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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 10:58

L’arrivée du 15 août fait comme chaque année revenir les souvenirs du plus profond de mon enfance. Au-delà des retrouvailles mariales, que j’ai savamment cultivé lors de mes années de catéchisme créonnais avec le Père Chevalier, ce jour férié a le goût de la fête, celle du village de Vayres à coté de Libourne.

Mes grands-parents maternels Gisèle et Henri Gautron, vivaient à Senau, petit hameau à l’écart de Vayres, traversé par la redoutable RN 89 devenue aujourd’hui un long ruban d’asphalte sans âme. Ce petit hameau a été durant toute ma vie d’enfant, d’adolescent et d’adulte, le terrain de la tendresse, le creuset de mon enfance et le refuge des jours difficiles.

La bâtisse familiale, ferme domaniale où les poules, canards, lapins, flirtaient avec le potager et les vignes était le lieu de nos vacances aoûtiennes. Vivaient là, à ma naissance, mes arrières grands-parents, Germaine et Pierre Lichau, revenus au pays, laissant à la Garenne Colombe, le travail de Taxi et celui de femme de chambre, Henri mon grand-père qui rentrait chaque soir de chez Lissac depuis Bordeaux par le Citram, Giséle, ma grand-mère qui gérait la maisonnée avec tendresse et fermeté, mon autre arrière grand-mère Jeanne Gautron, petite femme toute de noir vêtue portant le menton haut comme les femmes des maîtres du domaine et les petits derniers de la fratrie maternelle encore dans les jupons de maman, mes oncles Robert et Jean-Pierre, mes tantes Isabelle et Germaine.

C’est là, entourée de tout ce petit monde que j’ai mené les premiers pas de ma vie, ma mère finissant son Ecole Normale et mon père s’essayant déjà au tableau noir de ses nuits blanches d’homme engagé. Ces années là j’en garde une trace indélébile, comme ci, Senau avait marqué ma vie et préparé l’enfant que j’étais à aimer les bonheurs simples des jours sans taches. C’est ainsi que j’ai passé, entre autres, la quasi-totalité de mes mois d’août à Vayres et que le point d’orgue de ses vacances restait les Fêtes du 15 août.

C’était immanquable, et la journée était réglée comme les partitions de musiques que grand-père Henri préparait durant des semaines pour la messe au Château. Ce jour là, en rechignant un peu, nous nous levions quasiment à l’aube. La petite tribu des cousins et cousines arrivée des quatre coins de France avait ce jour là messe obligatoire. Et quelle messe ! Chaque 15 août, mon grand-père qui faisait ça chaque dimanche à la paroisse, préparait les chants de la messe mariale qui fête oblige se tenait en plein air sur le monumental escalier du Château de Vayres, face à la Dordogne, bercé par la brise estivale passant dans les charmilles et les jardins à la française. Nous, nous n’avions qu’une solution, être prêts à 9h30 tapante pour monter dans la R14 blanche.

Nous avions le droit ce jour là d’enfiler nos robes confectionnées en Liberty par mamie germaine, nos petits gilets brodés assortis tricotés par mamie Gisèle, les terribles souliers «Mod’8» vernis et surtout les merveilleuses socquettes en dentelle blanche qui montaient jusqu’au genou. Pour peu que maman ou les taties aient eu le temps nous avions droit aux anglaises et nous étions donc comme les images d’Epinal, de véritables petites filles modèles que la Comtesse de Ségur n’aurait pas hésité à mettre en scène dans ses histoires. Ainsi prêts, nous prenions le chemin du village et nous avions juste qu’un espoir … que la messe ne dure pas éternellement et que les grands tiennent leur promesse de tour de manége à la fin.

Ce rituel marial terminé, quelques tours de manège plus loin, nous revenions tous à Senau où nous attendait la longue table dans la fraîcheur de la salle à manger parée de ses habits de fête. Commençait alors comme pour les fêtes de Noël, le repas interminable, la succession des plats avec les gigots d’agneau et les haricots aux lards, les rires, les moqueries, les blagues et les délicieuses tartes aux pommes de mon arrière grand-mère. Nous, nous avions notre table en cuisine ce qui nous donnait la grande liberté de la quitter sur la pointe des pieds sans avoir à subir les foudres des parents. Très vite nous partions jouer dans le jardin, retrouvant nos cabanes, les foins, la grange et le hangar.

Si le soleil avait tapé, nous avions même le droit de nous baigner dans la grande baignoire en zinc qui trônait dans la cour et qui était pour nous beaucoup plus belle que toutes les piscines des grandes villas de Saint-Tropez. Nous finissions l’après-midi ainsi, installés en étoiles, sur l’herbe à l’ombre des acacias, des marronniers ou du noisetier, une tranche de pain au beurre couverte de chocolat en poudre ou de confiture de prunes, le nez au vent rêvant de princes ou de princesses. Le plus souvent cette installation estivale, d’un languissant bonheur, me rappelait les lapins du Moulin de Maitre Cornille, le jour de l’installation de Daudet, ces Lettres de Mon Moulin que j’ai tant lu et relu dans mon enfance.

La journée se finissait en chuchotement de secrets d’enfants qui restent encore j’en suis certaine pris dans les branches des peupliers du jardin pour faire briller les 15 août d’aujourd’hui. Le frémissement du soir, accompagné de cliquetis des fourneaux qui prépare la soupe, nous ramenait doucement à la promesse d’une soirée d’étoiles. La fête allait se poursuivre et nous savions qu’elle aurait forcément le goût magique de l’exceptionnel puisque le soir du 15 août c’était feu d’artifices au Château de Vayres.


