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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 09:31
Il aura juste dans un souffle rejoint un monde auquel il croyait, doucement sans faire de bruit.

Il était pour moi comme ces chevaliers de mes contes d'enfant qui protégeaient mes rêves. Pas vraiment démonstratif comme les hommes de son époque, il était juste là.

Durant des années je l'ai vu descendre du Citram rentrant de Bordeaux, de la Maison Lissac, toujours tiré à quatre épingles dans son costume de la ville. Il arrivait à la maison de Cenau, petit hameau de Vayres, posait sa sacoche sur la table de la salle à manger et allait se changer pour entamer sa deuxième journée de travail dans les vignes ou à la grange. 

Henri Pierre Gautron était né le 12 mars 1924, l'aîné d'une fratrie où seul garçon auprès de sa mère, Mamie Jeanne, il régnait en fils, en frère, dans cette famille où le père était un souvenir si présent. Pour moi il était grand-père Henri de Vaillant. Du haut de mes petites années, il était l'autorité, le savoir, la culture. Comme j'ai aimé cet homme avec qui je refaisais le monde, avec qui je passais des heures et des heures à batailler sur les grandes et les petites histoires de France.

Lorsque je pense à lui je revois tant et tant de choses qui ont émaillées ces 38 ans que j'ai passé non loin de lui.

Le matin aux aurores, il préparait son petit déjeuner en silence en écoutant France Inter ou France Culture. Je me levais sans bruit et souvent je le retrouvais endormi devant son bol de thé finissant doucement sa nuit. Tout était méticuleusement ordonné sur la table de la cuisine : toujours le même thé, dans le même bol, avec le même menu d'un petit déjeuner au cordeau. 

La matinée était toujours la même, son petit déjeuner avalé il préparait dans la tasse blanche le petit café de mamie qu'il lui portait avec une infinie tendresse et un amour indestructible vieux de 60 ans. Il se préparait devant l'évier de la cuisine, son blaireau, son savon à barbe, la chemise à carreaux et les bretelles sur les hanches. je crois que je ne l'ai jamais vu autrement que rasé de près et ce n'était qu'une fois sa toilette terminée qu'il venait m'embrasser.

Il avait guidé mes premiers pas dans ce monde avec mamie Gisèle, grands-parents à plein temps qui s'étaient retrouvés parents le temps que les miens prennent leurs marques dans leur nouvelle vie. Il était infatigable, cherchant toujours à savoir pour comprendre la course du monde. C'est avec lui que j'ai découvert la musique, celles des grandes heures de l'opéra et des orchestres symphoniques qu'il me faisait écouter sur son tourne disque qui pouvait encore lire les 78 tours et les disques en cire.

Il était ce mystérieux collectionneur de timbres qu'il nous montrait lorsque nous étions sages avec un regard malicieux tant il savait que nous attendions avec impatience ces moments de découverte de ses trésors. J'ai encore en mémoire les heures interminables où il me faisait réviser mon latin le dimanche après-midi, professeur exigeant et sans concession à la médiocrité. Il avait la culture de l'excellence et ce fut parfois bien difficile d'être à la hauteur de ces exigences. 

Avec le temps, je l'ai vu s'attendrir comme si la course des jours ouvrait en lui les brèches d'où s'échappaient un amour sans faille pour nous et les autres. J'ai attendu tant d'année avant de l'entendre me dire "je t'aime" et je vois encore ses yeux vert de gris s'embrumer lorsque pour la première fois il m'a parlé de son père et de sa petite soeur Lucienne partis tous les deux trop tôt. Ce jour là j'ai compris combien il avait le coeur d'un prince, celui des grands-pères qui découvrent qu'une larme noyée dans un sourire reste la plus belle preuve d'amour. 

Aujourd'hui il a quitté ce monde, celui des souffrances immondes d'une maladie qui l'a tué il y a bien des mois. Il a rejoint les chemins de Vayres, les promenades fusil sur l'épaule, les chiens courant à ses cotés, le panier plein de trompettes noires et je suis sûre que là-bas dans mes promenades, sentiers de mes souvenirs d'enfance, il restera l'ami du vent pour nous effleurer la joue et continuer de nous aimer sans bruit. 
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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 15:05
Il a encore parfois dans une lueur de jour la petite lumière rieuse que j’aime tant. Mais juste parfois et de plus en plus rarement comme si la nuit avait envahi sa tête et que seul son corps était parmi nous. « Grand-père Henri de Vaillant » … ça sonne comme un nom de chevalier et il l’est pour moi, même encore aujourd’hui. Vaillant c’était le chien de mon grand-père et petite il fallait bien que je trouve un moyen de différencier mes grands-pères et papis et Henri, le père de maman, c’était celui qui partait à la chasse et qui avait son chien Vaillant … Pourquoi je vous parle de lui me direz-vous ? Oh c’est simplement une histoire d’amour et une impuissance à aider ceux que l’on aime.

