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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 23:00
Ce soir j'avais envie de vous raconter une histoire. Le vent souffle sur le Bassin, petite mer de Buch, et comme si le temps c'était arrêté la cheminée est apparue, le feu s'est mis à chanter et la voix des histoires a murmuré juste plus forte que le crépitement du bois mangé par les flammes. ... et le vent porte au loin ...

Si tu écoutes bien tu entendras d'abord les grenouilles qui chantent sans interruption depuis que l'averse tropicale s'est abattue sur les toits de tôles bleues, il y a à peine une heure. Au loin il y a cet oiseau qui ne cesse de claquer du bec et qui m'a fait si peur le soir de mon arrivée, ou encore les battements sourds du papillon deuil tentant de fuir la lumière des hommes. Tout est si calme ce soir ici, juste assez de vent pour froisser les palmes des géants royaux et les feuilles de bananiers du jardin.

Au loin encore plus loin, suivant où porte le vent des lagons, il y a les bruits de l'anse du carbet et le crissement du sable inlassablement transporté de vague en vague... pour ne pas tomber je ferme les yeux encore plus fort et aux détours des marches de bois lavées par l'onde les chutes de la Pâte du Tigre ... si hautes que j'ai du mal à l'embrasser du regard en entier, la tête tourne encore à voir dégringoler ces eaux qui viennent de caresser les flancs de la Montagne Pelée. 

Et puis ma main laisse filer le sable des plages de la baignoire de Joséphine, si fin, si blanc sous le soleil sans partage que mes yeux se ferment. Aux travers de mes cils comme les persiennes des Maisons des Planteurs, j'aperçois au loin les îles des caraîbes comme si Avalon venait de sortir de mon imaginaire cachée par les brumes. Je me faufile alors entre les cabanes des pécheurs, les pieds meurtris par les pierres des volcans disparus ou endormis. Tout un autre monde jusqu'à l'Anse Bonneville où je retrouve enfin le bruit familier des vagues terrassant la terre de sable blond. Un cri une forêt dense infatigablement verte, interminablement haute, juste tachée d'orchidées ... elles existent donc en vrai ! Juste des petits morceaux de taffeta posés à la cime des arbres par les doigts des fées alizées... les roses de porcelaine, oeuvre des potiers des Dieux de l'Olympe perdu dans les fumerolles de souffre, fleurs figées dans un Kaolin céleste. 

Après les sons, les images, les odeurs arrivent, celles des marchés aux épices, où les doudous manient la mesure comme Mozart les notes de musique, celles des étals des pécheurs de Petite Anse où la frétillante langouste se pare des couleurs de pierres précieuses des poissons tropicaux, celles des poulets boucanés sur la route de Fort de France lorsque le soleil grimpe à la sieste, celles des frissons de la Montagne Pelée remontant des enfers... Voilà ce que je ramène de mon voyage, l'imaginaire des flibustiers, le rêve inachevé de Christophe Colomb cherchant les indes, des indiens caraïbes et des Arawaks, fantômes d'un temps tué mélant leur pas aux chocs des chaînes des esclaves, des nègres des terres lointaines.

Voilà ce que je ramène de mes voyages dans les mots de Aimé Césaire. Une petite histoire et des mots ... 

"Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même : « Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »"

Aimé Césaire. 


 

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Published by mcdarmian - dans juste des mots
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commentaires

Bruno MAZODIER 20/04/2008 17:00

Aimer Aimé. Aimer être Aimé, ou chercher à lui ressembler. Aimer tout court. Adieu au poète au prénom si bien porté, à l'homme politique courageux et fier, à l'homme "bien", "au nègre fondamental" comme il se définissait.

E.M. 13/04/2008 21:59

Oui, je suis d'accord, prenons exemple sur ce modèle ! Nous sommes nous aussi en déficit de citoyenneté !

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  • : Il est citoyen, vigilant, mais aussi sur l'air du temps, Créon, la Gironde... cherche et tu trouveras Bonne lecture.
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Un Peu Sur L'auteur ..

  • Aux pensées Citoyen !
  • Ancienne journaliste, Directrice territoriale,  Présidente du Comité Les Arbres de la Laïcité Gironde - Aquitaine
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