Là encore le départ était minuté mais nous avions oubliés les contraintes du matin. Toute la famille partait pour rejoindre les jardins du Château de Vayres et s’installer sur les talus sous la terrasse face à la Dordogne. Si nous avions été sage, et moi ce n’était pas souvent, nous avions le droit d’accompagner grand-père et mamie qui rejoignaient la Famille Barde sur la terrasse du Château. Le plus souvent je restais posé sur l’herbe, ma veste sous les fesses, les yeux rivés aux étoiles, celles du ciel et celles des artificiers. Le spectacle était toujours merveilleux, aussi beau pour mes yeux d’enfants que les Grandes Eaux de Versailles, ces soirs là j’avais l’âme d’une reine puisque le ciel jouait rien que pour moi. Le retour se faisait en silence le long de l’allée du Château, il durait souvent près d’une heure tant il y avait de monde. La tête pleine d’étoiles, je prenais la main de mon grand-père pour ne pas me perdre dans la cohue.

La tranquille maison de maître reprenait vie au fur et à mesure que la tribu rentrait à la nuit noire. Nous cherchions encore à grappiller quelques minutes avant de monter dans les chambres et rêver que le 15 août c’était tous les ans …

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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 11:04
Innommable ... il est impossible d'arriver à trouver les mots et les dire, mais il faut dénoncer et écrire. Jaurés écrivait que le courage n'était pas tant de trouver la vérité mais le courage était de la dire. Mais parfois, la vérité est l'évidence d'une horreur qui vous incite à la haine, une haine sourde et violente.

Fabienne Pompey 
dans un article paru dans Le Monde le 23 avril 2006 écrivait que "selon les estimations de l’association Childline, une fille sur trois et un garçon sur cinq sont victimes de viols ou d’attouchements avant l’âge de 18 ans en Afrique du Sud."

Une phrase que l'on lit sans se rendre compte parce que l'humain est comme ça : tant que cela ne vous touche pas on est horrifié mais c'est tout. Et la vie continue.


Tschepang ... espoir en zoulou, et déjà l'Afrique du Sud "découvre" l'ampleur de ce drame qui ronge ce pays :
 la "liste de l’horreur" peut être faite et refaite chaque mois, au hasard des faits divers rapportés par la presse. La police sud-africaine reçoit chaque année des milliers de plainte pour viol, dont plus du tiers concernent des mineurs, soit plus de 50 viols d’enfants par jour. Mais les associations qui luttent pour les droits des femmes estiment qu’un viol sur neuf seulement est rapporté à la police.  

Carole, ma meilleure amie, directrice de Valued Citizen, une ONG qui enseigne les droits civiques aux enfants des écoles défavorisées depuis près de 10 ans n'avait jamais imaginé que ce fléau toucherait ce que nous avons de plus cher, une petite étoile de 4 ans et demi qui nous montre aujourd'hui la force qui l'anime. Et là, la réalité, l'innommable, vous rattrapent et vous clouent au sol, privé d'air. La Loi du Talion entre en vous et s'immisce en vous sournoisement. Pourtant la petite étoile continue de briller, plus fort encore, pour nous montrer le chemin à prendre. 

En juin dernier Paul Anstiss, de Radio Nederland posait sur la toile ces mots. Il disait que selon une étude faite par le Conseil médical de recherche d’Afrique du Sud, un homme du pays sur quatre aurait admis avoir commis un viol au moins une fois dans sa vie. Sur 1.700 hommes qui ont été interrogés, 28% ont admis avoir violé une femme ou une jeune fille, et 3% ont affirmé avoir violé un homme ou un garçon. Parmi ceux qui ont reconnu avoir commis des viols, près de la moitié ont dit l’avoir fait plus d’une fois. 
Le Professeur Rachel Jewkes, qui a supervisé cette enquête, déclarait qu'il y a des idées prédominantes sur la masculinité en Afrique du Sud, basées sur l’idée que les hommes devraient avoir le contrôle sur les femmes et que les hommes ont une position hiérarchique supérieure aux femmes.

Cette conception permet aux hommes de faire ce qu’ils veulent avec les femmes, y compris les forcer à avoir du sexe dès qu’ils en ont l’occasion et au delà les enfants sont aussi des proies plus faciles. C'est l'Afrique dirait vous ! Je l'ai entendu cette accusation avec un relan de vomissure raciste. Mais qui que ce soit, blanc, rouge, noir ou jaune, le viol est un crime innommable dont l'horreur n'a pas de couleur, ni de nationalité, ni de classe sociale. 
 
Les mots s'égrainent et l'analyse de la réalité est cruelle. Là-bas, loin de moi, une petite étoile lutte pour oublier, une maman lutte pour soigner la blessure d'une enfance souillée. Là-bas, loin de nous, la réalité n'a pas encore de visage, le crime n'a pas d'auteur, la vérité est enfouie encore dans les yeux d'une petite étoile. Là-bas, loin du monde bien rangé, des milliers de petites étoiles luttent pour retrouver la vie et elles rejoignent dans un même combat celles d'ici parce que l'innommable n'a pas de pays ! 

 

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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 06:00

Je ne sais comment vous décrire les quatre jours que nous avons passé en Italie en famille. J'ai relu ce matin le billet du blog de mon père qui parlait d'Europe et je me suis dit  que seuls ceux qui le connaissent vraiment comprendront à quel point ce voyage était important. Je voudrais vous faire toucher du doigt la douceur de ces quatres jours, leur amertume aussi, leur humanité tout simplement.

Je crois que c'est devenu une plaisanterie transfrontalière et familiale mais il faut d'abord vous dire que ces quatre jours auront été culinaires ... A ce propos je vous invite à nous rejoindre samedi 16 mai prochain à la Maison des 5 Sens dans le Quartier de Saint Augustin, je vais livrer la recette des pâtes de mon grand-père et apprendre, à ceux qui le voudront, à les faire. Un manière de raconter avec les mains ce voyage du retour aux sources.