En janvier dernier après des années de souffrance Nonno Eugénio a cessé de souffrir. Des mois et des mois éprouvants pour lui mais aussi pour nous. La plaie à peine
refermée sur cette histoire une autre s’ouvre celle de grand-père Henri de Vaillant. Là encore plus de vie dans ses yeux, juste des cris, seul moyen de communication qu’il se rappelle encore. Là encore les proches, son épouse Gisèle qui ne sait plus retrouver son Henri qui l’accompagne depuis plus de 60 ans, ses enfants, ses petits enfants, ne savent plus comment appréhender cette fin de vie qui peut durer si longtemps.

Dans le nouvel établissement d’accueil pour les personnes âgées dépendantes à Créon où il a trouvé un refuge, je sais qu’il est bien. Il est choyé, entouré, soigné. Il a la chance d’être dans une structure adaptée à sa maladie, sorte de dérivé de la maladie d’Alzheimer ou autre mal moderne de la vieillesse du 21ème siècle.

La maladie d'Alzheimer est une maladie neurodégénérative du tissu cérébral qui entraîne la perte progressive et irréversible des fonctions mentales. C'est la principale cause de démence chez nos anciens, touchant environ 24 millions de personnes à travers le monde. La maladie d'Alzheimer est pour moi, comme les autres maladie de la même engeance, une maladie où les victimes subissent la perte de qualités qui forment l'essence de l'existence humaine.

Mal terrible en dehors de l'humain … et personne ne nous y prépare vraiment.

Par une décision du 27 juillet 2007, le Premier ministre a attribué le label "Grande cause
nationale" à la campagne organisée par les associations regroupées au sein du "Collectif Alzheimer Grande cause nationale" sur le thème de cette maladie. Ce label permet notamment à cette campagne de bénéficier de tarifs préférentiels sur les chaînes publiques nationales de radio et de télévision … Superbe non ? Mais est ce que ça va aider ma grand-mère a ne pas pleurer lorsqu’elle croise le regard de celui qu’elle aime depuis 60 ans et qui ne la reconnaît pas ?

300 000 euros pour organiser une conférence européenne « concrétisant le partage d’expériences dans les domaines de l’amélioration du diagnostic, de la prise en charge médico-sociale, de l’intégration des soins et services, des stratégies médicamenteuses et de la qualité de vie des malades et des aidants. » Superbe non ? Mais est-ce que ça va aider ma mère à ne plus culpabiliser de ne pouvoir rien faire devant la déchéance physique et mentale de son père qui ne sait plus qu’il a eu des enfants ?

Le plan Alzheimer 2008-2012 comprend "10 mesures phares" pour un montant total sur cinq ans de 1,6 milliard d'euros. Le financement du plan, doit s'appuyer sur les franchises médicales, (850 millions d'euros par an), mises en place le 1er janvier sur les dépenses de santé, mais qui doivent aussi servir à la lutte contre le cancer et l'amélioration des soins palliatifs. L'association France-Alzheimer a déjà à plusieurs reprises souligné qu'on "était loin du compte avec le montant des franchises", selon le vice-président de l'association, Guy Lerochais... Superbe non ? En attendant sa petite fille n’ose plus regarder les yeux de son Grand-père Henri de Vaillant tellement elle a peur qu’il l’ait oublié … tellement elle sait qu’il l’a oublié …

Le 21 septembre 2007 c'était la journée mondiale de la maladie Alzheimer ...
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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 21:20
Chaque fois que le vent arrive a passer les alpes emportant avec lui les senteurs et les rires d'Italie pour les ramener jusqu'à moi, il y a une joie immense que je ne sais expliquer qui fait chanter la maison. 
 
