C'était il y a 15 ans, je venais de prendre mes fonctions d'attachée de presse de Philippe Madrelle, le Président du Conseil Général de la Gironde. Il faisait beau et nous étions en train d'inaugurer avec Gilles Savary la résidence de l'EUROPE rue Carpenteyre à Bordeaux.
A un moment donné dans la visite avec la presse, Alain Bauderon de Witt FM tend le micro à Philippe Madrelle en lui disant "Président, François Mitterrand vient de mourir on peut avoir un réaction ?"
Il était tôt ... J'ai le souvenir d'avoir vu mon patron accuser le coup et rentrer dans ce silence qu'il manie si bien. Madrelle est un homme qui parle les silences et ce jour là il avait le silence profond.
Revenu très vite à la voiture, il a pris son téléphone et je me souviens qu'il a téléphoné à Pierre Garmendia, le complice de toujours. Ils ont parlé longtemps à voix basse comme pour ne pas bousculer les souvenirs. Nous sommes rentrés au Conseil Général sans un mot. J'avais le sentiment d'avoir perdu quelque chose qui faisait le ciment d'une partie de ma vie. Je n'osais pas pleurer mais les larmes étaient bien là. J'avais pris mes nouvelles fonctions, le Président Mitterrand serait inhumé quelques jours après, le jour où nous avions fixé les voeux à la presse du Président Madrelle et nous devions tout annuler. Le cours des choses devait continuer. Je me souviens d'avoir poussé la porte de mon Directeur de Cabinet, Christian Laurissergues et de lui avoir demandé qu'il me parle de Mitterrand. Il m'a raconté et m'a montré comme souvent avec les mots justes ce que je devais retenir et comment agir.
Le soir nous nous sommes retrouvés près de la place Pey Berland à Bordeaux et je me souviens des mots que j'avais dit à Benoît Lasserre de Sud-Ouest en réponse à sa question "qu'est ce que tu éprouves ? " : "J'ai l'impression de marcher à coté de mes pompes depuis ce matin, j'ai perdu le fil du temps, je me sens orpheline. "
J'ai jamais perdu ce sentiment depuis ce jour là. François Mitterrand n'était pas un homme parfait, il a fait des choses que je n'ai pas aimé, que je n'ai pas comprises, que j'ai combattu mais il demeure pour moi le creuset de mon engagement, celui qui encore aujourd'hui me manque dans mes combats militants. J'ai la chance d'avoir croisé et travaillé avec des hommes et des femmes qui portent ses valeurs et sa lucidité mais parfois le vide qu'a laissé Mitterrand pour la Gauche reste bel et bien ouvert.
Grâce à ce blog et un article que j'ai écrit en mai 2009, j'ai été contactée par les équipes de Marie Drucker et de "C'est notre histoire" qui diffusera dimanche 9 janvier à 20h30 sur France 5 une émission consacrée au 10 mai 1981. Je n'ai rien oublié de ce jour là et il a été sans aucun doute le commencement de mon engagement qui s'est concrétisé par mon adhésion au Parti Socialiste il y a plus de 20 ans.
Certains jours je doute mais je fini par revenir sur ces paroles de Mitterrand qui sont toujours d'une cruelle actualité et ça me guide encore : " Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment Liberté Egalité Fraternité, aucun volontaire n'est de trop. "