Si vous pouviez imaginer le menu du repas familial vous verriez à quel point je suis en deça de la réalité. Imaginez Jésuine se levant à l'aube pour faire un gâteau sublime de 2 mètres de long où se mélange la créme, les fraises, le kiwi, l'ananas et les mures. Et si elle s'en était tenue qu'à ça ... mais non il y a la pasta frola avec le chocolat, les confitures, les pommes, la créme au café, les poires ... Un table de 3 métres couverte de gâteaux maison fait par les femmes de la famille... Et avant ? et bien les fruits ... et avant ? ... et bien la meule de Parmigiano, la Grana, le Gorgonzola.

Sur les tables le pain, le vin, l'aqua frizzante, naturale, et arrivent les plats, primo : risotto con salsiccia ; Sicondi : noce di vitello con insalata et spiedini al forno con patatine, et avant les pâtes ... oh juste avec du Zumo di pomodori ... oui juste un peu de sauce tomate ... Et c'étaient des mezze penne.  Et avant ? et bien avant c'étaient les antipasti aux noms plein de soleil : grana, salame, pancetta, prosciutto crudo, proscuito cotto, mozzarelline con pomodori, bresaola, insalata di pollo, nervettu, insalata du mare, insalata russa ...

C'était le déjeuner Darmian du 1er Mai ... un pranzo ! Et quel déjeuner ! Trois tablées avec quatre générations de Darmian venant tous d'un grand père au prénom de pirate :  "Barbarossa" Darmian. Lorsque je regarde les cheveux d'or de ma soeur, ceux de la petite Indira je me dis que ce grand-père d'un autre siècle, nous a laissé quelques gènes de ce blond vénitien qui fait rêver les peintres. Quatre enfants : Antenore l'ainé, puis un fils dont on a perdu le nom, Giovanna et Antonio, le petit dernier. Antenore c'est ma branche à moi, celle à l'ombre de laquelle a poussé ma famille, celle qui a franchi les Alpes pour venir faire des racines en France.

Sur l'arbre généalogique qui couvre le mur je retrouve les noms de ceux qui sont là, je pense à ceux qui n'y seront plus. Je regarde cette famille bruyante, riante, heureuse d'être ensemble, je cherche pour mettre des visages sur les noms. Parlons en des visages ! Ceux de Benito, Carlo, Bruno, Maria Pierina, Maria Dominica, Stella Luisa, Carla Rosana, cette branche des Darmian retrouvée au hasard d'un clic sur internet, quelle ressemblance avec mon grand-père, sa soeur et son frère. Et si il n'y avait que ses bouches, ses yeux qui se ressemblent mais il y a aussi  les gestes, les voix, les paroles, les mots. Je ris toute seule en les voyant faire et je ne peut retenir une larme, souvenir pour ceux qui manquent et bonheur de ceux qui sont là.

Je vois avec tendresse les petits qui jouent dans le jardin. Il n'y a plus de barrière ! Léa m'a dit le jeudi soir de notre arrivée "Tatie j'ai un probléme je comprend rien de ce qu'ils me disent". Là je la regarde et elle n'a plus de problème du tout, avec les mains, les yeux, elle parle, elle baragouine et basta ! Pourvu qu'elle se souvienne de ce voyage. Pourvu qu'elle se rappelle comme moi 30 ans après je me souviens du premier comme si c'était hier. Moi qui n'ai jamais étudié l'italien à l'école, je le parle, je le pense comme si cette terre avait collé aux souliers de mon enfance pour m'apprendre.

A chaque fois que je vais en Italie, au retour, je laisse là-bas un peu de mon âme. Ce soir lorsque je vais retrouver La Teste de Buch, je vais aller voir le soleil jouer avec les ombres du port. J'imaginerai nonno Silvio son arcodéon à la main accompagnant sa petite soeur Térésina qui chantait, tandis que Nello tenait le sac pour que les gens du village y verse une mesure de farine pour les remercier d'avoir chanter les airs à Noël. J'entendrai alors sans doute encore les chants de ce voyage entonnés en famille à la fin du repas : " Vola colomba bianca, vola, Diglielo tu che tornero, Diglielo tu che tornero ..."

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 20:32
Je me souviens d'avoir pleurer dans l'avion qui me conduisait à Malpensa. En 1998, je retournais en Italie après de nombreuses années sans y avoir été. Quelques jours avant j'étais arrivée à Sadirac chez nonno mon grand père et je lui avais dit : "Grand-père tu voudrais bien téléphoner en Italie je voudrais y aller". 


Il n'avait rien dit mais il s'était levé de son fauteuil dans la véranda et avait pris le téléphone. En quelques minutes il avait téléphoné à Angelo son cousin germain en lui demandant si je pouvais venir. Il avait passé juste quelques minutes au téléphone mais il venait de me redonner un petit bout de l'arbre dont je n'étais qu'une petite feuille au vent. 

Je me souviens d'avoir pleurer dans l'avion qui me conduisait à Malpensa. Je cherchais du regard, ma valise à la main, des yeux que je n'avais pas vu depuis ma plus tendre enfance. Lorsque Angelo et Térésine m'ont serré dans leurs bras je savais que je venais de rentrer chez moi comme après un long voyage. Cette année là je me suis promis que plus jamais je resterais loin de mes racines, loin de cette terre qui avait fait grandir ma famille. Les années qui ont suivi je suis retournée souvent en Italie créant des liens avec mes cousins et cousines, avec ceux de mon âge comme disait nonno.  

Je me souviens d'avoir pleurer dans l'avion qui me conduisait à Malpensa. De loin en loin j'ai dessiné les fleurs, les feuilles, les branches, le tronc, les racines de cet arbre qui a poussé à Santo Stéfano de Ziméla. J'ai trouvé les photos, les bribes de souvenirs de nonno, de claire sa soeur et de mario son frère. J'ai posé des questions, écrit des pages et des pages sur les histoires que me racontaient les uns et les autres. Je voulais garder une trace. J'ai pris mes souvenirs et j'ai reconstruit les paroles et elles se sont inscrites dans mon coeur et dans ma tête comme si elles n'en étaient jamais parties. 

