19 juillet 2009
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En 2007, elle était finaliste du "Woman of the Year" d'Afrique du Sud dans la catégorie Education. En 2000, elle a fondé "The Valued Citizens Initiative" une ONG qui travaille sur les valeurs de la Constitution Sud Africaine dans plus de 1 000 écoles impliquant plus de 300 000 enseignants. Elle vient de recevoir l'Ordre national du Mérite pour les actions qu'elle mène sur la terre de Madiba.
Ce petit bout de femme increvable est ma meilleure amie. Nous nous sommes un jour assises à la terrasse d'un café bordelais et nous ne nous sommes plus jamais quittées. Nous avons vécu ensemble les coups durs, les bonheurs, les peurs de la vie, moi ici et elle là bas au pays de Mandéla. j'ai encore dans la tête le jour de son départ en 1999. Elle avait mis sa vie dans un conteneur et elle est partie persuadée d'avoir trouvé la voie à suivre. Elle a eu raison.
Au delà des clichés d'agences de voyages, des Big Five et autres images sur papier glacé, le quotidien d'Afrique du Sud est loin d'être celui là. Avant 1994, les tribunaux étaient trop occupés à faire appliquer les lois de l’apartheid. On n’en parlait pas, c’est tout. La violence est un quotidien en Afrique du Sud. Je crois que c'est là-bas que j'ai eu peur, une vraie peur, pour la première fois. Pauvreté, promiscuité, alcoolisme, mais aussi un héritage historique qui pèse encore trop lourd.
Sous l’apartheid, les familles étaient disloquées. Les hommes partaient travailler dans les fermes, dans les mines, à la ville. Les femmes, souvent, ne les accompagnaient pas ou alors étaient domestiques, contraintes de vivre seules dans les maid quarters, les chambres de bonne des foyers blancs.
"Pendant des années, on a fait croire aux Noirs qu’ils n’étaient rien et même moins que rien. Ces hommes-là ont perdu toute estime d’eux-mêmes" m'avait expliquait Carole. Et c'est ça qui l'avait poussé à imaginer "Valued Citizens", rendre l'estime de soit aux enfants pour qu'adultes ils puissent en se respectant eux même respecter les autres. Le sexe et la violence sont devenus la seule forme visible de pouvoir. J'ai entendu ces histoires lorsque j'accompagnais Carole dans les cours de formation des enseignants de Valued. J'ai vu ces regards de femmes qui racontaient leur dépendance à l'alcool, leur désespoir à ne pas arriver à combattre la violence qui se portait sur les enfants, leur espoir de sortir de tout cela.
Et si il n'y avait que ça : le mythe selon lequel avoir une relation avec une vierge peut guérir du sida est encore vivace. Selon l’enquête menée par CIET auprès de 250 000 jeunes comme le relate cet article du Monde en 2006 : 12,7 % d’entre eux croient à cette fable antisida. Aussi grave peut-être, 32 % des moins de 19 ans estiment qu’une relation sexuelle contrainte avec un proche n’est pas un viol. Et, pour 25 % des garçons, une fille qui dit "non" pense "oui".
Je me souviens de ma première visite avec Carole, elle me racontait "qu'il n’y avait pas d’éducation sexuelle. Ni par les parents, pour lesquels le sujet reste tabou, ni à l’école, les enseignants hésitant eux aussi à parler de sexe."
Son combat est là, enseigner, partager, construire, rendre la dignité, rendre le respect.
J'ai appris là-bas à remettre les choses à leur juste place et ne pas m'encombrer la vie. A mi-chemin de Johannesburg et de Soweto, sur la voie rapide qui relie la ville géante et sa township emblématique, se trouve le musée de l’Apartheid. Au milieu de rien et au centre de tout, où « Liberté » et « Respect » sont gravés dans le ciel sud-africain.
« White » ou « Non-White » et « Non-White », il faut prendre le couloir fléché entouré de grilles métalliques. J'ai plongé dans la violence : la ségrégation, les discours racistes, le soulèvement populaire, la répression des foules, la torture, les témoignages des prisonniers, le Casspir, ce terrible camion blindé qui patrouillait dans les townships, cent vingt et une cordes descendant du plafond pour représenter les militants « suicidés » par la police. J'ai été écrasée, j'ai eu honte ce jour là d'être blanche, d'être européenne, de n'avoir rien fait de plus. J'ai pris en pleine face des émotions violentes, la peur, le dégoût, et la nécessaire identification aux héros de la lutte et l'espoir du soulagement d’un dénouement heureux et moral.