Aujourd'hui ce fut le cas, la cuisine en fête, les paroles au sourire radieux, les regards plein d'émotion. Joël et Marie Hélène étaient là. Joël Darmian est le petit fils du frère de mon arrière grand-pére italien, le Zio Luigi. Les aléas de la vie ont fait que nous ne le connaissions que par les photos jaunies de l'enfance de mon père. Pourtant comme ces miracles que seuls les racines peuvent créer, il est arrivé chez mes parents comme si il ne nous avait jamais quitté. C'est un Darmian et cela suffit il est de notre sang, de notre âme, de notre histoire.
 
Mon grand oncle Mario est là. Il est tout seul maintenant que Nonno Eugénio et tatie Claire sont partis rejoindre des contrées où seuls les souvenirs restent. Il est le dernier, mémoire de mes racines et de mon coeur. Tout au long de la journée nous avons égrener comme des trésors les souvenirs de l'Italie. J'ai écouté gardant chaque mot pour ne pas les oublier comme si ma vie en dépendait. C'est vrai que ces mots là ont la saveur des trésors d'enfance. Et chaque fois que je regarde Mario, que je ferme les yeux pour l'écouter parler j'ai l'impression que mon grand-père est encore un peu là.
 
C'est étrange ce sentiment d'appartenir à un clan, d'en être un élément indispensable au même titre que tous les autres mais indispensable quand même. Pourtant je n'ai de l'Italie que des souvenirs de vacances, de repas interminables, de fous rires mémorables. Et pourtant ... lorsque l'avion me ramène à l'aéroport de Malpensa à Milan, mes yeux se couvrent d'émotion comme ceux de l'exilé qui revient chez lui. J'ai pour ce pays un amour certainement bien candide et d'une objectivité toute relative mais qu'importe c'est là-bas que je retrouve entièrement ce que je suis. 
 
Aujourd'hui il y avait du bonheur dans la maison. Il y avait les générations qui se mélangent, qui échangent, une famille qui se retrouve pensant au passé, vivant le présent et protégeant l'avenir. Je mesure à quel point j'ai la chance de pouvoir vivre ces moments rares et précieux. 
 
Et la vie continue ... hier soir j'ai ressorti de mon livre de cuisine la recette du tiramisu des Darmian. Le papier est couvert de tâches, l'écriture un peu délavée mais qu'importe le gâteau était là avec son parfum d'amande amère et de café. Je n'ai pas pu m'empêcher en voyant Julien mon neveu se lécher les doigts de gourmandise de penser à mon grand-père et d'espérer qu'il soit fier de moi. 
 
Tant qu'il y aura des enfants Darmian pour tremper leur doigt dans la créme au mascarpone et au amaretti du turamisu, l'arbre sous lequel nous avons tous appris à grandir restera bien vivant.  Aujourd'hui nous avons découvert une branche cachée derrière le feuillage et l'arbre est encore plus beau qu'avant. 

"La vita è bella soltanto se sei capace di dividerla con quelli che ami"
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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 12:56
Elle a les yeux comme de petits papillons qui vont de fleur en fleur. Du haut de ses 4 ans et demi elle m'étonne toujours autant par sa capacité à s'émerveiller et à grandir tranquillement en appréciant chacun des petits bonheurs qu'elle découvre. Avec sa petite valise rose, elle débarque dans la maison comme une étoile qui tombe du ciel et prends sa place tout naturellement. Aujourd'hui en ouvrant les yeux elle a décidé que nous allions faire la cuisine. Mais pas n'importe laquelle elle veut faire les pâtes de Nonno Egénio. Elle n'a eu de cesse que de trouver le grand tablier blanc, les torchons à carreaux rouges et blancs et de sortir la farine et les oeufs du panier. 

Je laisse faire et nous prenons possession de la cuisine. Elle a mis le tablier blanc tant bien que mal et s'est hissée sur le tabouret à coté de moi pour être à hauteur. La magie peut alors opérer. C'est un peu notre rituel à nous : de l'eau, de la farine et des oeufs. L'alchimie secrète de la recette de nonna Pascua, mon arrière grand-mère italienne, fait son oeuvre. Léa jubile, elle pétrit avec application imitant mes gestes le tas de farine, l'eau et les oeufs d'où apparaîtra cette boule de pâte qui ravira son palais à l'heure de passer à table. L'heure passe, faite de fous rires : nous avons nos peintures de guerre faites de farines sur le nez et les joues ... qu'importe ! Entendre les rires et les commentaires de ma nièce n'a pas de prix.  J'ai recouvert la boule de pâte du torchon blanc ancestral, celui sans doute que Nonna Pascua a ourlé de ses mains prenant les vieux draps d'un autre temps. Léa rêveuse la tête posée sur son bras semble regarder intensément le mystère du repos de la pâte. 

