1 août 2009
6
01
/08
/août
/2009
11:04
Innommable ... il est impossible d'arriver à trouver les mots et les dire, mais il faut dénoncer et écrire. Jaurés écrivait que le courage n'était pas tant de trouver la vérité mais le courage était de la dire. Mais parfois, la vérité est l'évidence d'une horreur qui vous incite à la haine, une haine sourde et violente.Fabienne Pompey dans un article paru dans Le Monde le 23 avril 2006 écrivait que "selon les estimations de l’association Childline, une fille sur trois et un garçon sur cinq sont victimes de viols ou d’attouchements avant l’âge de 18 ans en Afrique du Sud."
Une phrase que l'on lit sans se rendre compte parce que l'humain est comme ça : tant que cela ne vous touche pas on est horrifié mais c'est tout. Et la vie continue.
Tschepang ... espoir en zoulou, et déjà l'Afrique du Sud "découvre" l'ampleur de ce drame qui ronge ce pays : la "liste de l’horreur" peut être faite et refaite chaque mois, au hasard des faits divers rapportés par la presse. La police sud-africaine reçoit chaque année des milliers de plainte pour viol, dont plus du tiers concernent des mineurs, soit plus de 50 viols d’enfants par jour. Mais les associations qui luttent pour les droits des femmes estiment qu’un viol sur neuf seulement est rapporté à la police.
Carole, ma meilleure amie, directrice de Valued Citizen, une ONG qui enseigne les droits civiques aux enfants des écoles défavorisées depuis près de 10 ans n'avait jamais imaginé que ce fléau toucherait ce que nous avons de plus cher, une petite étoile de 4 ans et demi qui nous montre aujourd'hui la force qui l'anime. Et là, la réalité, l'innommable, vous rattrapent et vous clouent au sol, privé d'air. La Loi du Talion entre en vous et s'immisce en vous sournoisement. Pourtant la petite étoile continue de briller, plus fort encore, pour nous montrer le chemin à prendre.
En juin dernier Paul Anstiss, de Radio Nederland posait sur la toile ces mots. Il disait que selon une étude faite par le Conseil médical de recherche d’Afrique du Sud, un homme du pays sur quatre aurait admis avoir commis un viol au moins une fois dans sa vie. Sur 1.700 hommes qui ont été interrogés, 28% ont admis avoir violé une femme ou une jeune fille, et 3% ont affirmé avoir violé un homme ou un garçon. Parmi ceux qui ont reconnu avoir commis des viols, près de la moitié ont dit l’avoir fait plus d’une fois. Le Professeur Rachel Jewkes, qui a supervisé cette enquête, déclarait qu'il y a des idées prédominantes sur la masculinité en Afrique du Sud, basées sur l’idée que les hommes devraient avoir le contrôle sur les femmes et que les hommes ont une position hiérarchique supérieure aux femmes.
Cette conception permet aux hommes de faire ce qu’ils veulent avec les femmes, y compris les forcer à avoir du sexe dès qu’ils en ont l’occasion et au delà les enfants sont aussi des proies plus faciles. C'est l'Afrique dirait vous ! Je l'ai entendu cette accusation avec un relan de vomissure raciste. Mais qui que ce soit, blanc, rouge, noir ou jaune, le viol est un crime innommable dont l'horreur n'a pas de couleur, ni de nationalité, ni de classe sociale.
Les mots s'égrainent et l'analyse de la réalité est cruelle. Là-bas, loin de moi, une petite étoile lutte pour oublier, une maman lutte pour soigner la blessure d'une enfance souillée. Là-bas, loin de nous, la réalité n'a pas encore de visage, le crime n'a pas d'auteur, la vérité est enfouie encore dans les yeux d'une petite étoile. Là-bas, loin du monde bien rangé, des milliers de petites étoiles luttent pour retrouver la vie et elles rejoignent dans un même combat celles d'ici parce que l'innommable n'a pas de pays !