Je me souviens d'avoir pleurer dans l'avion qui me conduisait à Malpensa. J'ai appris que le lien était invisible mais qu'il était là et qu'il était plus fort que tout. J'ai trouvé dans les yeux de mon grand-père les réponses à beaucoup de mes questions et ça a forgé ma vie. Nonno est mort en janvier 2008. Il m'a laissé en héritage un petit peu de terre dans le creux de la main, une terre qu'il a toujours eu dans le coeur mélangée avec celle de France.

Le soir où nous lui avons dit adieu pour toujours, dans un regard et un sourire autour d'une table familiale, sans se dire un mot, nous avons décidé de revenir en Italie tous ensemble. Autour de la table il y avait les fleurs, les feuilles, les branches de l'arbre et le vent a porté nos pensées au delà des sommets enneigés des Alpes. Nous avons tous ensemble rêvé à un voyage. Et demain nous partons. 

Demain soir nous serons en famille en Italie, avec les petits pour que dans longtemps ils se souviennent. Demain soir j'irais porter un peu de la terre de Sadirac dans le jardin et je la mélangerai avec celle d'Italie. Demain soir et durant quatre jours nous allons remélanger les terres pour que l'arbre grandisse encore. Et j'espère que dans longtemps lorsque le temps aura passé, les petits devenus grands se souviendront de ce voyage comme je me souviens des miens la main glissée dans celle de mon grand-père. 

Un arbre sans racine ça n'existe pas, un arbre dont on coupe les racines ça fini par mourir. Demain je sais que mon coeur va se serrer lorsque l'avion qui me conduit en Italie va survoler la plaine du Po. Mais le bonheur est simple, il suffit de savoir le faire pousser. Je mesure la chance que j'ai d'avoir connu et de connaître des jardiniers pour me montrer comment on fait.  
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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 06:26

Le paysage défile sous mes yeux. Il est 6h40 est le jour n'a pas encore montré sa clarté. Dans le train qui me mène à Bordeaux comme chaque matin, je lis les journaux. Ce matin j'ai le coeur serré. Sensiblerie allez vous me dire, pensez-le si vous voulez, mais ce matin  c'est mon coeur d'italienne qui est touché.

"Les recherches se sont poursuivies toute la nuit." Je lis les lignes de mon journal sans un mot. Une soixantaine de personnes ont été sauvées mais le bilan du séisme qui a ebranlé le centre de l'Italie s'est aggravé ce matin :  179 morts, 34 disparus et au moins 1.500 blessés. Au total, ce sont plus de 10.000 maisons ou édifices qui ont été abattues par la secousse : là une résidence universitaire à L'Aquila, le clocher d'une église, des villages proches de L'Aquila rasés de la carte italienne et près de 70.000 personnes sans toît. 

Le tremblement de terre aurait été d'une magnitude de 6,3. Une autre secousse de 4,6 avait déjà été ressentie dimanche dans la soirée en Italie du Nord, dans la région portuaire de Ravenne, sans faire ni victime ni dégât. Je pense aux miens qui vivent là-bas. La terre se fache et c'est elle qui gagne toujours comme en mer, comme en montagne. Alors les hommes font face : 1700  hommes arrivent en renfort, dont 1500 pompiers. L'Etat d'Urgence est déclaré et les promesses fuses :  "personne ne serait abandonné" dit Silvio Berlusconi qui débloque 30 millions d'euros. Mais voilà, c'est 1,3 milliard d'euros qu'il va falloir pour reconstruire. 35 pays ont proposé leur aide à l'Italie mais le Cavaliéri a dit que  "dans l'immédiat", celle-ci n'était "pas nécessaire". Est ce une fierté mal placée ? Je vais lui laisser le bénéfice du doute même si mon oppinion est faite sur le personnage depuis longtemps.

Je connais bien l'Italie et les assurances ne sont pas les mêmes que chez nous. Et puis regardez les images ... Ceux sont les plus pauvres qui ont été touchés, ceux qui n'ont pas les moyens de se battir des maisons aux normes anti-sismiques, croyez vous qu'ils aient les moyens d'avoir une assurance dans un pays où tout se paye au prix fort y compris les soins. C'est dans ces moments là que je réalise à quel point le système français des services publics est unique en Europe et qu'il mérite que nous le défendions justement pour dans des cas extrêmes comme celui que vient de le vivre l'Aquila le mot solidarité ne soit pas un doux rêve.

Au laboratoire de détection géophysique du CEA (Commissariat à l’énergie atomique), qui héberge également le centre sismique Euroméditerranée, Bruno Hernandez, sismologue, et ses collègues ont été les premiers en France à détecter sur leurs écrans le séisme italien. Dans l'édition provinciale du Parisien, je lis que c'est vers  3 h 45 du matin dimanche, soit dix minutes après le déclenchement du séisme, que le sismologue d’astreinte du CEA a reçu sur son écran toutes les données relatives au tremblement de terre, notamment sa magnitude. Très vite  il a compris que les conséquences seraient très lourdes en surface.

Bruno Fernandez explique que dans cette région les séisme sont généralement de type superficiels, c’est-à-dire qu’ils se déclenchent très près de la surface du sol. Or, dimanche soir, le tremblement de terre s’est déclenché dans les dix premiers kilomètres sous la croûte terrestre. Il y aura des répliques comme après la destruction de la ville d'Assise.  Nichée sur l’un des nombreux sommets de l’Ombrie, Assise se découvre entre cyprès et oliviers mais elle est restée longtemps meurtrie par son tremblement de terre de 1997 et malgré la souffrance de ses pierres, elle jaillit de la montagne avec un toit d'azur et pour cœur, la Basilique Saint François. Il faut espérer que l'Aquila retrouvera comme Assise la sérénité et la douceur italienne.

