les femmes, vous le savez bien, il en va tout autrement. Même quand elles sont assez peu catholiques, elles subissent l’influence du prêtre catholique." Mais n'imaginez pas que tout est réglé dans notre 21ième siécle. Je me souviens du rapport Stasi en 2003 et des menaces importantes qu'il montrait du doigt sur les libertés individuelles des femmes. Une jeune femme entendue à huis-clos par la commission dira ainsi que "la République ne protège plus ses enfants". Moi je rajoute qu'en perdant la laïcité elle pourrait continuer de plus belle si nous n'y prenons pas garde !
Laïcité et famille
Le modèle de la famille chrétienne n’est plus la norme légale aux yeux de la République laïque. Mais combien d'années a-t-il fallu pour les enfants nés hors mariage ne soient plus qualifiés de bâtards. N'oubliez pas que ce n'est qu'en 1987 que la Loi étend l’exercice de l’autorité parentale aux couples non mariés et aux couples divorcés et en 2001 qu'est supprimé la pénalisation des enfants adultérins dans les successions. En 2005, une ordonnance supprimera la distinction entre enfant légitime et enfant naturel, entérinant l’égalité entre les enfants quelle que soit leur mode de filiation, à la seule exception des filiations incestueuses. Si la laïcité n'était pas passée par là qu'en serait-il ?
Le cadre légal est la seule référence morale de la République et pour moi elle doit le rester parce que les Lois sont votées par le Peuple et pour le Peuple. Pourvu que ça dure ! Voilà la première partie des applications concrêtes de la laïcité dans notre vie quotidienne. J'en ai d'autres que ce soit dans le domaine de la santé, de la culture, des services publics, de l'école, de l'alimentation, de la génétique,etc. Je vous donne donc rendez vous pour un prochain épisode et j'attend vos commentaires et avis avec impatience.