Lorsque j’étais enfant les principes du respect des autres étaient au centre des valeurs que l’on a mis un point d’honneur à m’apprendre. Dans les deux familles, celle de maman et celle de papa, la différence était à cultiver tellement dans des registres différents, les uns et les autres avaient eu à souffrir du racisme et de l’intolérance.
Je me souviens du cadeau de mes 16 ans, la collection complète de l’œuvre des Lumières et ce petit mot écrit par mon père et ma mère : « Apprend chacune de ces lignes, fais en la critique, la synthèse et rappelle toi que ceux devront être la liberté, l’égalité et la fraternité qui devront guider ton action de femme. » Inutile de vous dire qu’à cette époque je n’ai pas tout compris et que même il y a certainement eu un instant de déception à l’ouverture de ce cadeau auquel j’aurai sans doute préféré une journée shoping dans les magasins de la rue Sainte Catherine.
Aujourd’hui, quelques années après, ma vie bien entamée, mes combats trouvés, je me rappelle avoir été fière d’être Française, de ce pays qui avait inventé les Droits de l’Homme et du Citoyen. Aujourd’hui, je suis lucide sur les aléas de l’Histoire de mon pays, tolérante sur ses atermoiements, dure sur ses dérives et ses actes inacceptables. Dure je le suis aujourd’hui car ce qui se passe chez nous, là à deux pas de nos portes est tout simplement intolérable. J’ai honte de nous !
J’ai dés le début adhéré au réseau RESF lorsque la France a décidé de faire la chasse à l’autre, le vilain, l’indigne, l’étranger … Je ne suis qu’une parmi tant d’autres et je voulais vous interpeller, vous raconter ce que nous savons … Le silence, la politique des singes .. J’ai rien vu, j’ai rien entendu, je dis rien ne doit pas être la nôtre… Aider les … ne vous mettez pas dans la situation de dire un jour : « Si j’avais su ! »
Extrait du message reçu du réseau RESF le 20 juillet 2008 à 22.40
(…) Sans doute un motif de grande fierté du ministre de la chasse à l'enfant : expulsion réussie d'Ulrich, 19 ans, élève du lycée professionnel Jacques de Flesselles à Lyon. BEP électrotechnique, entraîneur de foot bénévole pour des enfants dans 2 clubs. Renvoyé à Brazzaville où il n'a aucune famille et ne connaît personne. Un beau succès pour le ministre. Encore bravo ! Pour lui faire plaisir, le mail reçu de la militante RESF qui garde le contact avec lui : « Ulrich m'a appelée tout à l'heure. Il n'y avait personne pour l'accueillir à l'aéroport, ni de sa famille, ni de l'organisation des droits de l'homme qui devait se déplacer... J'attends un email de cette dernière à qui j'avais écrit ce matin, et informerai la famille d'ici demain. Heureusement, un passager de l'avion l'a "recueilli […]. Ulrich m'a dit que c'était la déprime pour lui. J'ai essayé de le réconforter évidemment. Il m'a donné un numéro pour le rappeler mais c'est indisponible actuellement. Il m'a aussi dit qu'il reçoit les SMS sur son portable, mais ne peut pas recevoir d'appels ni appeler je crois. » (…)
La famille Kuka a été arrêtée mercredi 16 juillet à 7 heures 7 et placée au centre de rétention administrative d'Hendaye. Les deux jeunes enfants, Arselio, 5 ans, et Anisa, 7 ans, ne supportent pas l'enfermement : ils paniquent, ils ne dorment pas, ils pleurent souvent. Les parents sont terrorisés à l'idée d'être expulsés en Albanie où ils risquent de subir les conséquences du Kanoun, loi de vengeance qui réclame le sang des hommes de la famille. Aleksander, le père et Arselio, le petit garçon risquent leur vie là-bas.
Toutes les associations qui, de près ou de loin, ont été en relation avec la famille Kuka, de nombreux élus, de nombreux citoyens ont aussitôt rejoint les appels de RESF 64. Des citoyens de Pau et de la Côte Basque, même ceux qui ne connaissent pas forcément la famille, sont allés la visiter au centre de rétention d'Hendaye. En tout premier, le directeur de l'école des enfants, un de ses collègues, deux parents d'élève. Ils n'ont pas hésité à faire 300 kilomètres pour cela. Puis, sœur Marie-Antoinette et l'abbé Jo Gatelier, une des figures emblématiques de la résistance militante à Pau, puis des camarades de la Côte, puis le frère, la belle-sœur, un cousin germain et un petit neveu. Thérèse pour la Maison des Femmes, etc. Tous ont conclu qu'il est inacceptable d'enfermer ces jeunes parents et de très jeunes enfants. Le CRA ne désemplit pas : jamais autant de Français n'ont franchi le portail du centre de rétention administrative. Même les policiers pensent (et disent) qu'avec un tel soutien, la famille n'a pas sa place dans ce lieu d'enfermement.
Pour ses cinq ans, vendredi, Arselio n'a pas eu son gâteau d'anniversaire, ni ses copains de vacances, mais il a eu beaucoup de cadeaux. Sa sœur Anisa n'a pas été oubliée. Seule la juge a refusé froidement, alors qu'elle en avait la possibilité, le plus beau cadeau qui pouvait lui être fait : arrêter les souffrances de l'angoisse et de l'humiliation que subissent ses parents et dont il est le premier témoin et la première victime. RESF64 demande que toute la famille sorte du centre de rétention administrative d'Hendaye où elle n'a pas sa place. RESF 64 demande qu'Aleksander Kuka soit régularisé : le patron d'une importante entreprise de carrelage de la région veut réellement l'embaucher pour toutes ses qualités, la première qu'il a mise en avant étant ses qualités humaines. Il a déposé à la préfecture de Pau vendredi dernier un dossier où il confirme cette intention. RESF64 demande à chaque citoyen de protester contre l'enfermement des enfants, acte indigne de la République Française, alors que les cérémonies de commémoration de la rafle du Vel d'Hiv ont lieu aujourd'hui et que l'honneur des Justes y a été rappelé.
Et des cas comme ces deux là il y en a des centaines … dans le silence malgré les protestations des membres du réseau RESF et des associations de défense des Droits de l’Homme. Aidez les …