Brisant un peu sa rêverie, je lui propose d'aller dans la réserve. La vielle armoire est là souvenir d'un temps où l'instituteur de ma grand-mère y rangeait les trésors de son savoir. Aujourd'hui c'est moi qui ai la clé au bout d'un ruban bleu. Dans le fond de cette petite armoire j'y stocke mes trésors, ceux de la gourmandise : les bocaux colorés, les fioles du nectar de mon enfance, les pots de confitures, les tomates séchées, les poivrons à l'huile d'olive ... Léa ouvre des yeux ronds, joint les mains devant son visage d'ange et un OH de gourmandise sort de sa bouche. Dans le panier que j'ai à coté de moi j'entrepose les victuailles prises sur les étagères : tomates séchées à l'huile d'olive, coulis tomate au basilic, oignons de Trébon, poivrons grillés, pesto, salsa verde, ail confit en chemise ...

Léa veut absolument m'aider à porter le panier. Aussi belle que les reines des romans de Dumas, fière comme Alexandre triomphant, elle savoure sa puissance ... elle va être initiée ... nous allons rien que nous deux faire la "salsa de pasta al forno". Elle va être là et du haut de ses petites années elle a compris que le moment serait rare et précieux. 

Comme avec les confitures la magie opère. La fabrication de la sauce qui accompagne les lasagnes est une véritable histoire d'amour : celle de Nonna Pascua, femme dure au regard noir qui regardait satisfaite les tablées des moissons savourer ses lasagnes, plat de fête des petites gens ; celle de Nonno Egénio, mon grand-père, son fils, qui faisait ses mêmes lasagnes pour Noël pour nous rappeler le goût des bonbons de son enfance qu'il ne pouvait pas s'offrir, la mienne qui ait reçu en héritage la recette de ces pâtes et la "Titania" cette machine ramenée d'Italie il y a si longtemps, symbole de nos racines et de la réussite sociale des familles immigrées. 

Voilà un matin de vacances, celui de Léa. Un matin où à sa manière elle m'a demandé : "Dessine moi un mouton" ... Le matin d'une petite princesse qui croit comme je l'ai cru enfant que les coccinelles sont des fées qui se cachent la journée pour pouvoir nous protéger. 
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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 06:47

Léa a bientôt 5 ans et ce petit bout de nana aux yeux pétillants de malice est souvent l'aiguillon indispensable au retour dans le droit chemin. Jeudi dernier nous étions comme souvent en famille, moments rares de calme où nous avons toujours autant de bonheur à partager. Il est vrai que depuis la mort de Nonno, nous nous accrochons encore plus à ce traditionnel repas des fêtes.

Donc ma grand-mère, Nonna, témoin de tant de choses en plus de 40 ans de carrière à la Mairie de Sadirac nous raconte ses souvenirs. Elle se fait prier, par fausse pudeur sans doute, ou tout simplement parce qu'elle ne veut pas trop en dire sur tout ce qu'elle a vu et entendu. Au détour d'une phrase, d'un mot, on sent son émotion lorsqu'elle parle de Pierre Garmendia et de ses permanences de député de la 4ième Circonscription de la Gironde, de Philippe Madrelle qui a toujours été là même lorsque mon grand-père partait vers ces terres dont on ne revient pas. Elle égrene les souvenirs de ces moments de dialogue avec René Cassagne, les heures passées une fois par semaine avec André Lapaillerie, le Maire de Sadirac ....

Alain, mon oncle, papa, écoutent, eux qui sont  élus l'un à sadirac , l'autre à Créon moulés dans ses souvenirs d'une enfance passée à la Mairie en haut du bourg. Léa n'en perd pas une miette l'air de rien. Nous pressons grand-mère de continuer à raconter et même à écrire. Elle ne veut pas, elle a certainement peur de révéler dans ses mots quelques secrets encore bien gardés ou ces choses qui ne se disent pas. Léa observe, elle ne dit rien la tête posée sur son bras. Elle s'éclipse et reviens. Elle pose devant grand-mère son cahier de dessin avec un crayon de couleur : " Nonna tu dois écrire, écris nous toutes tes histoires ... " Voilà tout est dit. Oui Nonna écrit nous tes histoires comme papa nous a écrit les siennes dans
"la Sauterelle Bleue", comme Alain les fait revivre sur le site Internet " sadiracetvous.com." 