En attendant que les nombreuses fontaines petites ou grandes ne rechantent, la solidarité doit s'organiser et j'y participerai parce que quelque part c'est aussi mon pays et que je suis de tout coeur avec l'Italie.


Photo Ouest France.

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 13:10

Ceux qui me connaissent, savent que la cuisine est pour moi du domaine de l'indispensable et presque du sacré. Bien sur vous allez le comprendre très vite il ne s'agit là,  non pas de politique ( :-) comme j'ai pu vous l'écrire  avec espiéglerie dans l'article sur le Pot au Feu et la cuisine MODEMiste mais de bouillonements, de volutes nacrées, d'histoires magiques de grands-mères, de recettes ancestrales et tant d'autres choses qui à les évoquer me "papillotent" les papilles.

Vous le savez maintenant, comme j'aime bien partager et pas que les idées, je vais vous inviter à découvrir "Entre-Deux-Mets" la si jolie assiociation dont j'ai l'honneur d'être une  vice-présidente et qui devrait être reconnue de "béatitude" publique.
Je vous en avais déjà parlé cet automne lorsque nous avions organisé dans le berceau de l'Abbaye de la Sauve Majeure, patrimoine de l'UNESCO, la découverte des pains, vins et fromages, triangulaire indispensable à tout partage autour d'une bonne tablée.

Cette fois ci je vous invite à venir découvrir le poisson mais pas n'importe lequel celui d'une AMAP. Les Amap sont des associations qui travaillent à maintenir une paysannerie et une agriculture familiale. Les Amap fonctionnent de telle façon que les consommateurs sont directement impliqués en les soutenant par leurs achats. Et c'est pour cela entre autres que l'association Entre-Deux-Mets travaillent en alliant des combats pour préserver l'essentiel et partager des histoires et des plaisirs autour de la gastronomie et de la "bonne bouffe". 

Les Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne établissent des partenariats de proximité entre un groupe de clients et une "ferme". Les Amap fonctionnent en vendant directement par souscription  aux clients les produits de la ferme  sous forme de paniers livrés chaque semaine à un point relais.  Les Amap sont des activités écologiquement saines, économiquement viables et socialement équitables, elles participent au développement durable de la région où elles sont implantées comme aiment à l'écrire mes amis d'Entre-Deux-Mets.


Ainsi "Entre-Deux-Mets" vous propose vendredi 20 mars 2009 à 18h00  de découvrir les pêcheurs de Saint Jean de Luz - Ciboure et la conserverie "Jean de Luz" à la Maison des 5 Sens , rue Emile Gentil dans le quartier de Saint Augustin à Bordeaux.

Entre Deux Mets 
y propose un cours de cuisine pour apprendre à préparer le poisson, le vider, l'écailler,  un petit livre de recettes pour 5 euros et le panier de la mer des Luziens pour 30 euros. Une bonne idée pour tordre le cou aux idées reçues sur le poisson et un bon moyen pour découvrir le travail des pêcheurs de Saint Jean de Luz - Ciboure et participer à leur soutien. D'ailleurs après cette opération bordelaise je vais m'atteler à proposer à nos ostréiculteurs et pécheurs du Bassin et pourquoi pas à nos éleveurs de bazadaises de travailler ensemble pour monter la même opération avec eux.

 

Le panier que nous livrerons les pécheurs est composé de 2 à 3 kg de poissons frais et d’un complément de conserves (filets, terrines ou plats cuisinés, soupes dont les ingrédients agricoles sont issus de l’agriculture biologique).  Les produits empruntent le chemin le plus court possible du producteur au consommateur. La composition variable du panier est liée aux conditions de pêche (elles aussi variables). Les espèces de poissons frais livrés correspondent aux poissons de saison, ils sont dans des caissettes isothermes. La quantité livrée en frais correspond au minimum à 60% de la valeur du panier (en fonction des cours et des quantités disponibles). En toute transparence vous saurez à quel prix le poisson a été payé aux pêcheurs, quels sont les frais annexes (emballages, glace, logistique, main d’œuvre pour la préparation du poisson) ainsi que le montant de conserves livrées en complément.


Voilà vous savez tout ...  

Les coffrets de poissons doivent être commandés à Logicoop et payés à la commande, les inscriptions sont à faire auprès de moi-même au 06 78 88 31 71 ou par mail mariedarmian@yahoo.fr
Mais attention la date limite de commande est le 16 mars 2009  chez LOGICOOP. Et parce que nous sommes tous responsables a
ucune commande n’est prise en compte SANS CHEQUE.
Dura lex sed lex !

Mais si vous étes bien sages dans quelques semaines nous remettrons le couvert à "Entre-Deux-Mets" et nous vous apprendrons à faire du pain, du vrai avec vos petites menottes et le temps que la pate léve j'ai promis de vous livrer les recettes de mes racines italiennes et vous apprendre à faire la "Pasta al Forno"... mais chut c'est encore un secret.


 

Pour commander vos paniers poissons :
LOGICOOP 

12 quai Pascal Elissalt  - 64500 CIBOURE

tel  05 59 47 08 73, 

fax  05 59 47 38 88

conserverie@jeandeluz.fr

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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 14:27
Hier soir nous avons renoué avec une des traditions familiales que j'adore : la fête. Hier soir nous étions pas loin d'une centaine pour fêter les 60 ans de ma maman. Je ne parle pas souvent d'elle sans doute parce qu'elle est dans mon jardin celui de la pudeur et des secrets. Depuis des semaines nous préparons cette fête rien que pour elle et hier soir notre plus grand bonheur c'était de voir le sien. 