J'ai eu ce jour là la conscience du combat de Carole et j'ai depuis essayé de l'aider comme je pouvais pour que cet espoir que j'avais vu dans les yeux des enfants de Valued demeure autre chose qu'un rêve. Dans un mois je serais, si tout va bien, à nouveau avec elle. Je sais que l'Afrique du Sud a changé depuis mon dernier voyage et je sais que ce n'est pas forcément mieux. Comme je voudrai encore trouver cet espoir dans les yeux des enfants !
Sous l’apartheid, les familles étaient disloquées. Les hommes partaient travailler dans les fermes, dans les mines, à la ville. Les femmes, souvent, ne les accompagnaient pas ou alors étaient domestiques, contraintes de vivre seules dans les maid quarters, les chambres de bonne des foyers blancs.
"Pendant des années, on a fait croire aux Noirs qu’ils n’étaient rien et même moins que rien. Ces hommes-là ont perdu toute estime d’eux-mêmes" m'avait expliquait Carole. Et c'est ça qui l'avait poussé à imaginer "Valued Citizens", rendre l'estime de soit aux enfants pour qu'adultes ils puissent en se respectant eux même respecter les autres. Le sexe et la violence sont devenus la seule forme visible de pouvoir. J'ai entendu ces histoires lorsque j'accompagnais Carole dans les cours de formation des enseignants de Valued. J'ai vu ces regards de femmes qui racontaient leur dépendance à l'alcool, leur désespoir à ne pas arriver à combattre la violence qui se portait sur les enfants, leur espoir de sortir de tout cela.
Et si il n'y avait que ça : le mythe selon lequel avoir une relation avec une vierge peut guérir du sida est encore vivace. Selon l’enquête menée par CIET auprès de 250 000 jeunes comme le relate cet article du Monde en 2006 : 12,7 % d’entre eux croient à cette fable antisida. Aussi grave peut-être, 32 % des moins de 19 ans estiment qu’une relation sexuelle contrainte avec un proche n’est pas un viol. Et, pour 25 % des garçons, une fille qui dit "non" pense "oui".
Je me souviens de ma première visite avec Carole, elle me racontait "qu'il n’y avait pas d’éducation sexuelle. Ni par les parents, pour lesquels le sujet reste tabou, ni à l’école, les enseignants hésitant eux aussi à parler de sexe."
Son combat est là, enseigner, partager, construire, rendre la dignité, rendre le respect.
J'ai appris là-bas à remettre les choses à leur juste place et ne pas m'encombrer la vie. A mi-chemin de Johannesburg et de Soweto, sur la voie rapide qui relie la ville géante et sa township emblématique, se trouve le musée de l’Apartheid. Au milieu de rien et au centre de tout, où « Liberté » et « Respect » sont gravés dans le ciel sud-africain.
« White » ou « Non-White » et « Non-White », il faut prendre le couloir fléché entouré de grilles métalliques. J'ai plongé dans la violence : la ségrégation, les discours racistes, le soulèvement populaire, la répression des foules, la torture, les témoignages des prisonniers, le Casspir, ce terrible camion blindé qui patrouillait dans les townships, cent vingt et une cordes descendant du plafond pour représenter les militants « suicidés » par la police. J'ai été écrasée, j'ai eu honte ce jour là d'être blanche, d'être européenne, de n'avoir rien fait de plus. J'ai pris en pleine face des émotions violentes, la peur, le dégoût, et la nécessaire identification aux héros de la lutte et l'espoir du soulagement d’un dénouement heureux et moral.
J'ai eu ce jour là la conscience du combat de Carole et j'ai depuis essayé de l'aider comme je pouvais pour que cet espoir que j'avais vu dans les yeux des enfants de Valued demeure autre chose qu'un rêve. Dans un mois je serais, si tout va bien, à nouveau avec elle. Je sais que l'Afrique du Sud a changé depuis mon dernier voyage et je sais que ce n'est pas forcément mieux. Comme je voudrai encore trouver cet espoir dans les yeux des enfants !
Published by Marie-Christine Darmian-Gautron
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dans
Valued Citizens Initiative
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