Nonna, deviens un passeur de mots, pour nous, pour Léa.

Je suis toujours ébahie de voir fonctionner Léa. Depuis qu'elle est toute petite elle furète, écoute, observe et milite. Oui elle milite ... pour son droit au bonheur. Des anecdotes j'en ai à la pelle. Elle m'expliquait durant la campagne des cantonales où papa, son grand-père, était candidat aux élections cantonales que "papidou était en électorale mais que cette fois il était sans sa copine Martine ( NDLR Martine Faure est députée de la Gironde et papa est son suppléant ) " ; que son "papidou était une vedette parce qu'il était en photo partout même sur les panneaux de son école à Sadirac".  Elle râlait il y a peu en entendant le Président de la République sur France Inter, pestant dans la voiture en disant qu' "il exagérait ce Nicolas, car il était partout même dans la petite télé de sa véranda dans sa maison ... ".

Elle a souvent avec ses yeux d'enfant la justesse des sentiments et des actions. Elle est heureuse de vivre, elle a envie de vivre et moi, pour elle, je ne lâcherai jamais le combat parce que le monde que je veux lui laisser devra lui permettre ce bonheur.

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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 10:17
Lorsque j'ai un peu de temps je reprends le chemin des lectures, celles que je n'ai jamais le temps de faire et qui pourtant sont riches en découvertes. En vacances depuis quelques jours j'ai donc repris mes bouquins et un en particulier celui de Denis Blanchard-Dignac, inventeur du "mix des mots". Lorsqu'il m'a parlé de son "Visions Hugo Baudelaire" avant même qu'il ne sorte j'avais trouvé l'idée géniale et c'est avec plaisir que j'ai relu son livre sorti en 2007. Il disait qu'on mixait bien les partitions sonores alors pourquoi pas en faire de même avec les mots. Il écrit " ... Pourquoi ne mixerait-on pas aussi la littérature en particulier la poésie, en vers ou en prose, dont l'alchimie rythmique est support d'expression ? " Oui pourquoi pas et croyez moi le résultat est étonnant. C'est comme ça que Hugo et Baudelaire sous la direction de Denis et de Jean-Louis Nakache se sont retrouvés alors qu'un génération les sépare dans un dialogue d'exception riche d'enseignement pour notre époque et notre vie. 

Peuples ! Ecoutez le poète
Ecoutez le rêveur sacré
Dans votre nuit sans lui complète
Lui seul a le front éclairé !

Homme, il est doux comme une femme
Dieu parle à vois basse à son âme *

... Vers le ciel, où son oeil voit un trône splendide
Le poète serein lève ses bras pieux
Et les vastes éclairs de son esprit lucide 
Lui dérobent l'aspect des peuples furieux **


Je livre à votre réflexion le texte mixé sur la France. Je le trouve de circonstance et je ne me permettrai pas de le commenter tant il n'a pas besoin de mots supplémentaires.

France ! à l'heure où tu te prosternes
La voix sortira des cavernes ;
Et ces ( NDLR ses dans le texte ) paroles qui menacent,
... Paroles dont l'éclair luit
Seront comme des mains qui passent
Tenant des glaives dans la nuit.
Elles crieront : honte aux infâmes,
Aux oppresseurs, aux meurtriers !
Elles appelleront les âmes
Comme elles appelle les guerriers !
Sur les races qui transforment,
Sombre orage, elles planeront :
Et si ceux qui vivent s'endorment,
Ceux qui sont morts s'éveilleront.*

Pendant que des mortels la multiple vile,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Un aventurier pose un forfait sur la France
Et la joue, impassible et sombre, avec la chance.**

Tranquille, en proclamant de sinistres présages
Les souvenirs des anciens âges
S'éveillent dans son coeur glacé
Et racontant le sort qu'ils devaient tous attendre
La voix de l'avenir semblait se faire entendre
Dans ces discours pleins du passés.*