Elle ne fait jamais de bruit ou si peu et pourtant hier soir la salle du Pout était emplie de bruits, les siens. Il y a d'abord eu les petits bruits ceux de son inquiétude de ne pas arriver à gérer cette soirée. Elle est comme ça elle se fait toujours tellement de soucis avant. Et les invités sont arrivés. Je les connais tous, ils ont tous un bout de l'histoire de maman. Elle passait de l'un à l'autre parfois des larmes dans les yeux tant l'émotion était forte. Elle avait le petit mot, le bisou, la main posée sur une joue. Et puis est arrivée Mérotte, mamie Gisèle. C'était une surprise et elle avait gardé avec une étincelle dans le regard le secret presque jusqu'au bout. Il y a tant de choses entre maman et sa mère, il y a tant de tendresse dans leurs chuchotements. Encore des petits bruits ...

Elle s'est alors installée prenant la main de Mérotte, la serrant très fort pour écouter les bruits d'une histoire. Le ciment de notre histoire il est là dans ces deux mains qui s'étreignent comme le témoin d'un passé qui rencontre le présent et qui a toujours façonné l'avenir. La tribu se compose. Ils sont sept ! Sept enfants nés de l'amour de mamie Gisèle et grand-père Henri.  Il y a maman c'est l'aînée avec la conscience de son rôle qu'elle tient haut la main depuis 60 ans. Il y a Marinette qui depuis la Nouvelle Calédonie était présente dans toutes nos pensées, Betty l'indomptable, JP dont l'émotion est caché par pudeur, le petit Bichon qui veille sur la tribu, Germaine dont le sourire a si souvent déplacé des montagnes et Bélou la petite dernière qui a tant grandi. Ils sont là et ils égrènent les bruits des 60 ans de maman. Sur l'écran défile les photos d'une enfance heureuse à Vayres avec les grands-parents, les oncles et tantes, les cousins et cousines. Toutes ces photos rappellent un monde en noir et blanc qui est passé à la couleur lorsque nous avons repris les mêmes chemins dans notre enfance à nous. Je regarde la grande tablée de mes cousins et cousines dont je suis l'aînée et je me dis que maman a bien passé le témoin. 

Elle a les yeux plein de larmes et la fragilité qui l'habite si souvent a laissé place à cette force qu'elle sait toujours trouver. Une image passe celle d'une rencontre, celle de leur éternité, celle de papa. Il s'est assis pas très loin d'elle, il l'a vieille du regard comme toujours depuis plus de 40 ans. Je crois qu'à cet instant il a fini d'être inquiet. Ticlo est heureuse et c'est bien là son seul objectif depuis 40 ans. Je regarde mon frère et Aurore, ma soeur et son époux, petit Julien et Léa, mon neveu et ma nièce, et je me dit que tout peut continuer.

J'ai à ce moment là la peur au ventre parce que c'est à notre tour de parler des bruits de maman. Tous les trois nous avons son héritage, chacun à notre manière. Les photos continuent de défiler en musique : dans un regard en noir et blanc ou en couleurs, sur ces images de maman il y a chacun de nous comme si maman avait porté dés sa plus tendre enfance l'avenir de notre naissance. 

Les bruits deviennent des rires. C'est que la tribu est bruyante. Julien du haut de ces deux ans a décidé que c'était Noël. Il se pend au cou de sa grand-mère et lui dit "Joyeux Noël mamie". Maman rit aux éclats. Léà n'est pas bien loin et explique comme une grande à son petit frère que ce n'est pas Noël mais l'anniversaire des 60 ans de mamie. Je les regarde faire avec tendresse et je pose mon amour sur ma soeur Hélène. Comme elle ressemble à maman.

Le temps passe et les bruits des papiers cadeaux se froissent. Dans un paquet il y a 350 ... crèpes. Pas n'importe lesquelles mais celles de Jeannine. C'est là aussi que je regarde les visages des amis. Il y a ceux de toujours, Serge et Françoise. Dire que ces quatre là ne se sont jamais quittés depuis 45 ans. Lorsque nous avons imaginé la fête de maman, tous les amis ont répondu présents. Ils ont chacun à leur manière accompagné le chemin de maman et je sais combien il était important pour elle qu'ils soient là. 

Le silence se fait. Maman qui ne dit jamais rien ou si doucement prend le micro. Sur une feuille elle a posé des mots, les siens. Elle hésite, elle se lance : c'est son bruit. Dans sa voix il y a une émotion si palpable. Elle se souvient, regarde avec tendresse la table des Darmian. Elle parle de ses quatre parents ceux de la vie et ceux que papa lui a donné. Elle a dû croiser des regards ceux d'ici et ceux qui ne sont plus là. Et le bruit s'est doucement écoulé, fondu dans la fête. 

Nous avons fait la fête jusqu'à ce que les bruits s'engloutissent dans le petit matin. Maman a serré sur son coeur tous les bruits et elle les a emportés doucement sans faire de bruit. Demain elle aura certainement une petite chanson sur les lèvres. Elle va la murmurer et l'an prochain elle soufflera une bougie de plus sans faire de bruit. 
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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 09:42

Les flammes bleues dansaient sur le plafond,  enfouie sous les édredons j’écoutais le bruit du poêle et essayais d’entendre la respiration de ma petite sœur qui dormait dans le lit d’à coté. Silvain n’avait pas encore montré le bout de son nez  et notre petite famille se comptait à quatre. Aussi loin que je me souviennes de la nuit de Noël j’ai en mémoire ces petites flammes bleues qui accompagnaient mes insomnies d’enfant qui attendait avec impatience le matin pour voir si les paquets étaient bien sous le sapin.

