Mais comme j'ai arrêté d'être naïve il y a longtemps je me pose beaucoup de questions. Petit retour sur l'histoire ... J'avais aimé la tribune libre de François Deluga, Maire du Teich et Vice-Président du Conseil Régional d'Aquitaine. Il avait raison et il a toujours raison aujourd'hui dans son analyse ... A relire et à méditer ... c'était en 2006
« Des souris et des ombres"
La crise ostréicole est-elle derrière nous ? Les souris ne meurent plus et les décès annoncés précipitamment par le Gouvernement n’étaient pas dus à la consommation d’huîtres. Mais que diront les prochains tests ? Le répit se comptera-t-il en mois, en semaines ou en jours ?
Il serait inconscient de simplement tourner la page comme après la crise de 2005 où les principales mesures annoncées par l’Etat (fonds de solidarité,...) n’avaient pas été suivies d’effet. La profession, affaiblie par la première crise, sortira traumatisée de la seconde.
En 30 ans, le nombre d’ostréiculteurs est passé de 2000 à 350. A l’inverse, l’urbanisation a consommé les espaces naturels et le littoral a un rythme bien trop rapide, supérieur à toutes les autres agglomérations du littoral atlantique. Au bénéfice de qui ? Pas des habitants ! L’inflation du foncier a rendu les logements individuels inabordables pour les jeunes et les salariés.
Les ostréiculteurs sont les témoins de l’évolution du Bassin, ils en sont aussi les principaux protecteurs. Quand l’étalement urbain progresse avec son impact sur le cadre de vie et la qualité du milieu, l’ostréiculture recule : le projet de marina de l’ancien maire de La Teste de Buch aurait fait disparaître les Prés Salés et le chenal de la Canelette ; les lotissements autour du Château Madère à Gujan-Mestras ont supprimé le peu d’espace naturel au bord du littoral,… les exemples ne manquent pas.
Une vision « méditerranéenne » du Bassin progresse : entre Saint-Tropez, people compris, et Neuilly... Cette vision n’est pas nouvelle. Ce n’est pas la mienne. Dés les années 70, certains proposaient à la Mission Interministérielle pour l’aménagement de la Côte Aquitaine (MIACA) de multiplier les ports de plaisance et beaucoup pariaient sur la disparition de l’ostréiculture pour faire place nette aux promoteurs.
Plus récemment, le Schéma de Mise en Valeur de la Mer a été modifié par l’Etat pour autoriser l’urbanisation du pied de la Dune du Pilat au cœur de la forêt usagère. Le Préfet s’était engagé à supprimer cette clause. Rien n’a été fait. Deux ans plus tard le site reste menacé.
A chaque crise ostréicole la même pièce se rejoue sur ce théâtre d’ombres où les souris meurent. Ceux qui bétonnent en coulisses crient leur solidarité aux ostréiculteurs. Mais cette fois tous les élus devront choisir : la résignation ou le volontarisme, l’ombre ou l’action.
Le Bassin d’Arcachon est notre patrimoine commun, à nous, les Aquitains. Il nous faut donc trouver une forme urbaine qui réponde aux enjeux du logement pour tous. Un modèle qui ne consomme pas les espaces naturels maritimes ou forestiers mais qui transforme les centres déjà bâtis.
Les maires doivent limiter les zones constructibles et mettre un coup d’arrêt à l’étalement urbain dans le futur Schéma de Cohérence Territorial.
Les Députés UMP doivent cesser de casser la loi littoral comme ils le font depuis 5 ans.
La Région doit continuer à faire avancer à marche forcée, avec les ostréiculteurs, un programme de recherche. Ce que je demande à nos chercheurs, en tant que vice-président de la Région, c’est qu’ils répondent à cette question simple : de quoi meurent les souris ?
Parce qu’elle est la dernière digue et qu’elle menace de céder, l’ostréiculture doit bénéficier immédiatement d’un soutien massif de l’Etat et des collectivités, un véritable plan Marshall.
C’est un combat que nous n’avons pas le droit de perdre, même si les souris ne meurent plus…pour le moment."