Vois ce sourire fin et voluptueux
Ce long regard sournois, moqueur et langoureux.
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.**

O France, adieu ! tu es trop grande pour n'être qu'une patrie. On se sépare de sa mère qui devient déesse. Encore un peu de temps, et tu t'évanouiras dans la transfiguration. Tu es si grande que voilà que tu ne vas plus l'être. Tu ne seras plus France, tu seras Humanité ; tu ne seras plus nation, tu seras ubiquité et rien n'est auguste à cette heure comme l'effacement visible de ta frontière. 
Adieu peuple ! Salut homme ! Subis ton élargissement fatal et sublime.*

* Victor Hugo
** Charles Baudelaire

Visions Hugo Baudelaire de Denis Blanchard- Dignac avec la collaboration de Jean-louis Nakache aux editions Labatières collection Mix-Book 






 
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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 23:00
Ce soir j'avais envie de vous raconter une histoire. Le vent souffle sur le Bassin, petite mer de Buch, et comme si le temps c'était arrêté la cheminée est apparue, le feu s'est mis à chanter et la voix des histoires a murmuré juste plus forte que le crépitement du bois mangé par les flammes. ... et le vent porte au loin ...

Si tu écoutes bien tu entendras d'abord les grenouilles qui chantent sans interruption depuis que l'averse tropicale s'est abattue sur les toits de tôles bleues, il y a à peine une heure. Au loin il y a cet oiseau qui ne cesse de claquer du bec et qui m'a fait si peur le soir de mon arrivée, ou encore les battements sourds du papillon deuil tentant de fuir la lumière des hommes. Tout est si calme ce soir ici, juste assez de vent pour froisser les palmes des géants royaux et les feuilles de bananiers du jardin.

Au loin encore plus loin, suivant où porte le vent des lagons, il y a les bruits de l'anse du carbet et le crissement du sable inlassablement transporté de vague en vague... pour ne pas tomber je ferme les yeux encore plus fort et aux détours des marches de bois lavées par l'onde les chutes de la Pâte du Tigre ... si hautes que j'ai du mal à l'embrasser du regard en entier, la tête tourne encore à voir dégringoler ces eaux qui viennent de caresser les flancs de la Montagne Pelée. 

Et puis ma main laisse filer le sable des plages de la baignoire de Joséphine, si fin, si blanc sous le soleil sans partage que mes yeux se ferment. Aux travers de mes cils comme les persiennes des Maisons des Planteurs, j'aperçois au loin les îles des caraîbes comme si Avalon venait de sortir de mon imaginaire cachée par les brumes. Je me faufile alors entre les cabanes des pécheurs, les pieds meurtris par les pierres des volcans disparus ou endormis. Tout un autre monde jusqu'à l'Anse Bonneville où je retrouve enfin le bruit familier des vagues terrassant la terre de sable blond. Un cri une forêt dense infatigablement verte, interminablement haute, juste tachée d'orchidées ... elles existent donc en vrai ! Juste des petits morceaux de taffeta posés à la cime des arbres par les doigts des fées alizées... les roses de porcelaine, oeuvre des potiers des Dieux de l'Olympe perdu dans les fumerolles de souffre, fleurs figées dans un Kaolin céleste. 

Après les sons, les images, les odeurs arrivent, celles des marchés aux épices, où les doudous manient la mesure comme Mozart les notes de musique, celles des étals des pécheurs de Petite Anse où la frétillante langouste se pare des couleurs de pierres précieuses des poissons tropicaux, celles des poulets boucanés sur la route de Fort de France lorsque le soleil grimpe à la sieste, celles des frissons de la Montagne Pelée remontant des enfers... Voilà ce que je ramène de mon voyage, l'imaginaire des flibustiers, le rêve inachevé de Christophe Colomb cherchant les indes, des indiens caraïbes et des Arawaks, fantômes d'un temps tué mélant leur pas aux chocs des chaînes des esclaves, des nègres des terres lointaines.

Voilà ce que je ramène de mes voyages dans les mots de Aimé Césaire. Une petite histoire et des mots ... 

"Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même : « Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »"

Aimé Césaire. 


 
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Présentation

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Un Peu Sur L'auteur ..

  • Aux pensées Citoyen !
  • Ancienne journaliste,  Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.
  • Ancienne journaliste, Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine. Apprentie ariégeoise.