 

Comme j’ai aimé ces fêtes de Noël où nous nous retrouvions tous les 24 et le 25 décembre à Vayres dans la maison familiale de mes grands-parents maternels. Et c’est que la famille est grande : sept enfants, seize petits-enfants sous l’œil toujours vigilant de grand-père Henri et mamie Gisèle. C’était réglé comme le papier à musique du piano de la pièce du fond. Nous arrivions le 24 les bras chargés des victuailles de dernières minutes, des envies de retrouvailles avec les cousines, les impatiences des petits et des grands de partager la magie de la tendresse que nous allions trouver.  J’avais vite fait de poser les paquets sur la table de la cuisine où se bousculaient déjà les bocaux, les pots, les plats, les louches. Papa retrouvait les « hommes » pour la traditionnelle ouverture des centaines d’huîtres. Je finissais toujours par me mettre pas trop loin pour pouvoir grappiller une huître l’air de rien par gourmandise.  Les discussions étaient toujours les mêmes d’année en année : la chasse, la pêche et la politique.  Papa avait dit du bout des lèvres en embrassant sa belle mère « Bonjour maman » et elle lui avait passé la main sur la joue avec un sourire. Il avait mis tellement de temps avant de l’appeler comme ça.

 

La ribambelle de filles (nous étions sept) et le seul garçon (il a beaucoup souffert !) prenaient possession des espaces laissés libres dans la salle à manger. Nous ne nous voyions pas souvent mais nos retrouvailles étaient toujours moulées des souvenirs de l’été passé à Vayres. Nous avions l’épreuve des bulletins scolaires à présenter à grand-père Henri, le traditionnel défilé du bisou chez Maminouche, mon arrière grand-mère qui avait forcément dans un coin un chocolat ou un marron glacé. Maman et ses sœurs s’affairaient à la cuisine pour finir la préparation du repas et nous finissions au coin de la cheminée pour nous raconter nos secrets loin des oreilles parentales. J’ai encore à l’oreille les bruissements de ces soirées, les éclats de rire, le craquement du bois dans la cheminée. J’ai encore aux papilles les odeurs du cuisseau de chevreuil qui grille dans le four de la gazinière, celles des Trompettes que grand-père avait ramassé à l’automne dans ses coins restés secrets. J’ai encore dans les yeux les petites flammes bleues qui dansaient sur le plafond lorsque l’heure était venue d’aller rejoindre les étoiles.

 

Ces Noëls là n’existent plus, au fil du temps il y eu des places vides à table, et puis les tablées de mon enfance sont devenues des souvenirs. Pourtant la magie est toujours là. Des petits visages sont arrivés et me rappelle que les lutins et les fées existent encore, le regard des grands-mères et des arrières grands-mères sont toujours là, ceux des grands-pères aussi.  Maman est devenue mamie et c’est elle maintenant qui dresse la table et ouvre ses bras. Au bout de la table ce soir il y aura mamie Gisèle et maman, elles se sont passées le relais doucement sans faire de bruit. Dans les yeux de maman il y a le même reflet que dans ceux de grand-père Henri, dans les yeux de maman il y a la même tendresse que dans ceux de mamie Gisèle. C’est certainement ce que l’on appelle la magie de Noël.

 

Je souhaite à tous et toutes un merveilleux Noël en espérant qu’il soit pour tous une parenthèse de bonheur. Moi ce soir je sais que je vais encore voir les petites flammes bleues sur le plafond et je vais raconter cette histoire à Léa pour qu’elle la raconte un jour à ses enfants.

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 18:51
C'est dans les moments difficiles que l'on trouve ses vrais amis. Lorsque tout les voyants sont au vert on ne prends pas conscience des gens qui vous entourent. En revanche lorsqu'il y a des trous dans le chemin, ceux qui restent pour vous tendre la main et vous aider à vous relever sont des êtres chers : les amis. Ceux dont je vais vous parler se reconnaîtront, je n'ai même pas besoin de leur dire à quel point ils me sont chers.  

Il y a d'abord le grand frère celui que mes parents ne m'ont pas donné mais que la vie a posé sur mon chemin. Nous avons partagé depuis presque 10 ans maintenant les grands et les petits moments. Nous avons en commun l'amour des mots, celui du combat et cette inépuisable force qui même à 4 heures du matin nous permets de trouver encore des slogans de campagne électorale et de rire de nos bêtises. Ah Obama si tu savais ce que nous avions inventé ...

Il y a ensuite celui de la force tranquille, celle qui souvent me manque pour rester sereine. Il a la quiétude et la sagesse. Nous avons en commun cette sensibilité que lui sait cacher. Nous avons vécu à La Teste de Buch des moments forts, des moments de doute mais il a toujours su prendre le dessus et trouver les mots qui rassurent et apaisent même lorsque la tempête était au dehors. Il m'a appris la confiance et la modération et c'était pas des plus facile ... 

Il y a aussi le complice celui qui écoute sans un mot mais qui prend la place du confident. Il écoute sans faire de bruit et d'un sourire peut abattre les montagnes qui se sont dressées devant moi. Un seul regard et souvent les éclats de rire fusent. Ses mots sont rares mais ils ont le poids des silences. Organisateur minutieux, attentif, le regard posé sur tout, il surveille et agit sans faire de bruit.

Il y a encore le petit dernier qui est devenu bien grand. Il est celui avec qui je bataille sur tout, avec qui j'échange les idées, les concepts. Il est l'imprévu, celui qui m'étonne toujours tant sa tête fourmille d'idées parfois bien étranges. Il fait sa route et je ne doute pas de sa réussite. Il a été mon complice au "château", attentif et fantasque comme tous ces gens qui ont une intelligence lumineuse. 

Quatre mousquetaires ... il en manque un ... Celui qui un jour m'a fait confiance simplement parce que j'étais moi. Le hasard d'une rencontre pas si hasardeuse que cela. Le chemin parcouru n'a pas été simple, mais jamais il n'a manqué à sa confiance attentive et exigeante. Il peut tout me dire y compris les choses qui fâchent. Et de cinq comme les doigts d'une main.

