J’ai toujours sur les mains la terre qui porte mes racines. Cette terre dont nous sommes tous issus et où nous retournerons le plus sûrement du monde. Même virtuelle, la terre sur mes mains m’a toujours rassurée, porteuse de joies et de souvenirs. Je suis petite fille de paysan, élevée dans les vignes, les ruisseaux et la terre nourricière de mes racines.
Comme ces tournesols qui cherchent et se tournent vers la lumière j’ai constamment cherché la terre, pour retrouver la trace de mes racines. Ce qui m’a émue lorsque je suis arrivée à La Teste et sur la Petite Mer de Buch c’est que cette terre était là, qu’elle était certes aussi liquide mais bien là et porteuse des mêmes valeurs que celle qui nourrie les vignes et les chênes de mon Entre-Deux-Mers natal.
Les racines et la terre qui les porte, sont pour moi l’essence même de la construction de la vie. L’été arrive il pointe ses blés et je sais que c’est l’heure. Comment peut on se construire sans avoir conscience de ses racines ? Comment peut-on créer un homme ou une femme libre sans lui demander de chercher au plus profond de lui-même les sources mêmes de son épanouissement et de sa survie. Un arbre sans racine ça n’existe pas, un arbre dont on coupe les racines meurt forcément un jour ou l’autre !
Les racines sont les fondements de l’humanité. Les dictateurs, les colonialistes de tous les âges ont consciencieusement fait en sorte que l’histoire disparaisse dans les enseignements. Privés des racines de leur humanité, les peuples ainsi asservis à un mode de pensée dominant n’avaient plus la possibilité de s’ouvrir à l’esprit critique.
"Il faut cultiver notre jardin" faisait dire Voltaire à Candide. Etre ne veut il pas dire que nous devons nous occuper des choses que l'on peut changer et améliorer. En d'autres termes, cela signifie qu'il faut s'appliquer à faire évoluer la société et à la rendre meilleure. C’est là que je puise depuis bien longtemps la force de mon engagement. Mes racines m’ont construites en tant que femme, aujourd’hui elles m’ancrent.
J’avais envie de vous livrer ces mots tout simplement parce que ce matin en lisant comme à mon habitude ma revue de presse j’ai eu un doute et surtout honte : est ce que ça vaut encore la peine ? Oui tant qu’il y aura des hommes et des femmes capables de se révolter contre l’inéluctable. Mais jusqu’à quand ?
La mascarade à laquelle on assiste aujourd'hui entre l'audition des guignols du foot à l'Assemblée, l'affaire Bettencourt - Woerth, les dérives budgétaires, la casse de valeurs de notre République, la mise à mort de la solidarité, la destruction des liens sociaux, celle des services publics, les dérives de France Inter et j'en passe ... me fait mal à ma France. Le grain n'est pas prêt de devenir semence !
« Le grain mis en terre change de nom, il devient semence. Semence, il devient vivant, à l’encontre du grain engrangé qui est un grain mort. Semence, il est puissance, puissance qui peut être convertie en acte. »