Il reste juste à se porter loin de France ... il y a dans un plat pays un mousquetaire de plus. Et de six ! Et me revoilà à écrire une nouvelle version des Trois Mousquetaires ... Mais point de reine, ni de roi, juste des amis ... et ces quelques mots : amitié, fidélité, fraternité.
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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 16:09

J’avais l’envie des petites filles qui partent telles des fées à la recherche du pays imaginaire de Peter Pan. Point de sauterelle bleue comme celle qui faisait rêver mon père, juste ce petit sentier, les quelques marches de béton, et la course folle jusqu’au bas de la cote avant la voie ferrée et la Pimpine. La petite maison de papi et mamie « en bas » était mon eldorado d’enfant, celui des sucres mouillés dans la liqueur de cassis, celui des mésanges bleues, des rouges-gorges. Essoufflée, cheveux au vent, je savais que là-bas j’allais trouver une tendresse infinie.  


 

Lorsque je poussais la porte sur le coté de la maison en bas de la cote de la Mairie à Sadirac, j’entrais dans la chai. Je frissonnais car il y faisait toujours frais, été comme hiver. J’ai encore dans les narines les odeurs de vin et de terre froide qui emplissaient l’air humide. A travers les carreaux de la porte de la cuisine aux rideaux à petits carreaux rouges que le temps avait délavé, je savais que j’allais le trouver sur son fauteuil près de la gazinière à mazout, à coté de la fenêtre. Il a toujours été là, il y est encore aujourd’hui lorsque je ferme les yeux.

 


Il avait toujours son béret noir sur la tête, sa chemise souvent bleue à carreaux, les manches relevées jusqu’au coude, son pantalon de velour de charpentier, sa ceinture de flanelle et son gilet bleu marine. Je poussais la porte et je plongeais très vite dans son regard avec la gourmandise des enfants qui aiment les histoires et les bisous de leur papi. Je m’installais souvent par terre sur un coussin à ses pieds la tête posée sur ses genoux.

 


C’était papi, Abel Antoine Normandin, né le 20 avril 1897 en Gironde à Latresne. De sa vie je ne savais pas grand-chose. Sa maman avait rejoins les anges m’avait il dit un jour, alors qu’il n’avait que 4 ans. Il avait été élevé par ses grands-parents puis l’âge venu il était parti rejoindre son père en terre bretonne près de Dinard. Là bas c’est la guerre qui l’a trouvé. Classe 17, n° 2076, 47ième Régiment d’Infanterie de Saint Malo. Mobilisé comme toute une génération il tombera en janvier 1916 à Dormans dans la vallée de la Marne
à la frontière de l'Aisne entre Reims et Epernay. Ce calvaire de prisonnier il n’en disait rien ou si peu, quelques mots lâchés à une petite fille de 9 ans qui ne comprenait pas vraiment encore ce que ses mots voulaient dire.

 


Une fois, une seule fois il m’a raconté quelques brides de cette vie qui l’aura marqué au fer rouge aussi sûrement que les esclaves des plantations de cannes à sucre. Il est prisonnier envoyé en Silésie au bout du monde pour travailler dans les mines de sel allemandes. Jamais il ne dira mot sur cette période même à moi, lorsque je voulais savoir pour faire mes devoirs d’école sur la Grande Guerre. Il ne me montrera que son savon de prisonnier, caché dans un tiroir du buffet du chai, comme si il représentait la honte de ne pas être mort là-bas comme tant de ses camarades. Il me dira en souriant que lui n’avait jamais voulu manger les chiens dans le camp comme le faisait ses compagnons russes sur qui les soldats allemands s’acharnaient.  Il n’aura jamais eu de mot de haine, jamais eu de mot de revanche. Il me disait que la guerre c’était plus que l’enfer, que c’était de la folie et qu’il faudrait que je sois toujours contre la guerre. J’aimais ces discussions tranquilles avec lui, même si elles étaient souvent juste des silences et des regards remplis de larmes d’un papi qui se souvient de l’horreur.

 

Il a fait de moi une fée, une princesse. Il me racontait que la journée pour qu’elles me protégent les bonnes fées devenaient des coccinelles et qu’il fallait donc y faire très attention. Il m’a appris à parler aux mésanges bleues qui venaient presque dans sa main chercher quelques bouts de lard qu’il avait spécialement acheté pour elles et les rouges-gorges, au marché du mercredi à Créon.



Demain, c’est le 11 novembre. Depuis ma plus tendre enfance je vais à cette date sur le monument aux morts pour rendre hommage à ceux Morts pour la France. Aujourd’hui, Papi Abel n’est plus là pour le raconter, il a fermé ces yeux en mars 1982. La dernière chose qu’il m’ait dite c’est que le plus dur en fait ce n’était pas de vivre mais que c’était de mourir parce qu’on perdait de vue les petites fées comme moi. Je sais que ce jour là, dans le rayon de soleil d'un petit matin de mars, j’ai glissé ma main de gamine de 11 ans dans la sienne et j’ai posé ma tête sur le dos de sa main. Je lui ai promis que moi il me verrait toujours. Et il m’a toujours vu comme moi je le vois chaque fois que je regarde le vol d’une mésange bleue.

 

Le bilan humain de la Première Guerre mondiale s'élève à environ neuf millions de morts et environ huit millions d’invalides, soit environ 6 000 morts par jour. 

Papi Abel était revenu lui, Jean Joseph Cordes, le père de sa future femme était tombé à 38 ans dans une tranchée boueuse et glacée de Vendresse dans les Ardennes dans la nuit de Noël 1914. Sou
venons nous toujours de la folie des hommes !

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  • : Aux Pensées Citoyen !
  • : Il est citoyen, vigilant, mais aussi sur l'air du temps, Créon, la Gironde... cherche et tu trouveras Bonne lecture.
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Un Peu Sur L'auteur ..

  • Aux pensées Citoyen !
  • Ancienne journaliste,  Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.
  • Ancienne journaliste, Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.